Des produits nocifs dans les vêtements de plein air

Dans le cadre d’une vaste enquête internationale, Greenpeace dénonce la présence de produits chimiques potentiellement dangereux pour la santé et l’environnement dans la très grande majorité des produits de plein air.

Après avoir découvert, l’automne dernier, des traces de polyfluorocarbures (PFC) dans des recoins encore vierges de la planète, Greenpeace a décidé de poursuivre son enquête pour déterminer d’où viennent ces contaminants. Rapidement, le groupe de défense environnementale a ciblé les produits de plein air. Les PFC sont utilisés pour rendre les vêtements imperméables et empêcher la saleté d’y adhérer.

Au cours des derniers mois, la filiale allemande de Greenpeace a testé une quarantaine de produits de plein air — manteaux, gants, sacs de couchage, cordes, etc. — fabriqués par différentes marques et achetés aux quatre coins de la planète. « On a ciblé les plus grandes compagnies, parce que ce sont elles qui déterminent les procédés et influencent le marché », explique Charles Latimer, porte-parole de Greenpeace Canada pour la campagne Detox.

Des traces de PFC en plus ou moins grande quantité ont été relevées dans 36 des 40 produits testés. « Toutes les marques en utilisent dans au moins un de leurs produits, mais quelques rares produits étaient exempts de PFC », résume M. Latimer en entrevue au Devoir.

Arc’Teryx est le seul produit canadien à avoir été testé, mais plusieurs grandes marques, dont The North Face, Patagonia, Mammut et Columbia, font partie des habitudes de consommation des amateurs de plein air québécois. « On n’a pas fait de tests sur les marques purement québécoises, mais on réalise que c’est très répandu à travers toute l’industrie, ce sont les mêmes procédés qui sont utilisés partout », ajoute M. Latimer, qui précise toutefois que quelques petites compagnies européennes se distinguent du lot.

 

Principe de précaution

Greenpeace demande aux compagnies de produits de plein air d’arrêter d’utiliser les PFC sous toutes leurs formes. « Ce sont des compagnies qui font de l’argent avec la nature et qui ciblent les gens qui font du plein air, ils devraient être les champions de la protection de l’environnement. »

Dans son rapport, Greenpeace parle de « produits chimiques dangereux et persistants, nocifs pour la santé humaine et pour l’environnement ». Le porte-parole canadien nuance un peu : « Il y a des études qui ont été faites — pas encore assez —, qui démontrent que les PFC ont des effets nocifs sur les animaux. Des tests en laboratoire ont démontré que ça interférait avec les hormones et que ça pouvait causer des tumeurs. Comme on voit des impacts sur les animaux, on peut faire le lien avec les humains ».

Sur le plan environnemental, Greenpeace juge que le problème est « irréversible », puisque les PFC sont persistants dans l’environnement et contaminent la chaîne alimentaire.

« On demande aux compagnies d’arrêter d’utiliser les PFC jusqu’à ce qu’on sache les dangers réels de ce produit, selon un principe de précaution », soutient l’environnementaliste. Ce dernier rappelle que, dans certains cas, les impacts sont tellement difficiles à prouver que, lorsque ceux-ci sont enfin confirmés, le produit est déjà omniprésent dans l’environnement.

La rameuse québécoise Mylène Paquette s’est associée à la campagne de Greenpeace, car elle croit à la nécessité d’informer les consommateurs. « Si j’avais eu ces informations lorsque je m’équipais pour ma traversée, j’aurais certainement fait des choix différents. Je ne savais pas que le matériel contenait des PFC, mais j’aurais aimé le savoir, pour ma santé et pour l’environnement. C’est en étant informé que l’on peut faire de meilleurs choix et amener les fabricants à changer leurs comportements. »

Nouvelle génération de PFC

La compagnie The North Face n’a pas mis de temps à réagir. Sur son site Internet, la compagnie a annoncé lundi son intention d’éliminer complètement les PFC d’ici 2020. Entre-temps, elle a opéré une transition pour passer des PFC de longue chaîne aux PFC de courte chaîne, qui seraient moins nocifs.

« C’est une bonne chose qu’une marque d’importance comme The North Face commence à réaliser qu’il y a un problème et que tous les PFC doivent être éliminés de la production de chaîne, répond le porte-parole de Greenpeace. Néanmoins, la cible de 2020 ne témoigne pas du leadership que la communauté de plein air attend de cette compagnie. Ce n’est tout simplement pas assez ambitieux. »

Questionnée sur ses intentions, la compagnie canadienne Arc’Teryx a renvoyé Le Devoir à un blogue, mis en ligne sur son site Web il y a quelques jours. On y explique que la compagnie a elle aussi effectué le transfert de l’ancienne à la nouvelle génération de PFC, mais sans prendre d’engagement formel autre que de poursuivre la recherche pour limiter son empreinte écologique. « Jusqu’à maintenant, nous n’avons pas réussi à trouver une alternative sans PFC qui rejoint nos standards en termes de performance et de durabilité. »

Si j’avais eu ces informations lorsque je m’équipais pour ma traversée, j’aurais certainement fait des choix différents. Je ne savais pas que le matériel contenait des PFC, mais j’aurais aimé le savoir, pour ma santé et pour l’environnement.

3 commentaires
  • Gaston Bourdages - Abonné 26 janvier 2016 04 h 49

    Mercis à vous madame Nadeau et...

    ...aux gens de ces entreprises fautives qui, reconnaissant leurs déplorables maladresses, vont se corriger. C'est tout à leur honneur. Quant aux gens des autres entreprises....sont-ils sensibles au boycottage ?
    Gaston Bourdages,
    Auteur.
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Daniel Cyr - Abonné 26 janvier 2016 08 h 13

    Autres produits suspects à examiner de près

    Les PFC ne devraient pas être les seuls produits à être surveillés de près, les nylons enduits de polyurethane sont aussi très suspects. Ce recouvrement est omniprésent pour imperméabiliser à faible coût, vêtements, tentes, sacs, etc. Un de ses problèmes est qu'il se désagrège facilement et rapidement, examinez les attentivement! De plus, les effets dégagent une odeur très caractéristique avec le temps. J'ai notamment un sac à dos North Face dont l'aspect exterieur est impeccable mais dont l'intérieur produit une espèce de bran de scie qui s'immisce partout, le revêtement est maintenant en charpie. La compagnie contactée à cet effet, affirme qu'il s'agit là que d'une usure normale. Beaucoup d'autres articles de plein air ont le même problème. Usure normale ou usure/vétusté programmée? Et le polyurethane répandu partout, est-ce dangereux pour l'environnement et notre santé?

  • Denis Paquette - Abonné 26 janvier 2016 08 h 16

    Des vautours

    et si on leur faisait des procès pour négligence et abus de confiance c'est prédateurs de grands chemins, voila le monde dans lequel nous vivons, une course au cash indépendant des résultats, quelle mentalitée de vautours