Un «réfugié climatique» par seconde depuis 2008

Ce n’est plus un risque lointain, mais une réalité : les bouleversements du climat forcent chaque année 22,5 millions de personnes à quitter leur foyer ou même leur pays.

Depuis 2008, une personne par seconde devient ainsi un « réfugié climatique », a fait valoir un groupe de travail des Nations unies, en marge de la conférence de Paris sur le climat. Un habitant de la Terre court deux fois plus de risques d’être déplacé de force par des désastres — pas dus seulement au climat — qu’il y a 40 ans.

Inondations, tempêtes, sécheresses : les changements climatiques provoqués par l’être humain ont des conséquences désastreuses sur les populations les plus vulnérables, a prévenu mercredi le Groupe de travail sur les changements climatiques et les migrations. « Les déplacements provoqués par le climat ne sont pas un phénomène du futur. C’est une réalité. C’est déjà une préoccupation mondiale, et ça ne peut qu’empirer », a dit Marine Franck, coordonnatrice du groupe, au cours d’une conférence de presse.

Critères désuets

Cette organisation presse les 151 dirigeants présents à Paris de s’engager à financer l’adaptation aux changements climatiques. Le but est de prévenir les déplacements forcés de population, par exemple en renforçant des bâtiments ou en mettant au point des techniques d’agriculture résistante aux inondations.

« Les gens ne veulent pas devenir des réfugiés. Ils sont attachés à leur maison et à leur terre, on doit les aider à s’adapter », a expliqué Marine Franck.

Malgré les preuves de déplacements forcés qui s’accumulent, la Convention de 1951 sur les réfugiés omet de citer le climat comme une cause reconnue qui provoque des réfugiés. Seuls la persécution et les conflits sont décrits comme susceptibles de créer des réfugiés. Il est temps de changer ces critères désuets, croient des représentants des Nations unies.

Marine Franck et d’autres experts ont évoqué le concept de « migrer dans la dignité ». En prévoyant les conséquences des bouleversements climatiques, on peut préparer les populations à se déplacer longtemps à l’avance, et même empêcher les migrations forcées.

Les participants à la conférence de Paris étudient aussi des dédommagements pour « pertes » dues au climat, réclamés par les pays pauvres. Les pays riches, eux, préfèrent aider les pays pauvres à s’adapter aux humeurs du climat.

Une des difficultés consiste à départager ce qui relève des changements climatiques et ce qui relève d’un épisode climatique normal. « Les changements climatiques sont un facteur dans la création de réfugiés. On sait qu’ils influencent la fréquence et l’intensité des dangers, mais il est difficile de montrer du doigt les changements climatiques en lien avec des événements précis », a expliqué Justin Ginnetti, du Centre de surveillance des migrations, financé par la Norvège.

Les bouleversements climatiques peuvent même amplifier des conflits politiques, estime Marine Franck. « Ça augmente la concurrence pour les ressources naturelles, qui sont rares. La sécheresse semble avoir été un facteur dans la crise en Syrie. »