Des groupes demandent à Justin Trudeau de stopper le transport de pétrole

Enbridge a débuté récemment les livraisons de pétrole de l’Ouest à Montréal par l’oléoduc 9B.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Enbridge a débuté récemment les livraisons de pétrole de l’Ouest à Montréal par l’oléoduc 9B.

Des groupes sociaux et des représentants autochtones demandent à Justin Trudeau de suspendre l’approbation de l’inversion du flux dans le pipeline 9B d’Enbridge, qui transporte du pétrole de l’Ouest jusqu’à Montréal, à raison de 240 000 barils de pétrole par jour.

Dans une lettre adressée directement au premier ministre, ils condamnent le feu vert accordé par l’Office national de l’énergie (ONE), tout en rappelant que M. Trudeau a promis de réviser les façons de faire de l’organisme.

Selon eux, l’approbation du fédéral a été « imposée » par « un organisme réglementaire non-élu, composé d’acteurs biaisés provenant de l’industrie qui priorise les buts et objectifs de cette industrie ».

Ils pressent donc le chef libéral de réaliser sa promesse électorale de réviser les procédures selon lesquelles l’ONE réalise ses évaluations environnementales. « Nous exhortons le gouvernement fédéral d’arrêter le projet d’inversion de l’oléoduc 9 jusqu’à ce que ce projet soit soumis à un nouveau processus d’évaluation plus rigoureux, transparent et démocratique », ajoutent-ils dans la lettre.

Cette coalition de groupes de citoyens et de groupes environnementaux estime que l’inversion du flux de pétrole dans l’oléoduc d’Enbridge représente des risques pour la population. Dans leur missive, les signataires rappellent notamment que le pipeline construit en 1975 traverse des cours d’eau importants, « dont la rivière des Outaouais qui est la source d’eau potable de plus de 2,5 millions de personnes ».

Tandis que 195 pays tentent de conclure à Paris un accord de lutte contre les changements climatiques, l’autorisation accordée à Enbridge envoie selon eux un « signal » à l’effet que « l’objectif principal du gouvernement fédéral est de mettre en marché [le pétrole], peu importent les effets sur les changements climatiques ». « L’exploitation des sables bitumineux est le premier contributeur des émissions de gaz à effet de serre au Canada et constitue l’obstacle le plus évident à l’atteinte des cibles de réduction », insistent-ils.

Montréal et Québec

Malgré la controverse, Enbridge a finalement débuté récemment les livraisons de pétrole de l’Ouest à Montréal par l’oléoduc 9B. L’ONE avait annoncé en octobre qu’il autorisait Enbridge à inverser le flux de pétrole dans le pipeline, tout en augmentant sa capacité de transport.

Avant d’autoriser l’inversion du flux, l’ONE avait demandé cet été à la pétrolière d’effectuer des tests « hydrostatiques », qui consistent à injecter de l’eau dans le pipeline afin d’évaluer de possibles problèmes d’étanchéité. Ceux-ci ont été menés sur trois tronçons du tuyau, situés aux environs de Hilton, en Ontario, entre Kingston et Brockville, et à Mirabel, au Québec.

L’essentiel de la portion québécoise de l’oléoduc a donc été exclu des tests exigés. Cela comprend les municipalités de Terrebonne, Laval et Montréal-Est. Dans ces secteurs, le pipeline passe littéralement dans la cour de plusieurs résidences, près d’écoles primaires ou encore directement dans la cour du CPE Gamin Gamine.

Le tuyau transporte du pétrole brut de l’Ouest canadien jusque dans l’est de l’île de Montréal. Pour les deux premières années, la quantité quotidienne maximale doit être limitée à 270 000 barils. Par la suite, Enbridge pourra augmenter le flux à 300 000 barils. Ce pipeline avait jusqu’à présent une capacité de transport quotidienne de 240 000 barils.

L’oléoduc 9B d’Enbridge traverse des secteurs résidentiels densément peuplés de plusieurs municipalités, dont Mirabel et Rivière-des-Prairies, mais aussi plusieurs cours d’eau du sud du Québec. Il traverse notamment la rivière des Mille-Îles et la rivière des Prairies. Une rupture du tuyau pourrait menacer directement des sources d’eau potable de la région métropolitaine.

Une partie de ce pétrole est transportée par navires sur le Saint-Laurent, pour alimenter la raffinerie de Valero, à Lévis. Cela signifie que la circulation de pétroliers augmente entre Montréal et Québec, soit la partie du fleuve où la navigation est réputée plus complexe.

4 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 10 décembre 2015 14 h 08

    Ça commence à se corser...

    Binvenue dans la vraie vie monsieur le premier ministre.

    Alors qu'en est-il de l'Oléduc sous le St-Laurent...?

  • Yves Corbeil - Inscrit 10 décembre 2015 14 h 28

    Patience Philippe s'en revient de Paris

    Plus vert que jamais, le 9B ne perd rien pour attendre et Arcand non plus.

  • Johanne Fontaine - Abonnée 10 décembre 2015 15 h 11

    Incroyable tracé, mais vrai

    Le pipeline 9B
    passeà l'endroit même
    de captation d'eau
    d'environ trois millions
    de résidents de l'agglomération métropolitaine.

    En cas de bris:
    bonjour la catastrophe!

    Montréal a-t-elle besoin
    de ce risque supplémentaire
    à sa sécurité?

  • Christian Foisy - Abonné 10 décembre 2015 15 h 34

    Tests hydrostatiques partiels et en deçà de la norme minimale canadienne

    Non seulement un seul segment de 20km à Mirabel a été vérifié sur la centaine de km que compte le pipeline au Québec, mais l'Office national de l'énergie (ONÉ) a décidé d'abaisser la pression des tests hydrostatiques en plein été à la demande d'Enbridge. Le test qui a donc été effectué est en deçà de la norme minimale canadienne (CSA Z662).

    Cet abaissement par l'ONÉ de ses propres exigences a été dénoncé publiquement par Citoyens au Courant. Interpellé à ce sujet, Denis Coderre, président de la Communauté métropolitaine de Montréal, s'est dit rassuré par les explications de l'ONÉ.