2 milliards pour une centrale fermée

En raison du contrat signé avec TransCanada, environ 150 millions de dollars ont dû être versés par Hydro-Québec chaque année entre 2008 et 2014, uniquement pour garder la centrale fermée.
Photo: iStock En raison du contrat signé avec TransCanada, environ 150 millions de dollars ont dû être versés par Hydro-Québec chaque année entre 2008 et 2014, uniquement pour garder la centrale fermée.

Qu’elle soit utilisée ou non, la centrale au gaz naturel de Bécancour aura coûté au moins deux milliards de dollars à Hydro-Québec sur une période d’un peu moins de 30 ans, indiquent les données compilées par Le Devoir. La Société d’État s’est en effet engagée à verser à partir de cette année des centaines de millions de dollars supplémentaires à TransCanada, propriétaire de cette centrale qui ne produit plus d’énergie depuis 2008.

Cette centrale privée, construite au coût de 500 millions de dollars, a produit de l’énergie pour le réseau d’Hydro-Québec de septembre 2006 à décembre 2007. Depuis ce temps, elle n’est plus utilisée pour alimenter les consommateurs québécois, en raison des importants surplus d’énergie dont dispose la Société d’État. Selon cette dernière, la suspension des livraisons de la centrale constitue d’ailleurs « une solution avantageuse pour la clientèle et comportant moins de risques pour Hydro-Québec Distribution ».

Or, en raison du contrat signé avec TransCanada, environ 150 millions de dollars ont dû être versés chaque année entre 2008 et 2014, uniquement pour garder la centrale fermée. Cela équivaut à une somme globale de plus d’un milliard de dollars. Qui plus est, cette entente est en vigueur jusqu’en 2026. Cela signifie qu’Hydro-Québec devra obligatoirement continuer de verser des dizaines de millions de dollars annuellement à la multinationale albertaine, que la centrale de Bécancour soit utilisée ou non.

Il est toutefois impossible de connaître le montant exact. « On ne peut pas dévoiler le montant précis, parce que nous sommes liés par des ententes de confidentialité » avec TransCanada, a indiqué au Devoir le porte-parole, Affaires publiques et médias chez Hydro-Québec, Marc-Antoine Pouliot.

Selon ce qu’a tout de même indiqué M. Pouliot, le montant à verser chaque année entre 2014 et 2026 serait « nettement » inférieur à 150 millions, en raison des « amendements » apportés à l’entente initiale.

Un de ces amendements consiste à « libérer » les volumes de gaz qui étaient auparavant réservés, puisque la centrale ne produit de toute façon aucune énergie. Cela réduit la facture de 14 millions par année, selon Hydro-Québec. « D’autre part, des pressions à la baisse sur certaines composantes de l’entente réduisent les coûts », a-t-on précisé dans des réponses transmises par courriel.

Reste qu’au final, même en supposant que le montant déboursé chaque année aurait été divisé par trois, la somme totale devrait atteindre plus de 600 millions.

Contrat de 20 ans

Par ailleurs, une nouvelle entente approuvée l’automne dernier par la Régie de l’énergie et censée entrer en vigueur au cours des prochains mois vient se superposer à l’entente déjà en vigueur. Celle-ci est en effet valable pour la période 2016-2036. En vertu des « protocoles d’entente » conclus avec TransCanada et Gaz Métro, Hydro-Québec s’est engagée à verser un montant de base de 389 millions de dollars sur 20 ans, et ce, que la centrale au gaz de Bécancour soit utilisée ou non.

Il n’a pas été possible de savoir quels montants précis seront versés à chacune des entreprises. Les clauses inscrites dans les « ententes » ne permettent pas à la Société d’État, dont l’unique actionnaire est le gouvernement du Québec, de dévoiler ces détails.

Dans le document de la demande présentée à la Régie de l’énergie, les chiffres sont d’ailleurs caviardés. On y constate cependant que les « frais fixes annuels » doivent augmenter chaque année entre 2016 et 2036, passant de 15 millions à 46,6 millions de dollars.

Selon ce qu’a expliqué M. Pouliot, cette nouvelle entente couvrant les deux prochaines décennies doit permettre de combler les besoins de « puissance » lors des périodes de très forte demande, soit en période hivernale.

Hydro-Québec pourra ainsi « compter sur des livraisons d’électricité garantie de la centrale de Bécancour durant un maximum de 300 heures par hiver (du 1er décembre au 31 mars) ». Pour les 100 premières heures, Hydro-Québec Distribution s’est entendue avec Gaz Métro afin d’approvisionner la centrale en gaz naturel liquéfié. Gaz Métro prévoit d’ailleurs la construction d’un réservoir de gaz naturel liquéfié et d’une unité de vaporisation à proximité de la centrale. Au-delà des 100 heures, le coût du gaz naturel « sera évalué en fonction des prix sur le marché », précise Hydro-Québec.

Même si les surplus énergétiques sont toujours abondants pour la Société, celle-ci prévoit une croissance de la demande en « puissance » soutenue d’ici 2023. Elle juge donc qu’elle aura inévitablement recours à la centrale au gaz de Bécancour.

Mauvaise décision

Qu’elle soit utilisée ou non, cette centrale privée devrait avoir coûté au moins deux milliards de dollars à Hydro-Québec pour la période 2008-2036. C’est le chiffre minimal qu’on obtient en calculant les montants déboursés en vertu des ententes 2006-2026 (au moins 1,6 milliard) et 2016-2036 (389 millions). Il est toutefois impossible de connaître le montant précis, en raison des clauses de confidentialité inscrites dans les différentes ententes qui lient la Société d’État à TransCanada, mais aussi à Gaz Métro.

Pour le spécialiste des questions énergétiques Normand Mousseau, ces ententes constituent une mauvaise décision. Selon lui, non seulement la centrale de Bécancour est présentement inutilisée, mais elle risque de continuer d’être inutile pour encore plusieurs années. « Il est loin d’être évident qu’on va utiliser la centrale, même à partir de 2026, souligne-t-il. Et dans un contexte d’austérité, que ce soit 1,5 milliard ou 2 milliards de dollars, on parle de beaucoup d’argent dépensé pour une infrastructure inutile. »

M. Mousseau, coauteur du rapport de la Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, rappelle en outre que la province vend déjà à perte des achats d’énergie, notamment ceux provenant des mini-centrales et du secteur éolien. Qui plus est, le gouvernement compte augmenter la capacité de production de ces filières, en plus d’ajouter d’ici 2020 la production de l’imposant complexe de la rivière Romaine. Selon lui, les prévisions de croissance de la demande chez Hydro-Québec sont tout simplement « trop optimistes ».

TransCanada a un total de 17 lobbyistes de l’entreprise inscrits au registre des lobbyistes du Québec. Un de leurs mandats est lié à la centrale au gaz. Parmi ces lobbyistes, on compte une avocate qui travaillait pour Hydro-Québec jusqu’en août 2015 et qui est désormais « conseillère juridique principale » chez TransCanada.

Un autre, ancien gestionnaire de projets de TransCanada, qui était employé de l’entreprise jusqu’en novembre 2015, est désormais « Spécialiste en régulation économique, direction du gaz naturel et produits pétroliers » à la Régie de l’énergie. Il a également déjà travaillé pour Hydro-Québec, comme « analyste, approvisionnement en électricité », au moment de la construction de la centrale.

26 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 11 janvier 2016 02 h 04

    Ne dit-on pas as usual

    Si ce n'est pas de la collusion, ca y ressemble beaucoup, mais comme au Québec on est pas regardant aux dépences, on s'en fou, 17 lobbyistes juste pour pouvoir signer ce contrat avec les peasoups, il faut le faire, et pendant ce temps au Québec on coupe dans les services, mais personne ne veut savoir ce qui s'y passe, nos chers politiciens y ont vus, il faut bien que ces lobbyistes servent a quelque chose, des bureaux dont le rôle est de manipuler le bon peuple, né pour un petit pain vous dites, ce n'est meme plus un petit pain, mais devenu de la galette applatie a force de se faire retourner.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 11 janvier 2016 05 h 18

    Des milliards payés en trop

    Les Québécois paient des milliards en trop depuis toujours.
    Il y a eu "Canadair" pour des avions qui ne se sont pas vendus,
    la régie des installations olympiques pour un toit qui n'a pas servi à grand chose
    la centrale au gaz naturel de TransCanada de Bécancourt,
    la centrale nucléaire de gentilly, de Bécancourt,
    des milliards en trop depuis toujours et personne ne fait rien ?
    Et comment ça se fait les installations, toutes à Bécancourt ?
    Les spécialistes de l'énergie pourriez-vous expliquer s.v.p. ? J'ai beaucoup de questions, expliquez moi quéqu'un.

    • Christine Rychlik - Inscrite 11 janvier 2016 08 h 06

      Vous avez-oubliée Mirabel.
      Le pont Champlain en soins palliatif prématuré.

    • Lucien Cimon - Abonné 11 janvier 2016 09 h 54

      Il doit y avoir «un libéral» sous roche. Leur force, c'est l'éonomie!
      «Idée noire», disait le personnage d'une émission pour enfants du temps...
      Lucien Cimon

    • Nicole Ste-Marie - Abonnée 11 janvier 2016 10 h 29

      Oui, j'avais oublié Mirabel et le pont Champlain.

      J'avais envie de pleurer, pour ne pas dire autre chose, et volontairement j'ai aussi oublié:

      Les 800,000,000 $ payés en trop au médecin,
      l'assurance médicaments que le Québec paie trop cher,
      les cotisations du Régime de Pension du Canada payé trop cher,
      les cotisations du régime de l'Assurance Emploi payé trop cher.

      Le Québec paie trop à Ottawa pour ce qu'il reçoit,
      analyse de Stéphane Gobeil, publié par Gabriel Ste-Marie, (aucune relation)
      le Québec paie beaucoup trop pour ses chantiers, 1 milliard (100,000,000 $) en 10 ans. Publiés dans le journal "Les Affaires" de La Presse. Voir aussi l'inutile commission Charbonneau.

      Et pis, c'est l'austérité ici au Québec, le Premier docteur Couillard inc. coupe dans la santé et dans l'éducation et tous les programmes sociaux.

      Quels députés se lèveront pour les Québécois ?

  • Philippe Bélisle - Inscrit 11 janvier 2016 05 h 30

    Imaginez une douzaine!

    La centrale de Bécancour fait partie de la douzaine de centrales thermiques qu'André Caillé, alors président d'Hydro-Québec, voulait faire construire au début des années 2000. Selon Caillé, ancien dirigeant de Gaz Métro, les centrales au gaz étaient un véritable Klondike et allaient nous apporter la richesse.

    Heureusement, Bécancour a été la seule qui a vu le jour, avec les sonséquences financières déasatreuses qu'on connaît. Heureusement aussi que les Québécois sont descendus par milliers dans la rue il y a plus de 10 ans pour réclamer l'abandon d'une autre centrale prévue, celle du Suroît.

    Il est incroyable que M. Caillé, qui est plus tard devenu porte-parole des compagnies gazières et pétrolières, n'ait pas fait l'objet d'une enquête pour avoir dilapidé des centaines de millions de dollars des contribuables qubécois afin de mousser les profits de TransCanada et des autres.

    Un milliard perduavec une seule centrale au gaz... Imaginez une douzaine!

    • Jean-Yves Arès - Abonné 11 janvier 2016 09 h 58

      Les centrales au gaz projetées ont été remplacées par les parcs éoliens...

      Je ne suis pas sûr du tout qu'on a fait des grosses économies là !

    • J-Paul Thivierge - Abonné 11 janvier 2016 13 h 14

      @ M J-Y Arès Si les contrats éoliens avaient été négociés sur une base normale c'est 6 ¢ de KWh mais les politiciens du PLQ sous JJC ont dit à Vandal d'accorder 12 ¢ du KWh sur une base de 20 ans.
      Les erreurs de TCE Bécancour et de l'éolien politique ont étét faits sous JJ Charest et on paiera pour pendant quelques décennies parce que les promoteurs et lobbyistes ont fourni où il fallait pour que ça rapporte au PLQ.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 12 janvier 2016 13 h 35

      L'éolien n'est que politique au Québec, le territoire possède toutes les ressources hydrauliques pour suffir à sa demande d'électricité sans avoir recour a l'éolien.

      En tout temps les prix de contrat ont été établis a partir d'appels d'offres ouverts a l'international, l'importance de la variété des prix obtenus est tout a fait lié à l'état des marchés au moment ou les accords on été signés.

      Pour rappel, il y a quelques années l'éolien a connu un boum de la demande (lié a l'explosion des prix de toutes les formes d'énergie), une demande que l'industrie de l'époque ne pouvait fournir. Ajoutez à cela les prix des matières premières qui eux aussi étaient extrêmes (fer à 200$ la tonne versus moin de 40$ aujourd'hui, cuivre a 5$/lbs versus 2$) et vous avez le portrait parfait pour avoir payé trop cher à certaines époques, et avoir limpression de faire des bons deals a d'autres...

      Dans l'ensemble les politiciens, peu importe les quels, sont trop intervenus, et se sont surtout montrer incapablent de s'adapter à la situation de la baisse des besoins.
      Et c'est cela qui nous coute très cher.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 11 janvier 2016 06 h 47

    L'analogie avec les primes d'assurance incendie vaut-elle? Je l'ignore.

    Sauf erreur, Hydro-Québec a eu recours à cette centrale électrique à un moment l'on courait le risque de collectivement manquer d'énergie électrique en hiver. Dans ce temps-là, quels étaient les faits? Quels sont-ils maintenant? Y-a-t-il moyen de rémédier à la situation actuelle? Prenons l'assurance-incendie. Payer des primes d'assurance pendant vingt ans totalise certainement un bon montant d'argent, mais, est-ce annuellement trop pour couvrir le risque d'incendie d'une résidence principale? Peut-on me renseigner?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 11 janvier 2016 10 h 49

      Le sujet traité par monsieur Shields ici est très incomplet, limite de la mauvaise foi. Mais que voulez-vous, il est question d'entreprises privées, donc il faut une présentation suspicieuse.

      On ne parle ici que d'un contrat d'une centrale électrique et de son coût approximatif de l'ensemble du contrat. Rien sur le contexte de l'époque et rien sur les motifs qui ont orientés la prise de décision.

      Quelques sujets non-traités:

      Quel était l'état du marché dans les années qui ont précédées?

      Quelles activités sur les marchés américain venait de développer Hydro Québec?

      Quel profit engendaient ces activités?

      Quelle étaient les perspectives?

      Quel était les prix du gaz a l'époque (vous vous engagez a fournir un service qui nécissite l'achat de gaz sur de longue période, donc des options d'achat)

      Quelles obligations étaient liées au fait de pouvoir vendre sur ce marché étranger (un monopole d'État sur marché libre)?


      Et une fois quon aura répondu a ces questions il restera à se demander quel bilan aurait été la même centrale construite par Hydro Québec ?
      Et là, au minimum, on aurait bien bien de la misère à en faire un bilan vu l'opacité qui caractérise notre société d'État !
      --

      Et puis, même si le sujet serait mieux traité, quel sont donc les perspectives présentes qui motives l'ajout incessant de nouvelle production électrique alors que les surplus, présents et futurs, sont simplement titanesques?

      À quoi sert une information publique éclairée si les décissions se prennent en chambre close, sur des motifs obscures, qui n'ont rien a voir avec les mandats de base (d'un producteur d'électricité) ?

      En quoi l'expérience avec cette centrale peut-elle enrichire la capacité de prise de décission d'une société d'État si les décisions sont prises hors du contrôle de cette société d'État ?

      Élisons nous des politiciens pour qu'ils dictent aux société d'État comment agir ?

  • François Dugal - Inscrit 11 janvier 2016 08 h 07

    Salaire d'enseignant

    Avec 2 milliards de dollars, combien d'enseignants pourrait-on engager?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 11 janvier 2016 10 h 55

      L'égoisme a son meilleurs, tout le cash possible devrait être dédié à soi et ses copains.

      Pire que pire, la chose émerge du milieu éducatif lui même !

      Toute une perspective d'avenir pour la place futur du soucie d'équité sociale !