L’accord de Paris est adopté

C’est fait, enfin. Après deux semaines de négociations ardues, mais aussi des années d’incertitude sur l’avenir de la lutte contre les changements climatiques, la communauté internationale vient finalement d’adopter un accord qui doit, en théorie, nous permettre d’éviter le naufrage planétaire que la science nous prédit. Le plus dur reste toutefois à venir, puisqu’il faudra non seulement mettre en œuvre cette entente de Paris, mais aussi augmenter substantiellement les efforts pour espérer la respecter.

Le nouveau projet d’accord, jugé « ambitieux et équilibré » par le président de la COP21 Laurent Fabius, aura donc finalement permis de rallier les positions souvent très éloignées des 195 pays présents à la table de négociations, au terme d’un intense blitz de discussions.

« Nous sommes parvenus à un projet d’accord ambitieux et équilibré qui reflète les positions de parties », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius. Ce texte « est juste durable et juridiquement contraignant », a-t-il souligné, après avoir piloté les négociations des derniers jours à Paris.

Le défi du 1,5 degré

Parmi les éléments clés de cet accord, il y a d’abord la cible de limitation des bouleversements climatiques. Le document fixe en effet pour objectif de maintenir l’augmentation prévisible de la température « bien en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels » et de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C ». Et ce, « en reconnaissant que cela réduirait significativement les risques et impacts du changement climatique. »

Cette demande était cruciale pour les pays les plus vulnérables aux changements climatiques, dont les États insulaires. L’Arabie Saoudite, l’Inde et la Russie, pays producteurs de carburants fossiles, avaient en revanche exprimé clairement leur opposition au cours des négociations.

Les efforts pour y parvenir devront toutefois être très significatifs. Il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 40 à 70 % d’ici 2050 (et les faire disparaître en 2100) pour espérer rester sous 2 °C, et les baisser de 70 à 95 % pour rester sous 1,5 °C, selon le groupement intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

D’ailleurs, le temps presse. Sous l’effet des GES émis depuis 150 ans et issus pour l’essentiel de la combustion des énergies fossiles, le monde a déjà gagné 1 °C. Et selon le GIEC, il est sans doute parti pour un réchauffement d’au moins 1,5 °C du fait des seuls gaz déjà émis, le CO2 persistant environ un siècle dans l’atmosphère. Qui plus est, les engagements volontaires pris par les pays en vue de la COP21, la hausse des températures d’ici la fin du siècle pourrait dépasser les 3 °C.

Aide financière

Selon ce qui se dégage du document de 31 pages adopté samedi par consensus, l’aide promise aux pays en développement a été inscrite comme le souhaitaient ces derniers. Depuis 2009, les pays développés promettent de financer un fonds devant atteindre 100 milliards de dollars par année d’ici 2020 pour aider les pays en développement à s’adapter aux changements climatiques et à amorcer la transition énergétique vers une économie faible en carbone.

Or, cette somme est désormais « un plancher », selon la formulation inscrite dans l’accord. Les 100 milliards seront d’ailleurs révisés « avant 2025 ». Ce sont toujours les pays développés qui doivent contribuer à ce Fonds vert.

Différence Nord-Sud

Le projet d’accord reconnaît également la responsabilité différenciée des pays, comme cela est inscrit à la Convention de l’ONU depuis 1992. Cela signifie que les pays riches, historiquement responsables des bouleversements climatiques, doivent faire davantage d’efforts pour lutter contre la crise climatique mondiale. Les pays en développement, eux, doivent « continuer à renforcer leurs efforts d’atténuation (...) à la lumière des différents contextes nationaux », formulation qui prend donc en compte leur niveau de développement.

Des éléments de l’accord sont par ailleurs « juridiquement contraignants », a souligné M. Fabius. C’est le cas pour la révision, possiblement à la hausse, des engagements, qui doit se répéter tous les cinq ans. La première révision devrait en théorie intervenir en 2025, puisque l’accord doit entrer en vigueur en 2020.

Sur le point très sensible des « pertes et préjudices » que subissent déjà des pays en raison des effets des bouleversements climatiques, l’accord de Paris ne prévoit pas de compensations financières pour ces États, comme plusieurs le souhaitaient. Le texte se contente de mentionner que les parties « devraient renforcer l’entente, l’action et le soutien » sur cette question. Il exclut toute « responsabilité ou compensation » des pays du Nord pour les préjudices subis par les pays en développement.

L’accord, pour entrer en vigueur en 2020, devra avoir été ratifié, accepté ou approuvé par au moins cinquante-cinq pays représentant au moins 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Mais, « à tout moment après un délai de trois ans à partir de l’entrée en vigueur de l’accord », tout pays pourra s’en retirer, sur simple notification.

Un accord salué, malgré les bémols

Après l’adoption de l’accord, plusieurs pays ont pris la parole pour donner leurs commentaires dans le cadre de l’ultime plénière de la COP21. Tous ont souligné que l’accord n’est certes « pas parfait », mais qu’il constitue une bonne base pour envisager la suite. Selon les représentants chinois, cet accord est « un tournant historique dans la lutte contre les changements climatiques ». Même son de cloche du côté de l’Inde, qui a tout de même réitéré le « droit au développement » des pays émergents et a répété sa volonté que les pays riches en fassent plus pour lutter contre les changements climatiques.

Plusieurs pays vulnérables aux impacts des bouleversements en cours ont aussi insisté sur la nécessité de rehausser le niveau d’ambition au cours des prochaines années, notamment en matière de financement promis par les pays développés, mais aussi en ce qui a trait aux cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Les groupes environnementaux ont, dans l’ensemble, salué les avancées contenues dans le projet d’accord de Paris. Équiterre a ainsi évoqué une entente d’une « importance historique ». Évoquant la cible du 1,5°C, le groupe a souligné que « pour atteindre cet objectif, tous les pays sont tenus de réviser leurs plans de réduction des émissions dès 2018, et le Canada doit travailler auprès de partenaires internationaux pour assurer que le niveau d’ambition soit suffisamment élevé pour atteindre l’objectif à long terme. Il s’agit d’un signal fort pour une transition énergétique vers 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2050 ».

Du côté de Greenpeace, on estime que l’accord mondial démontre clairement que le monde devra se détacher de sa dépendance aux énergies fossiles. L’organisation a toutefois déploré le manque d’ambition pour limiter les bouleversements du climat. « Maintenant reste l’essentiel: comment allons-nous atteindre ce nouvel objectif?, a demandé le directeur de Greenpeace international, Kumi Naidoo. Les mesures décrites dans ce texte ne nous donnent pour l’instant aucun moyen concret d’y parvenir. Nous avons un mur à escalader pour arriver à 1,5 °C mais l’échelle n’est pas assez grande. Les objectifs de réduction des émissions sur la table ne sont tout simplement pas assez ambitieux, et l’accord ne prévoit pas de solutions satisfaisantes pour y remédier. »

Même son de cloche du côté d’Attac France, qui a soutenu qu’« en entérinant des contributions nationales qui conduisent vers un réchauffement supérieur à 3°C, la COP21 se montre incapable de désamorcer la bombe climatique ». Le groupe a également souligné que le projet d’accord ne mentionne aucune date pour atteindre un « pic d’émissions » polluantes.

« L’accord demeure incomplet en ce qui touche certains sujets tels que l’assurance de dédommagements pour les pays qui ressentent déjà les effets des changements climatiques et la responsabilité à l’égard d’émissions antérieures. Ces lacunes, entre autres, devront être comblées à l’avenir », a souligné par sa part la Fondation David Suzuki.

Avec l’Agence France-Presse et Le Monde  
14 commentaires
  • Michel Thériault - Inscrit 12 décembre 2015 14 h 55

    Espoir

    On peut espérer que tout cela n'est pas qu'un gros "show de boucanne" et que la majorité des pays y mettront du sérieux. L'utopiste en moi me dit que c'est techniquement faisable mais, le pragmatique qui filtre mes émotions me prévient que beaucoup de pays ont appuyé cette entente pour l'image mais que, en leurs fors intérieurs, ils savent très bien qu'ils n'en ont ni l'intention, ni les moyens.

    Comment prendre au sérieux la parole de l'Arabie saoudite, des pétrocraties et même celle du Canada dont les énergies fociles constituent le sang qui les maintiennent sur leurs trônes malodorants?

    Il faut d'avantage que la bonhommie juvénile de Justin et la perfidie mensongère de Couillard pour renverser la forteresse du roi pétrole qui mène le monde.

    Show de boucanne ? Espoir.

  • Sylvain Rivest - Inscrit 12 décembre 2015 15 h 05

    maintenant on peut tourner la page

    Et oui, l'Alberta va continuer de polluer et déverser des produits toxiques dans l'environnement. On va pouvoir recevoir nos déversements de pétrole, comme promis, dans nos sources d'eau. couillard va pouvoir garder la porte ouverte aux compagnies pétrolières...

    Comme disait si bien arcand « Le premier ministre n’était pas à Paris pour faire la promotion des hydrocarbures, a-t-il dit. Il était clair que le premier ministre était là pour faire la promotion de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques, c’était la raison pour laquelle il était là. » Donc, maintenant il est de retour pour les vrais affaires.

    1 - dilapider notre bien collectif
    2 - faire de la place pour les requins du privés
    3 - enrichire ses amis

    • Alain Lavallée - Inscrit 12 décembre 2015 17 h 04

      En revenant ici notre PM continuera à supporter de toutes ses énergies, l'oléoduc Energy east qui transportera 1,1 millons de barils de pétrole sale par jour...

      maintenant que les caméras ne sont plus là on passe aux "vraies affaires"

  • François Dugal - Inscrit 12 décembre 2015 15 h 24

    Et pendant ce temps, au Canada

    La réaction du Canada sera-t-elle la même que pour le protocole de Kyoto : amenez-en, des pipelines?

  • Jean-Luc Malo - Abonné 12 décembre 2015 16 h 26

    Vive la diplomatie française!

    Là où la diplomatie danoise avait échoué à la conférence précédente de Copenhague, la diplomatie française avec à sa tête un ministre et un gouvernement socialistes (ne l'oublions pas) a réussi cet exploit remarquable. La France jouit toujours d'un prestige international incontestable, ce qui devrait faire la fierté de tous les francophones dont nous sommes.

    Jean-Luc Malo
    abonné

    • Marc Drouin - Abonné 13 décembre 2015 03 h 49

      Mon Pauvre M. Malo,

      La France en avait uniquement besoin à la veille du second tour des élections régionales aujourd'hui dimanche.
      Lundi:Business as usual et surtout as before. Point!

    • Dominique Boucher - Abonné 13 décembre 2015 07 h 18

      « [...] avec à sa tête un ministre et un gouvernement socialistes (ne l'oublions pas) [...] »

      J'admire votre absence de partisanerie.

      Jean-Marc Gélineau, Montréal

  • Michèle Lévesque - Abonnée 12 décembre 2015 17 h 12

    Merci à Alexandre Shields

    Je profite de cet article pour remercier M. Shields pour ces reportages et compte-rendus sur l'environnement toujours présentés de manière forte, sobre et précise. C'est une source précieuse d'information et de conscientisation.