L'accord sera insuffisant, selon plusieurs spécialistes

La conférence climatique de Paris n’a pas fait exception à la règle en se poursuivant au-delà de ce qui avait été prévu à l’origine, les discussions achoppant sur des points cruciaux pour la conclusion d’une entente. Mais quel que soit le verdict final, l’accord sera insuffisant pour éviter la catastrophe climatique, ont souligné vendredi des spécialistes du climat.

Vendredi soir, les délégations représentant 195 pays entamaient une autre nuit de négociations pour tenter de régler au moins trois obstacles majeurs à la conclusion d’un accord. Dans la nuit de vendredi à samedi, au terme d’une minutieuse relecture du texte ligne par ligne, la présidence de la COP a finalement annoncé la finalisation du projet d’accord, qui sera présenté samedi par le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

Les tractations étaient néanmoins difficiles sur la question du soutien financier promis aux pays en développement pour leur permettre de s’adapter aux changements climatiques et d’amorcer la transition énergétique. Le projet d’accord mentionne que l’enveloppe de 100 milliards de dollars par année promise d’ici 2020 est un « plancher ». Or l’Australie, l’Union européenne et les États-Unis jugent que la formulation est trop favorable aux pays en développement.

Divergences

Des divergences persistaient également autour de l’objectif de limitation du réchauffement. Le dernier projet d’accord faisait état de l’idée de le fixer « bien en deçà » de 2 °C par rapport au niveau préindustriel, tout en mentionnant « la poursuite des efforts pour limiter la hausse à 1,5 °C ». L’Arabie saoudite s’est opposée à cette formulation, tout comme la Russie. En revanche, pour les États les plus vulnérables aux impacts des bouleversements climatiques, la cible de 1,5 °C est essentielle.

La question de la « différenciation » (répartition des efforts entre les pays développés et en développement) divise elle aussi les pays développés et ceux en développement. Les États riches estiment que cette frontière a fait son temps, tandis que les autres souhaitent la maintenir, au nom de leur droit à la croissance économique.

Formulations vagues

De toute façon, le projet d’accord contient des formulations trop « vagues » pour garantir que la hausse de la température restera à des niveaux souhaitables, ont jugé vendredi plusieurs climatologues présents à la conférence du Bourget.

« Les options qui envoyaient un signal clair sur les moyens d’y arriver ont été retirées du texte », a déploré Steffen Kallbekken, directeur de recherche au Centre de recherche international sur l’environnement et le climat (CICERO), cité par l’Agence France-Presse. Elles ont été « remplacées par des formulations assez vagues », a-t-il poursuivi.

Une option du texte précédent prévoyait une réduction des rejets polluants de 40 à 70 % d’ici 2050 (scénario préconisé pour rester sous 2 °C), ou de 70 à 95 % (pour rester sous 1,5 °C).

Pour Hans Joachim Schellnhuber, directeur de l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique (PIK), il serait « bon de rester à 1,5 °C ». « Mais est-ce que le texte est suffisamment opérationnel pour ça ? La réponse est non. »

« Nous n’aurons pas suffisamment de réductions d’émissions à court terme », a prédit Kevin Anderson, sous-directeur du Centre de recherche Tyndall sur le changement climatique à Manchester. « Donc, l’objectif de 1,5 °C n’est pas viable », estime-t-il, ajoutant que « pour les pays vulnérables, pauvres, le texte actuel oscille entre danger et mort assurée ».

1 commentaire
  • Guy Lafond - Inscrit 12 décembre 2015 01 h 58

    Merci la France!


    La France est un pays qui pourra sortir la tête haute de COP21. Elle a orchestré un travail énorme pour tenter d'en arriver à un accord contraignant à ce sommet.

    En contrepartie, des pays qui continuent de se mettre la tête dans le sable devront tôt ou tard rendre des comptes à la communauté internationale et aux générations montantes.

    (Un humble Québécois à bicyclette à Ottawa)