À la recherche de «compromis» pour éviter le naufrage

Des manifestants ont demandé aux participants de la COP21 de cesser d’investir dans l’exploitation des énergies fossiles.
Photo: Dominique Faget Agence France-Presse Des manifestants ont demandé aux participants de la COP21 de cesser d’investir dans l’exploitation des énergies fossiles.

Les délégations nationales qui négocient l’accord sur le climat de Paris se préparaient mercredi en fin de soirée à passer toute la nuit à discuter pour tenter d’atténuer les points de divergence majeurs qui persistent toujours, alors que la version finale de cet accord doit en théorie être remise ce jeudi à la présidence de la COP21.

Mercredi soir, les commentaires formulés en plénière par les différents États sur le projet d’accord publié plus tôt en journée ont mis en lumière de profonds désaccords sur des points cruciaux des tractations qui doivent en théorie aboutir vendredi à la signature de l’accord de lutte contre les changements climatiques le plus ambitieux de l’histoire.

Plusieurs pays, dont des États insulaires, ont ainsi insisté sur la nécessité de limiter le réchauffement en cours à 1,5 °C, au lieu des 2 °C fixés par la communauté internationale depuis le sommet de Copenhague, en 2009.

Certains acteurs importants des négociations s’opposent cependant à une telle cible, dont la Chine et l’Inde. Ils estiment notamment que les efforts de réduction des gaz à effet de serre qui leurs seraient alors réclamés seraient beaucoup trop significatifs. Il faut savoir qu’une cible de 1,5 °C imposerait un virage complet vers les énergies renouvelables d’ici 2050, au plus tard.

Résultat : dans le projet d’accord proposé mercredi, toutes les options sont encore ouvertes : 2 °C seul, 1,5 °C seul, ou une très probable formule de compromis réaffirmant l’objectif de 2 °C, assorti d’un « accroissement des efforts » pour arriver à 1,5 °C.

Question d’argent

Quant à l’aide financière promise depuis 2009 aux pays du Sud pour leur permettre de s’adapter aux bouleversements climatiques et d’amorcer la transition énergétique, les questions demeurent nombreuses : comment la comptabiliser (prêts, dons), quels pays doivent contribuer, et comment la répartir entre l’adaptation au dérèglement climatique et la réduction des émissions.

Les pays industrialisés ne veulent plus par ailleurs être seuls à payer et demandent une contribution aux pays comme la Chine, la Corée du sud, Singapour ou encore les riches pays pétroliers. Une formule propose que « toutes les parties » mettent à la main au portefeuille, mais « que les pays développés soient moteurs ». Une autre ne demande des efforts qu’aux pays du Nord.

La question de la différenciation (les efforts à fournir par les pays selon leurs moyens et leur responsabilité « historique » dans le changement climatique) divise elle aussi les pays riches et le reste du monde. Il faut dire que la convention climat de l’ONU de 1992 a instauré une division stricte entre pays développés/en développement dans le partage des obligations.

Les pays industrialisés, États-Unis en tête, voudraient assouplir cette ligne de partage, mais des pays comme l’Inde refusent de l’effacer, au nom de leur droit au développement et de la responsabilité du Nord dans le dérèglement climatique. Ce point ultrasensible se décline tout au long du projet d’accord, notamment sur la répartition des efforts de réduction des émissions. Le choix reste ouvert : que seuls les pays développés prennent des mesures de réduction d’émissions en valeur absolue ou bien qu’à terme tous les pays leur emboîtent le pas.

Autre sujet où le consensus n’est pas atteint : la révision. Un des dispositifs clé de l’accord est la mise en place d’un mécanisme de révision des engagements des différents pays, de façon à réduire suffisamment les émissions mondiales de gaz à effet de serre pour ne pas que le réchauffement excède les 2 °C. Il est déjà acquis qu’elle aura lieu tous les cinq ans et qu’à chaque fois, il y aura une « progression » par rapport aux engagements précédents. Mais quand commence-t-elle ? La date de 2020-2021 pour de nouveaux engagements est proposée. Deux bilans d’étape pourraient par ailleurs intervenir en 2018-2019 puis en 2023-2024.

Recherche de compromis

« Nous devons arriver à des solutions de compromis », a d’ailleurs tenu à rappeler le président de la COP21, Laurent Fabius, à la fin de la plénière où plusieurs dizaines d’États ont formulé leurs commentaires sur le projet d’accord présenté mercredi. Un compromis fait encore défaut sur des sujets clés, avait-il convenu plus tôt en journée, citant les financements, « le niveau d’ambition de l’accord » et la « différenciation » des efforts entre pays émergents, développés et en voie de développement.

Par rapport au document de 48 pages adopté samedi, le texte a tout de même été réduit à 29 pages, et trois quarts des crochets — les formulations non tranchées — ont été supprimés. Mais il en reste encore 366, assortis de 47 options.

Le texte rendu public mercredi a suscité de vives critiques de la part des groupes environnementaux. Pour Oxfam France, ce texte provisoire marque un « statu quo » sur les grands enjeux. « Il est temps de choisir entre deux visions : se reposer sur la bonne volonté des pays donateurs ou donner des garanties aux pays les plus vulnérables sur la croissance des financements, a fait valoir son porte-parole, Romain Benicchio. La question de l’adaptation est toujours en sursis […] L’absence de volonté politique significative pour relever l’ambition sur la réduction des émissions après 2020 est tout aussi inquiétante. »

« Si le brouillon n’est pas amélioré, l’accord restera sans vie. Un tel accord est inadmissible pour nous », estime de son côté Célia Gautier, du Réseau Action Climat. « Notre sentiment, c’est que presque tout ce qui est encore nécessaire pour un accord ambitieux et équitable est encore en suspens », a aussi déploré Jennifer Morgan, responsable du climat au World Resources Institute, un think tank américain.

Les engagements pris actuellement par les pays placent la planète sur un réchauffement de quelque 3 °C par rapport à l’époque préindustrielle, soit au-delà de l’objectif de 2 °C retenu dans ces négociations. Pour les pays en première ligne face aux impacts du réchauffement « un accord à 3 °C est un accord dangereux », a souligné mercredi une responsable d’Oxfam.

Des manifestants ont demandé aux participants de la COP21 de cesser d’investir dans l’exploitation des énergies fossiles.