Le Québec est en voie de rater ses cibles, et de loin

Le gouvernement québécois obtient moins que la note de passage dans plusieurs domaines, notamment pour ce qui est de la création d’aires protégées.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le gouvernement québécois obtient moins que la note de passage dans plusieurs domaines, notamment pour ce qui est de la création d’aires protégées.

Si rien ne change, le Québec n’atteindra aucune des cibles auxquelles il s’est engagé en 2010 en signant la Convention internationale sur la biodiversité biologique (CDB). À ce jour, Québec rate allègrement le coche en matière de création d’aires protégées, échoue à protéger les espèces menacées et vulnérables et à restaurer les sites naturels et les milieux humides dégradés, affirme un premier bilan.

Cinq ans après la signature des objectifs d’Aichi à Nagoya au Japon, force est de constater qu’il reste beaucoup à faire si le Québec veut honorer les engagements qu’il a pris pour atteindre, en 2020, les cibles mondiales en matière de protection de la biodiversité, ont constaté mardi Nature Québec (NQ) et la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP Québec), appuyés par Braulio Ferreira de Souza Dias, secrétaire de direction de la convention internationale.

« Le Québec n’obtient aucune note nous permettant de penser qu’il est en voie d’atteindre l’une ou l’autre de ses cibles. La prise en compte et la gestion de la biodiversité ne sont pas du tout intégrées aux grands plans de développement du Québec, notamment le Plan Nord », déplore Christian Simard, directeur général de NQ.

Le gouvernement québécois obtient en effet moins que la note de passage dans plusieurs domaines, notamment pour ce qui est de la création d’aires protégées terrestres (territoires et eaux intérieures), dont la CDB fixe à 18 % du territoire la cible d’ici 2020.

Manque d’aires protégées

Doublé par le reste de la planète, le Québec traîne de la patte avec seulement 9,16 % d’aires protégées, contre 13 % en moyenne pour les autres signataires de la convention. Idem pour les zones marines et côtières, puisqu’un famélique 1,3 % de la superficie du Québec est décrété « zone protégée », très loin de la cible mondiale de 10 % des espaces marins.

« Les gouvernements et le public ont encore l’impression que le territoire québécois est très vaste et que beaucoup d’espaces sont protégés. Mais il y a peu de protection, notamment dans le sud du Québec, où la très grande biodiversité est menacée dans plusieurs régions par la densité de population et l’étalement urbain », déplore le directeur général de NQ.

Le Québec fait aussi mauvaise figure pour ce qui est de la protection des espèces menacées, sa propre loi, datant de 1989, manquant de dents pour jouer un véritable rôle de chien de garde. La loi actuelle ne s’applique qu’aux terres publiques, et le gouvernement ne dispose d’aucun état de situation précis des espèces menacées. « On a empêché la construction d’un quai dans leur habitat, mais on n’a toujours pas d’habitat protégé pour le béluga, alors qu’on a déployé une stratégie maritime. Il presse que les objectifs de biodiversité soient intégrés à l’aménagement du territoire », estime Christian Simard, qui rappelle que la convention vise, d’ici 2020, le maintien et l’amélioration des espèces les plus menacées.

Restauration insuffisante

Mauvais bilan aussi pour la restauration des milieux naturels dégradés par l’étalement urbain ou par les industries agricoles, forestières et minières, autant de facteurs en cause dans la disparition de vieilles forêts, d’écosystèmes uniques et de 19 % des milieux humides au Québec depuis 22 ans.

« Le public et les gouvernements ont encore l’impression que le territoire est très vaste et que beaucoup d’espaces sont à l’abri, mais il n’y a pas de protection, notamment dans le sud du Québec, où la biodiversité est menacée dans plusieurs régions. »

Le secrétaire de la Convention a pressé lui aussi le Québec d’emboîter le pas, d’avis que les gouvernements de proximité ont un rôle de premier plan à jouer dans la protection mondiale de la biodiversité. « Le Québec possède une biodiversité unique, incluant certains derniers bassins versants et forêts intactes de la planète. L’atteinte des objectifs d’Aichi est une étape nécessaire afin de préserver ce patrimoine pour les générations futures », a insisté M. Dias.

1 commentaire
  • Benoit Thibault - Abonné 27 janvier 2016 09 h 29

    Trois mots; c'est évident

    Pas tout à fait étonnant. Le plan Nord, le projet de pipeline (au voisinage rapproché d'aires protégées telles les tourbières de Lanaurais)!

    Le gouvernement attend que ce soit règlé. Que ce gouvernement soit relancé, relancé et encore relancé !