La décarbonisation, une option réaliste

Ne plus dépendre des énergies fossiles : utopie ou réalité ? Alors que plusieurs nations visent l’idéal carboneutre et que Vancouver cherche à devenir d’ici 2020 la première ville verte au monde, une poignée d’États ou de territoires ont déjà réussi le passage vers des sources d’énergie 100 % vertes.

Un paradis énergétique

C’est le cas notamment du petit paradis tropical du Costa Rica, dont près de 98,7 % de l’énergie provient de sources non polluantes. Dans cet État d’à peine 5 millions d’habitants, la décarbonisation a été rendue possible en harnachant l’eau, le soleil et le vent.

Le pays comble maintenant 74 % de ses besoins en énergie par l’hydroélectricité, grâce à la nationalisation des centrales électriques. Les barrages construits permettent en sus de réguler les eaux de pluie et de prévenir les sécheresses, de plus en plus fréquentes avec le réchauffement climatique. L’immense projet de barrage de Reventazon, considéré comme le plus grand chantier d’Amérique latine après le canal de Panama, permettra d’accroître dès l’hiver prochain la capacité hydroélectrique du pays et de combler 100 % des besoins nationaux à partir d’énergies propres.

Dans cet État « vert », constitué à 25 % de « zones naturelles protégées », un deuxième barrage deux fois plus imposant est aussi projeté pour répondre aux besoins futurs, mais sa réalisation est contestée par les populations indigènes locales.

Parsemé de volcans actifs, le Costa Rica tire aussi 13 % de son énergie d’usines géothermiques, installées sur les flancs de ses géants bouillonnants. Des puits creusés à plus de 1,5 km de profondeur permettent de capter l’énergie générée par l’eau chaude et la vapeur. Gratifié par sa géomorphologie, le pays a profité de ses hauts plateaux battus par le vent pour déployer neuf parcs éoliens qui pourvoient à 10,3 % de ses besoins énergétiques. Des champs de panneaux solaires (0,89 % de l’énergie) finissent de compléter l’arsenal vert de ce petit État.

Cible atteinte en Basse-Autriche

Sur le Vieux Continent, la Basse-Autriche, une des grandes provinces du pays, se proclame aussi depuis le mois de novembre 100 % verte sur le plan énergétique. Après avoir fait une croix sur le nucléaire en 1978, l’Autriche s’est lentement tournée vers les énergies renouvelables. En Basse-Autriche, cela s’est traduit par une production énergétique composée à 63 % d’hydroélectricité, à 26 % d’éolien, à 9 % de biomasse et à 2 % d’énergie solaire.

Pour réussir ce coup de maître, la Basse-Autriche a injecté près de 3 milliards d’euros dans les énergies vertes depuis 2002, et plus de 300 000 citoyens participent à un programme de conversion de leurs logements à l’énergie solaire. En Autriche, les énergies vertes comblent déjà 30 % des besoins, mais le pays projette de sabrer de 50 % d’ici 15 ans sa dépendance totale (incluant chauffage, transport et industrie) aux énergies fossiles.

Plus près de nous, Burlington, première ville américaine libérée des énergies fossiles, comble 100 % de ses besoins énergétiques grâce à une usine de biomasse, à l’hydroélectricité et à l’éolien. Il y a à peine 10 ans, cette ville du Vermont dépendait encore à 75 % des énergies fossiles.

Des îles de plus en plus autonomes

Pour plusieurs îles éloignées du continent, l’idéal carboneutre est devenu une nécessité. C’est le cas en Islande, où la présence massive de volcans et de sources thermales a permis à l’État insulaire de combler 30 % de ses besoins grâce à la géothermie, exploitée depuis le début du XXe siècle.

D’abord récupérée pour chauffer les maisons et les bâtiments publics, la géothermie sert aussi à chauffer trottoirs, piscines publiques, serres commerciales et bassins piscicoles. Une manne qui a attiré les industries très énergivores, notamment des usines d’aluminium séduites par le faible coût de cette électricité verte, qui consomment 80 % de l’énergie géothermique produite en Islande.

Entre 1970 et 2000, le pays estime avoir réduit ses émissions de CO2 de 37 % et économisé 8,2 milliards de dollars grâce à la géothermie.

En Suède, cinq îles visent l’autonomie énergétique. Parmi elles, l’île de Samso, qui a cessé d’importer du continent l’électricité d’une centrale au charbon, est devenue en 2003 la première au monde à atteindre l’autonomie grâce à des fermes d’éoliennes ancrées en mer. L’île El Hierro aux Canaries tire aussi toute son énergie renouvelable du vent et de l’eau, de même que la petite île d’Eigg, en Écosse, où le vent, le soleil et l’eau sont exploités pour répondre à 98 % des besoins de ses habitants.

4 commentaires
  • Pierre-Olivier Pineau - Abonné 10 décembre 2015 07 h 39

    Et le transport?

    Il faudrait remplacer le mot «énergie» ici par «électricité». Parce qu'au Costa-Rica comme en Basse-Autriche et à Burlington, les voitures roulent au pétrole. La transition en transport est aussi possible, mais elle n'est pas encore faite, même dans ces états exemplaires.

    • Jean Richard - Abonné 10 décembre 2015 10 h 10

      Chose certaine, le modèle à ne pas imiter en matière de transport, c'est celui du Québec, qui mise sur la voiture individuelle et tourne le dos aux transports collectifs en les affamant pour les voir dépérir.

      Miser sur la voiture individuelle dans un pays très majoritairement urbanisé. c'est adopter un modèle qui vient multiplier, de façon plus géométrique que linéaire, les besoins en transport. Or, même s'il devait y avoir davantage de voitures rechargeables, ça ne changerait pas grand chose au bilan : la multiplication des besoins en transport à court et à moyen terme s'accompagnera d'une augmentation de la consommation de pétrole.

      Quant aux transports collectifs, on voit bien qu'ils sont les laissés pour compte dans le programme d'électrification du Québec. On a écarté définitivement les technologies efficaces et éprouvées telles les tramways et les trolleybus et à la place, on se laisse vendre des mirages par les lobbies de l'industrie. C'est le cas du système de recharge Primove de Bombardier, système qui, s'il était adopté, ne ferait que faire augmenter les frais d'exploitation des autobus, ce qui est incompatible avec le régime d'austérité imposé aux sociétés de transport.

      Bref, la soif en pétrole du Québec est là pour encore de nombreuses années, les ressources affectées à la décarbonisation étant réparties de façon douteuse et peu efficace.

    • Bernard Terreault - Abonné 10 décembre 2015 12 h 59

      Bien fait de signaler cette grossière erreur de confondre, comme Radio-Canada jeudi soir, "énergie" et "électricité:", juste une des multiples formes d'énergie.

    • Marc Brullemans - Abonné 10 décembre 2015 16 h 50

      Au pétrole?... À ce que je sache, les moteurs des voitures au Costa Rica sont alimentés par l'essence ou le diésel. Ne pas confondre pétrole brut et produits pétroliers SVP.