«Mauvaise foi» à la veille de l’échéance

Le sud de l’Inde reçoit des pluies records cette année. Jeudi, les autorités portaient secours à des habitants coincés par les eaux. Le premier ministre Narendra Modi a cité les inondations parmi les conséquences des changements climatiques.
Photo: R Senthil Kumar Press Trust of India/Associated Press Le sud de l’Inde reçoit des pluies records cette année. Jeudi, les autorités portaient secours à des habitants coincés par les eaux. Le premier ministre Narendra Modi a cité les inondations parmi les conséquences des changements climatiques.

À quelques heures de l’échéance pour le dépôt samedi du projet d’accord qui sera soumis à la négociation ministérielle, les tractations climatiques de Paris semblent plus crispées que jamais autour de la question cruciale du financement réclamé par les pays en développement pour s’adapter aux bouleversements irréversibles du climat.

De plus en plus amers et mécontents de la tournure des négociations à la Conférence des parties (COP21), les États émergents ont carrément accusé jeudi les pays riches d’ignorer « les inquiétudes des plus pauvres et des plus vulnérables ».

« Le message que nous recevons des pays développés » en matière de soutien financier pour l’adaptation aux changements climatiques, « c’est qu’il n’y a rien », a dénoncé le délégué bolivien Juan Hoffaister, au nom du groupe G77 + Chine, un poids lourd dans les négociations, puisqu’il représente pas moins de 134 pays émergents. Se disant « profondément inquiet » et « profondément déçu », il a dénoncé la « mauvaise foi » des pays développés, qui s’abstiennent de prendre des engagements fermes.

« Nous sommes à un point des négociations difficile, parce que nous n’avons plus beaucoup de temps. Les gens sont nerveux et irrités », a d’ailleurs reconnu Daniel Reifsnyder, l’un des présidents des travaux.

Les demandes des pays en voie de développement sont très claires : ils réclament que les 100 milliards par an promis d’ici 2020 par les pays du Nord leur soient effectivement versés, que cette enveloppe augmente régulièrement après cette date et qu’une grande partie de ces fonds soit consacrée à l’adaptation aux effets du changement climatique.

Risques de dérapages

Sans un engagement ferme en ce sens, les négociations pourraient tout simplement dérailler, a prévenu l’ambassadrice sud-africaine Nozipho Mxakato-Diseko, présidente du goupe G77 + Chine. « Ça passera ou ça cassera sur la question des financements », a-t-elle averti en conférence de presse.

« L’engagement de 100 milliards doit être tenu », avait lui aussi reconnu dans l’après-midi le président de la COP21, Laurent Fabius. Cette question des financements « sera une partie très importante de la discussion dans les jours qui viennent », avait-il ajouté. Les pays riches avaient promis à Copenhague en 2009 d’augmenter leur aide pour arriver en 2020 à 100 milliards de dollars par an. Selon un rapport de l’OCDE, leur aide s’est élevée à 62 milliards en 2014.

Il faut dire que le groupe G77 + Chine est particulièrement affecté par le dérèglement climatique et les phénomènes extrêmes qu’il génère. Même si certains de ses membres — Chine et Inde en tête — sont aujourd’hui parmi les plus gros pollueurs de la planète, ce groupe a historiquement une faible responsabilité dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ces pays défendent même leur droit de recourir aux énergies fossiles, dont le charbon, au nom du développement économique.

Réduire les options

Cette question financière n’est évidemment pas la seule à rester en suspens à Paris. Le texte du projet d’accord publié jeudi est certes passé de 55 à 50 pages, mais surcertains points, on constate des reculs. « Le nombre d’options ouvertes n’a pas été réduit : autour de 250. Et le texte comporte encore plus de crochets : 1400 au lieu de 1250 », a souligné Matthieu Orphelin, porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot.

« Un tel constat de lenteur est traditionnel dans les COP, mais cette fois il ne faut pas le prendre à la légère : si la COP de Copenhaguea échoué, c’est notamment parce que le texte sorti de la première semaine de négociations comportait trop d’options pour la deuxième semaine. Il y a là un point d’alerte fort », a-t-il prévenu.

Alors que les négociateurs doivent rendre leur projet de texte à M. Fabius samedi midi, le délégué de la Norvège Aslak Brun a mis en cause jeudi le processus de négociations lors d’une plénière tendue en fin d’après-midi. Il a regretté des lignes « très dures de toutes parts » et l’absence de volonté de « rapprocher les positions ».

En conférence téléphonique, la négociatrice en chef du Canada, Louise Métivier, s’est néanmoins dite « optimiste » sur la suite des choses. Certes, a-t-elle souligné, les progrès sont « un peu lents » sur certains points, mais elle a dit avoir constaté certaines avancées. Elle n’a toutefois pas voulu détailler les points de discorde autour de la table des négociations.

Avec l’Agence France-Presse

7 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 4 décembre 2015 06 h 07

    "Chine et Inde, parmi les plus gros pollueurs actuels de la planète..."


    "...et ce groupe (G77 + Chine) a historiquement une faible responsabilité dans les émissions mondiales de gaz à effet de serre."

    En effet, la Chine et l'Inde sont des enfants cadets du libéralisme économique et de l'économie du XXI ième siècle essentiellement basée sur le charbon, le pétrole et d'autres énergies fossiles. Ces deux pays ont longtemps pris pour modèles des pays industrialisés tels le Royaume-Unis, les États-Unis, la France, l'Allemagne, l'Italie.

    Dans ma famille, je suis aussi un enfant cadet et j'ai grandi avec l'ainé en l'ayant eu pour modèle pendant des années. Aujourd'hui, il est rendu vieux et je tente de faire mieux que lui maintenant. Je me démène comme je peux pour l'intérêt supérieur de ma fille et je ne me questionne pas trop sur les erreurs du passé car la connaissance d'alors n'était pas aussi avancée qu'aujourd'hui, car le temps presse. Je veux préserver cette équilibre précaire de la vie sur Terre. Je veux perpétuer à d'autres le bonheur de mon enfance.

    Financièrement, mon frère ainé ne m'a jamais fait aucun cadeau et je lui en suis reconnaissant. Je me débrouille comme je peux avec des institutions financières, avec ma réputation de bon payeur et avec ma bonne note de crédit.

    Il y a plusieurs mois de cela, il m'a fallu vendre ma voiture. Je me déplace à pied, à bicyclette ou en autobus. Je planifie mieux mon temps. Et j'arrive aussi à payer tous mes comptes.

    Depuis que je n'ai plus ma voiture à énergie fossile, mes dépenses énergétiques ont augmenté. Je mange mieux et moins. Je gère bien ma vie. Et je sais que je déteriore très peu mon environnement. Je vis dans une ville peu polluée qui fait des bons choix pour se développer.

    Si un jour je dois retourner vivre à la campagne, je pourrais alors me procurer à nouveau un véhicule pour parcourir de longues distances. Ce serait nécessairement un véhicule plus propre, ou bien encore ...un animal.

    (Un humble Québécois vivant à Ottawa)

  • Richard Bérubé - Inscrit 4 décembre 2015 07 h 02

    Il faut absolument que ça passe, n'est-ce pas??

    Avec son texte, Shields a placé une photo de victimes d'innondation, est-ce un phénomène récent ou y aurait-il eu d'autres inondations 50 ans passées.....mais oui ça presse car il faut que la conférence raporte au moins 100 milliards par année, pour que les industries en amassent encore beaucoup plus dans l'avenir. Car sans entente, beaucoup d'agendas seront retardés.

  • François Beaulé - Abonné 4 décembre 2015 09 h 36

    Échec attendu

    Les chances de succès de cette Conférence sont bien minces et il faut déjà commencer à se demander pourquoi elle risque d'échouer.

    D'abord, les objectifs de l'Accord de Kyoto n'ont pas été atteints aux États-Unis, au Canada, en Australie, au Japon, etc. Les pays riches, sauf l'Europe, ne peuvent constituer des exemples pour les pays pauvres. Comment ces derniers pourraient-ils accepter des niveaux d'émissions par habitant infiniment plus bas que ceux des pays riches ?

    Ensuite la question du financement d'un développement vert dans les pays en voie de développement. Comment gérer l'aide nécessaire des pays riches pour développer des énergies qui requièrent des investissements beaucoup plus importants que ceux requis pour construire des centrales électriques au charbon ?

    Et comment mobiliser les capitaux requis pour financer ce développement des pays pauvres et l'intervention gouvernementale nécessaire pour faire évoluer radicalement le mode de vie occidental ? Alors que les États «riches» sont lourdement endettés.

    À la suite de l'échec de cette Conférence, il faudra se demander plus que jamais si le système capitaliste est compatible avec la protection de la nature.

    • Sylvain Dionne - Inscrit 4 décembre 2015 13 h 03

      "À la suite de l'échec de cette Conférence, il faudra se demander plus que jamais si le système capitaliste est compatible avec la protection de la nature."

      C'est selon moi aussi "la" vrai question à se poser! Merci pour votre commentaire!

  • Sylvain Dionne - Inscrit 4 décembre 2015 10 h 25

    Mauvaise foi de l'autre bord...

    Je pense que les pays industrialisés n'auraient jamais dû promettre une aide sous forme d'argent mais plutôt sous forme d'aide directe (partage de connaissances, technologie, aide humanitaire, etc). C'est clair pour moi que les détenteurs de capitaux des pays émergents (voire leurs castes de dirigeants) comme l'Inde et la Chine ont trop l'ambition de prospérer sur le plan économique en adoptant le mode de capitalisme "sauvage" pour que les fonds soient réellement utilisés pour l'environnement! Ce n'est pas avec du chantage que l'on arrivera à quoi que ce soit. Et si ça casse, bien ce n'est pas trop brillant s'ils n'ont pas déjà réalisé qu'ils seront beaucoup plus à souffrir des conséquences et avant tout le monde. S'ils revendiquent l'utilisation du charbon et du pétrole pour encore longtemps, c'est qu'ils ne croient tout simplement pas que la situation est grave!

  • Daniel Bérubé - Abonné 4 décembre 2015 11 h 23

    Je me demande,

    si l'outil utilisé pour tenter d'en arriver à de telle ententes est le meilleur... c.à.d. "la politique"...

    Chacun essaiera d'en retirer le plus tout en en donnant le moins possible... et, de voir de quoi est capable "la politique" entre ces grandes rencontres internationnales, de supports apporter aux énergies fossiles (quelque chose comme 800G $ au niveau mondial à chaque année), de voir comment certains gouvernements sont capable de tricher face à leur peuples après leur élections, de tricher au moment des élections même (n'oublions pas le Kanada de Harper...), d'empocher des sommes qui ne leur était pas destiné...

    Je serais parfois plus confiant de tenter de me faire une voile de bateau avec des fils d'araigné...