Le ministre expose les grandes lignes de la future politique devant un cercle restreint

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand

Le ministre Pierre Arcand doit présenter jeudi les orientations de la future politique énergétique du Québec au cours d’un cocktail privé organisé par une firme d’avocats et un cabinet de relations gouvernementales qui comptent d’éminents libéraux et dont les mandats sont notamment liés aux intérêts des entreprises minières, pétrolières et gazières.

« Nous sommes heureux de vous inviter à un cocktail avec le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles et ministre responsable du Plan Nord, monsieur Pierre Arcand, à l’occasion duquel il présentera la nouvelle politique énergétique 2016-2025 du Québec », précise l’invitation envoyée par l’important cabinet d’avocats Lavery et dont Le Devoir a obtenu copie.

Ce cabinet, qui compte plus de 200 avocats, est notamment spécialisé dans les dossiers énergétiques. Il offre ainsi des services de conseil juridique « pour exploitants de gazoducs ou oléoducs et entreprises pétrolières ». Il offre également des services « aux producteurs de gaz », pour les projets hydroélectriques et ceux liés à « l’extraction et la transformation de substances minérales ».

Le cabinet, qui compte l’ex-premier ministre Pierre Marc Johnson dans ses rangs, offre aussi des services en « environnement ». Le ministre de l’Environnement du Québec, David Heurtel, a d’ailleurs déjà travaillé au sein de ce cabinet.

Selon la fiche d’invitation, le cocktail est organisé conjointement avec Hatley Conseillers en stratégie, qui compte aussi des proches des libéraux. La cofondatrice de cette entreprise spécialisée dans les « relations gouvernementales » est Marie-Claude Johnson. La fille de Pierre Marc Johnson a déjà été attachée politique de Raymond Bachand, mais aussi de Monique Jérôme-Forget.

Jusqu’en 2015, Mme Johnson était inscrite comme lobbyiste pour deux entreprises minières actives au Québec. En 2011, elle avait également eu un mandat de lobbyisme pour Questerre, une entreprise qui détenait des permis d’exploration pour du gaz de schiste au Québec. Elle est présentement lobbyiste pour l’Association québécoise des lobbyistes.

Un ancien de Hatley et ex-lobbyiste pour une entreprise minière, Alexis Landreville-Arbour, est aujourd’hui conseiller économique au cabinet de Philippe Couillard.

Grandes orientations

Au cabinet du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles Pierre Arcand, on a insisté mercredi pour dire que le cocktail ne servira pas à dévoiler la future politique énergétique 2016-2025. « M. Arcand prendra effectivement la parole dans le cadre d’un cocktail chez Lavery [jeudi] soir à Montréal. Il abordera les grandes orientations de la politique énergétique qui sera dévoilée au cours des prochaines semaines », a souligné l’attachée de presse du ministre, Véronique Normandin.

« Son discours ne sera pas différent de celui qu’il a livré devant plusieurs tribunes publiques au cours de la dernière année, notamment différentes chambres de commerce, le Conseil du patronat, la Fédération des chambres de commerce ainsi que le forum Les Affaires », a-t-elle ajouté.

Le Parti québécois estime tout de même que « les libéraux ne semblent pas avoir retenu les leçons de la commission Charbonneau », selon ce qu’a dit le porte-parole en matière d’énergie, Alain Therrien. « Ils sont arrogants et tout indique qu’ils veulent favoriser les amis du parti. »

Même son de cloche du côté de Québec solidaire. « Est-ce que la politique énergétique du ministre Arcand servira l’intérêt public ou plutôt les intérêts des actionnaires de TransCanada et de l’armée de lobbyistes qui a pris d’assaut les ministères », a demandé le député Amir Khadir.

Politique majeure

Chose certaine, la future politique énergétique constitue un plan majeur qui aura une influence durable sur le Québec. Celle-ci doit en effet guider les grandes orientations du gouvernement pour au moins une décennie, avec à la clé des milliards de dollars d’investissements.

L’élaboration de ladite politique s’est articulée essentiellement autour de trois « tables d’experts » choisis par le gouvernement qui se sont tenues en 2015. Chaque rencontre se tenait sur une seule journée. La première table ronde était intitulée « Efficacité et innovation énergétiques ». La seconde portait sur les énergies renouvelables et la dernière abordait les énergies fossiles.

Le gouvernement Couillard a d’ailleurs déjà signifié qu’il est favorable à l’exploitation des énergies fossiles au Québec, en plus de manifester un préjugé favorable aux projets de transport par pipeline.

En relançant la réflexion sur l’avenir énergétique, le gouvernement Couillard a par ailleurs repris en partie depuis le début le travail effectué auparavant par la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec mise sur pied par le Parti québécois.

Son rapport, intitulé « Maîtriser notre avenir énergétique », était le fruit de consultations publiques et de l’analyse de plus de 460 mémoires. Ce document de 310 pages proposait un virage très ambitieux dans notre façon de consommer l’énergie, un changement qui passerait par une réduction draconienne de notre dépendance aux énergies fossiles.

Ils sont arrogants et tout indique qu’ils veulent favoriser les amis du parti

41 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 13 janvier 2016 15 h 45

    Les "vraies affaires"

    Les québécois ont voté pour les "vraies affaires" : les voici dans toutes leur splendeur.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 13 janvier 2016 15 h 46

    Pourquoi dans un cocktail privé ?

    À ce que je sache, vous avez préparé cette politique avec l'argent des contribuables. Pourquoi lors d'un cocktail privé organisé par une firme d'avocats ?
    Vous devriez le présenter au public avant le privé M. Arcand, initialement toujours aux patrons.
    À l'instar de votre premier médecin M.Couillard inc., vous ne reflétez aucune transparence. Même la barbe y est.
    À quand une enquête sur le financement des partis politiques par l'industrie de la justice ? (ou des bureaux d’avocats)

  • Tim Yeatman - Abonné 13 janvier 2016 16 h 16

    Et nous?

    Quelqu'un devrait expliquer à M. Arcand que les ressources énergétiques dont il veut faire la promotion, i.e. les combustibles fossiles non conventionnels, sont non seulement les sources d'énergie du passé, à contre-courant de nos efforts d’amoindrir les effets des changements climatiques, mais impactent beaucoup le milieu occupé par les citoyens qu'il est sensé représenter. Ce n'est pas seulement l'industrie pétrolière et minière qu'il devrait inclure dans l'équation, mais tous les citoyens, contribuables et électeurs qui respirent de l'air, boivent de l'eau et se nourrissent des fruits de la terre. Il passe à côté quand il déroule le tapis rouge et organise ses cocktails en nous fermant la porte au nez.

    Johanne Dion
    Richelieu, Qc

  • Louis Lapointe - Inscrit 13 janvier 2016 16 h 46

    Quand la réalité dépasse la fiction

    Ce matin j'ai fait le commentaire suivant au sujet de la nouvelle série Ruptures en réaction à l'article de Stéphane Baillargeon "La Loi et la justice"
    http://www.ledevoir.com/culture/television/460024/ :

    "Le droit de la famille tout comme le droit criminel se pratiquent surtout en petit cabinet où les rapports entre avocats sont différents, certainement plus conviviaux que dans les grands cabinets où les praticiens du droit de la famille sont là pour rendre des services auxiliaires aux clients fortunés des bureaux des domaines plus "corporatifs" et commerciaux.

    Le tournage dans un plus petit cabinet nous aurait certainement donné une meilleure perspective de ce qu'est la pratique du droit familial avec ses hauts et surtout ses bas. Les riches n'ont pas la même vision de la misère que la classe moyenne comme on a pu le constater dans l'affaire «Lola».

    Les affaires qui se brassent habituellement dans les grands cabinets ont toutefois de plus grandes conséquences pour le commun des mortels que les conflits familiaux. La présence d'anciens ministres et premiers ministres devenus lobbyistes pour de grandes multinationales et des compagnies de pétrole en est un bel indice.

    C'est là, entre autres, que se décident entre partenaires publics et privés les questions de libre échange, d'exploration et de transport du pétrole... Drôlement plus intéressant. J'espère que cette série y fera écho."

  • Pierre Fortin - Abonné 13 janvier 2016 17 h 35

    Triste et arrogant mépris


    Il eut été souverainement préférable que le ministre s'adresse d'abord et publiquement aux Québécois pour faire la lumière sur les grandes orientations de la Politique énergétique du Québec, telle que la conçoit le gouvernement.

    Choisir de le faire à l'occasion d'un cocktail privé organisé par une firme d’avocats laisse un amer arrière-goût d'arrogance, comme si la population n'était pas l'interlocuteur prioritaire dans l'avenir de son État.

    Monsieur Arcand est le ministre de qui au juste? à qui doit-il rendre des comptes sinon aux Québécois?

    • Jacques Patenaude - Abonné 13 janvier 2016 18 h 59

      Vous ne comprenez rien!!! Le gouverment libéral est à l'époque du gouvernement du XXI siècle. Nous, les citoyens d'un autre siècle n'avons rien compris.... les vrai citoyens du XXI siècle n'ont rien à voir avec ceux du passé car Ils sont trop nonos pour ça.