Québec autorise un projet minier sans évaluer le port qui sera construit

En naviguant sur le Saguenay, les navires qui chargeront le minerai traverseront le seul parc marin de la province, soit le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Ils navigueront notamment en plein cœur de l’habitat essentiel du béluga, une espèce en voie de disparition.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir En naviguant sur le Saguenay, les navires qui chargeront le minerai traverseront le seul parc marin de la province, soit le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Ils navigueront notamment en plein cœur de l’habitat essentiel du béluga, une espèce en voie de disparition.

Le gouvernement Couillard vient d’approuver le projet minier Arianne Phosphate sans tenir compte de l’avis du BAPE, qui jugeait que le projet ne devait pas être autorisé avant que le port qui sera construit pour exporter le minerai soit soumis à une évaluation environnementale québécoise. La future mine fera augmenter le trafic maritime dans le seul parc marin du Québec.

Par la voie d’un simple communiqué publié ce mardi 22 décembre, le gouvernement a annoncé la mise en place du « décret environnemental » qui ouvre la voie au projet de mine d’apatite du lac à Paul d’Arianne Phosphate.

« Le territoire québécois regorge de richesses et offre un potentiel immense en matière d’exploitation des ressources naturelles, et nous privilégions les projets qui s’engagent à respecter les milieux d’accueil et les principes de développement durable. Ce décret environnemental pour la mine est une première étape importante vers la concrétisation du projet d’Arianne Phosphate, qui présente un potentiel de retombées économiques important pour le Québec », a fait valoir le premier ministre, Philippe Couillard, dans le communiqué.

Selon les informations diffusées par le gouvernement, le projet de mine d’apatite du lac à Paul prévoit 375 emplois directs pendant la phase d’exploitation et 475 lors de la phase de construction. Québec a injecté des fonds publics dans le projet, par l’entremise d’Investissement Québec.

Silence sur le port

Le feu vert donné par Québec signifie que le gouvernement Couillard a décidé de faire fi du jugement du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) concernant le port qui sera construit pour permettre d’exporter le concentré d’apatite.

Dans son rapport publié en octobre par le ministre de l’Environnement, le BAPE concluait en effet que l’autorisation du projet minier Arianne Phosphate « devrait être conditionnelle à un examen environnemental public du projet de terminal maritime à Sainte-Rose-du-Nord, à la satisfaction du gouvernement du Québec, qui aurait alors toutes les informations écologiques, sociales et économiques nécessaires à sa prise de décision ».

Les commissaires du BAPE qui ont étudié ce projet de mine à ciel ouvert estiment en effet que « les trois composantes du projet, soit le site minier, le tracé choisi pour le transport du concentré et le terminal maritime, forment un tout indissociable pour la prise de décision gouvernementale ».

Sur le Saguenay

Or, le port qui sera construit pour exporter la production de concentré d’apatite a été exclu de l’étude d’impact soumise au gouvernement du Québec, en prévision du BAPE.
« En l’absence de cet important élément du projet minier auquel s’ajoute le fait que le promoteur a surtout considéré les aspects économiques dans le choix des scénarios de transport, l’analyse de la commission d’enquête se trouve limitée », déploraient les commissaires.

Le projet de port fait l’objet d’une évaluation environnementale par l’Agence canadienne d’évaluation environnementale, à laquelle le Québec participe. Le promoteur de la mine considère que le port est de compétence fédérale.

Le port nécessaire au développement duprojet minier doit être construit à Sainte-Rose-du-Nord. Il doit permettre de charger trois millions de tonnes de concentré d’apatite chaque année, soit près de trois fois la production du projet Mine Arnaud, à Sept-Îles. Les navires qui chargeront le minerai, à raison d’un tous les cinq jours, auront une capacité de 40 000 tonnes.

En naviguant sur le Saguenay, ils traverseront le seul parc marin de la province, soit le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Ils navigueront notamment en plein coeur de l’habitat essentiel du béluga, une espèce en voie de disparition.

La mine serait à proximité du lac à Paul, à 200kilomètres au nord de la ville de Saguenay. La fosse d’extraction à ciel ouvert aurait une largeur de 600 mètres, une longueur de 2300 mètres et une profondeur d’environ 450 mètres. L’exploitation de la mine devrait durer 26 ans.

La minière se dit optimiste de trouver preneur pour son concentré d’apatite, malgré les difficultés rencontrées par le projet Mine Arnaud. La Banque mondiale entrevoit néanmoins des années difficiles pour le marché du phosphate (l’apatite est composée de phosphate).

Par voie de communiqué, la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine a déploré « l’autorisation hâtive » du projet Arianne Phosphate. « Le promoteur a tronqué le projet en vue d’en faciliter l’acceptation. Cela crée un dangereux précédent, qui vient affaiblir la portée de l’évaluation environnementale des projets et les audiences publiques qui y sont associées », a fait valoir Dominique Bernier, coordonnatrice et co-porte-parole de la Coalition.

La Coalition et ses partenaires examinent la possibilité de recours judiciaires.



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