Pétrolia s’apprête à «prendre le pouls» de la population

Trois forages avec fracturation hydraulique doivent être réalisés cette année sur l’île d’Anticosti.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Trois forages avec fracturation hydraulique doivent être réalisés cette année sur l’île d’Anticosti.

Quelques semaines après la sortie publique de Philippe Couillard contre le projet d’exploration pétrolière sur Anticosti, Pétrolia s’apprête à mener des consultations sur l’île en vue des forages avec fracturation qui auront lieu cette année, a appris Le Devoir. Des représentants du gouvernement doivent y prendre part.

Le président-directeur général de Pétrolia, Alexandre Gagnon, a d’ailleurs confirmé mardi que les consultations publiques doivent avoir lieu ce jeudi à Anticosti. Cette rencontre avec les insulaires est organisée dans le but de « compléter » la demande d’autorisation environnementale qui sera présentée au ministère de l’Environnement en vue de la réalisation des forages avec fracturation.

Dans le cadre d’une allocution prononcée à la tribune du Sommet sur l’énergie organisé par Les affaires, M. Gagnon a également indiqué que deux représentants du ministère de l’Environnement seront sur place jeudi, de même qu’un représentant du ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles. Selon lui, la rencontre permettra de « prendre le pouls des citoyens » quant aux travaux à venir.

Tout indique donc que les forages se poursuivront sur Anticosti, et ce, même si le premier ministre Couillard a dit en décembre qu’il s’opposait clairement à l’exploitation d’un éventuel gisement pétrolier sur la plus grande île du Québec. « Pétrolia et sa filiale Pétrolia Anticosti considèrent qu’à moins d’avis contraire de la part de Ressources Québec, qui agit à titre de mandataire du gouvernement du Québec, les ententes conclues formellement et de bonne foi entre les parties continuent de s’appliquer et qu’elles doivent avoir préséance sur les influences et les ingérences politiques », a répondu M. Gagnon aux questions du Devoir.

Pétrole de schiste

Trois forages avec fracturation hydraulique doivent être réalisés cette année, à la suite de l’analyse des résultats des douze forages menés en 2014 et 2015 dans différents secteurs de cette île sise en plein coeur du golfe du Saint-Laurent. Ces forages à venir sont une première dans l’histoire du Québec pour la recherche de pétrole de schiste. Les sites des forages prévus ont déjà été choisis. Selon Pétrolia, ces travaux devraient d’ailleurs permettre de « confirmer le potentiel commercial ».

Qu’adviendra-t-il par la suite ? Chose certaine, le gouvernement Couillard s’est montré très réticent à poursuivre les travaux. Il faut dire que le gouvernement, qui est le principal bailleur de fonds pour le projet d’exploration sur Anticosti, a également lancé une évaluation environnementale stratégique (EES) pour l’île.

Certaines des études menées dans le cadre de l’EES mettent en lumière des risques financiers et environnementaux considérables liés à l’exploitation de pétrole et de gaz sur l’île d’Anticosti, dont le potentiel demeure pour le moment hypothétique.

L’étude Avantages et désavantages concurrentiels de l’exploitation des hydrocarbures au Québec, menée par le Canadian Energy Research Institute, soulève carrément des questions sur la rentabilité de l’exploitation. Le document souligne ainsi que le coût de production du pétrole pourrait dépasser les 95,50 $ par baril, ce qui rendrait l’extraction tout simplement non rentable.

Qui plus est, l’étude insiste sur les coûts élevés des infrastructures qui seraient nécessaires pour exploiter le pétrole et le gaz. À titre d’exemple, le transport du gaz de schiste supposerait à lui seul des dépenses estimées de sept à dix milliards de dollars.

Le même document souligne que le développement de l’industrie des énergies fossiles risque de « contribuer de façon importante » à l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre au Québec. Tout cela alors que le gouvernement Couillard affirme vouloir les réduire.

Présent en matinée au Sommet sur l’énergie, le ministre de l’Énergie Pierre Arcand n’a d’ailleurs pas fait mention des projets pétroliers et gaziers en développement au Québec. Il a surtout insisté sur la volonté du gouvernement d’oeuvrer à la « décarbonisation » de l’économie, dans le cadre d’une nouvelle politique énergétique, qu’il promet de déposer « très prochainement ».

Les libéraux n’en demeurent pas moins favorables aux projets d’exploitation d’énergies fossiles. Mais, a souligné M. Arcand, « il est clair que le Québec ne sera jamais un grand producteur de pétrole ».

Enfin, même si plusieurs entreprises possèdent des permis d’exploration de gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent, le ministre Arcand a souligné que le dossier n’était pas « prioritaire ». « Je ne vois pas, pour le moment, d’avenir pour le gaz de schiste au Québec », a-t-il laissé tomber.

9 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 27 janvier 2016 02 h 51

    Servir leurs maîtres et assurer leur carrière

    Gagne de lâches maintenant que ca commence a chauffer ils reviennent sur leur décision, je convient de la dureté du mot, mais je n'en ai pas trouvé de meilleure,voila ce qui arrive quand on est né pour un petit pain, que d'énergie nous avons perdu a exiger que les population soient consultés et impliqués mais toujours c'était comme si nous avions parler au mur comme disait ma mere, rien ne pouvait les toucher, concentrer qu'ils étaient a servir leurs maitres et surtout a assurer leur carrière

  • Marc Durand - Abonné 27 janvier 2016 07 h 13

    Un document farfelu

    Pour cette consultation, Pétrolia a produit et distribué un document de 28 pages daté de janvier 2016. Il est truffé d'erreurs factuelles. Il réfère (p.22) faussement à une étude de l'Évaluation Stratégique Env. (Analyse avantages-coûts d’un éventuel développement des hydrocarbures à Anticosti - ATVS02) en citant ses conclusions alors que cette étude n'est pas encore complétée... C'est un tissus de déclarations qui reprennent tous les poncifs éculés des promoteurs. Comment prendre le pouls de la population quand on ne presente qu'un seul bord de l'analyse, cette de Pétrolia en l'occurence.
    N.B. Il y a même une erreur dans les coordonnées du forage Ste-Marie (p.15). Bref, un document bâclé.

  • Claire Lavigne - Inscrite 27 janvier 2016 07 h 52

    Un choix de société!

    Est-il préférable d'encourager la "pauvre Alberta" ou investir à l'Île d'Anticosti? qui exploiterait sur un terrain boisé représentant +ou- 10-15% du territoire et de plus le chemin est très court pour l'exportation.
    Attention! Faut sauver d'abord l'Alberta! Faut sauver le Canada! C'est ce que nous défendons les Québecois!

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 27 janvier 2016 08 h 13

    Laissons ce projet mourir de sa belle mort

    Toutes les études le démontrent; l'exploitation des gaz et pétrole de schiste d'Antocosti n'est pas rentable. Oui il a des milliards$ de pétrole, mais cela couterait plus cher de l'extraire, même à 100$ le baril. Et ce, sans compter sur son transport de l'ile vers les marchés.

    Bref, que le gouvernement Couillard évite de faire des déclarations qui seraient un prétexte à des poutrsuites par Pétrolia. Laissons ce projet mourir de sa belle mort.

  • Jean-Yves Arès - Abonné 27 janvier 2016 11 h 32

    Portrait d'une population par les yeux de Monique Durand.

    Fait avec une remarquable sensibilité, et mieux qu'un documentaire, ces 4 articles de mme. Durand présentés par Le Devoir sont incontournables pour prendre le pouls de cette population ancré à l'extrémité ouest de cette île qui s'étend sur la même distance que Montréal-Québec.

    «Anticosti, en marge du monde»

    - Débarquer sur un mythe.
    http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-soci

    - Creux de vague.
    http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-soci

    - Le pétrole divise les insulaires.
    http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-soci

    - Que faire de cette île mythique?
    http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-soci