Ottawa promet de se baser sur «la science» pour mieux protéger les milieux marins

Même s’il fait l’objet de discussions depuis 1998, le projet de zone de protection marine de l’estuaire du Saint-Laurent n’a toujours pas abouti. Celui-ci permettrait pourtant de protéger l’habitat estival du béluga, dont ce gros mâle photographié au large de Trois-Pistoles en août 2015.
Photo: GREMM Même s’il fait l’objet de discussions depuis 1998, le projet de zone de protection marine de l’estuaire du Saint-Laurent n’a toujours pas abouti. Celui-ci permettrait pourtant de protéger l’habitat estival du béluga, dont ce gros mâle photographié au large de Trois-Pistoles en août 2015.

Changement de gouvernement, changement de ton. Le ministre libéral responsable de Pêches et Océans, Hunter Tootoo, entend se fier à la « science » pour identifier précisément les zones marines à protéger. Il promet aussi de protéger 10 % du territoire maritime national d’ici 2020. Une bonne nouvelle pour les groupes environnementaux.

« Au moment où une zone est identifiée, il faut se demander ce qui doit être protégé. Il faut aussi se demander ce que la science estime nécessaire de protéger. C’est ce sur quoi nous baserons nos décisions », a expliqué le ministre Tootoo, en entrevue à la CBC. Même chose pour d’éventuels développements dans des secteurs en théorie protégés.

Selon lui, il importe de voir ce que le Canada a fait jusqu’à présent pour mieux protéger les zones marines des trois océans qui bordent les côtes du pays. Mais surtout, a-t-il insisté, « nous devons regarder ce que d’autres pays ont fait, comme déterminer de vastes zones à protéger ».

Il faut dire que le Canada, véritable cancre international en matière de protection marine, a toute une pente à remonter. Le pays protège actuellement à peine 1,3 % de ses zones maritimes. À titre de comparaison, en Australie, la zone sous protection représente 33 % du patrimoine océanique. Aux États-Unis, ce taux avoisine les 30 %. Même la Russie (11,6 %), l’Indonésie (5,8 %) et la Chine (1,6 %) font mieux que le Canada.

Hunter Tootoo promet quant à lui de protéger 10 % du territoire marin du pays, et ce, d’ici 2020. Il s’agit d’un engagement international pris en vertu de la convention de Nagoya. Le nouveau ministre a d’ailleurs déjà tenu des rencontres à ce sujet, notamment avec des groupes environnementaux. Il souhaite atteindre une première cible de 5 % d’ici la fin de 2017.

Protéger le béluga ?

En entrevue à la CBC, Hunter Tootoo a d’ailleurs évoqué la possibilité de protéger des secteurs entiers de la baie d’Hudson, en faisant référence à la présence de bélugas dans la région de Churchill.

Est-ce que de telles mesures de protection marine pourraient être mises en place pour protéger l’habitat du béluga du Saint-Laurent, une population en voie de disparition considérée comme une sentinelle environnementale ? Alice deSwarte, coordonnatrice en conservation et analyse politique à la Société pour la nature et les parcs, espère que oui.

Elle rappelle ainsi qu’un projet de zone de protection marine de l’estuaire de 6000 km2 est à l’étude depuis 1998. Ce projet, qui ne progresse pour ainsi dire pas depuis plusieurs années, permettrait justement d’inclure des zones actuellement non protégées de son habitat, dont le secteur de Cacouna.

Reste cependant à voir quelles activités industriellesseraient autorisées dans ce secteur, qui fait déjà l’objet d’un trafic maritime intense. Même dans le seul parc marin du Québec, soit celui du Saguenay–Saint-Laurent, la navigation commerciale devrait augmenter au cours des prochaines années.

Outre ce secteur de l’estuaire, deux autres zones du Saint-Laurent ont été ciblées pour éventuellement devenir des zones protégées. Dans les deux cas, des discussions entre le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec sont en cours, sans pour autant être très avancées.

Le plus important vise une région de 16 500 km2 entourant les îles de la Madeleine. Un autre projet vise la protection du banc des Américains, une zone située tout juste à la pointe est de la Gaspésie.

3 commentaires
  • Luc Falardeau - Inscrit 13 janvier 2016 11 h 15

    "La" science

    Je n'en peut plus d'entendre les politiciens dire "LA" science...

    ... comme s'il n'y avait qu'une seule science... les sciences pures et les sciences appliquées n'ont certainement pas toutes les mêmes objectifs...

    • Raymond Lutz - Inscrit 14 janvier 2016 07 h 53

      Il n'y a pourtant qu'une seule 'méthode scientifique', ou néanmoins un large consensus sur sa définition. Quant aux sciences appliquées, du fait même qu'elles le soient, elles portent en elles une subjectivité qui les éloigne de la neutralité désirée.

  • Yves Côté - Abonné 14 janvier 2016 05 h 14

    Ottawa, wa-wa.

    Ottawa, wa-wa.
    "Mister Pit, Mister Pit !
    On les protège ou on les protège pas, les bélugas du Qwibec ?"
    "M..." fit notre Premier M.
    Téléphone.
    "Oui Phil, c'est Moi !
    A propos de tes marsouins, j'aurais besoin de savoir quekchose avant de décider survie ou pas : y sont-tu ben corrects avec l'idée de parler anglais partout dans leur zone ? Et s'ils finissaient par en sortir rien que pour pour nous badrer comme font les séparatisses ?
    Parce qu'autrement, faut arrêter de perdre notre temps et notre argent avec la biologie marine et les autres niaiseries comme celle-là !
    Il y en a qui commence à me fatiguer sérieusement avec c't'affaire-là.
    Je sais bien qu'à 70 cents US la piastre ça fait quand même pas beaucoup, mais faut quand même arrêter le gaspille pour rien..."
    Et le téléphone fut raccroché.
    "Il a quarante huit heures pour me donner une réponse définitive. Après ça, s'il le faut mon ministre, on agira pour les chasser tout tout partout", ajouta l'homme de manière sybilline.

    Tourlou !