L’inégalité entre Nord et Sud s’impose à la COP21

Les plus pauvres de la planète n’émettent que 10% des rejets polluants, mais en souffrent le plus: l’inégalité entre Nord et Sud face au réchauffement s’est imposée mercredi dans les pourparlers de la conférence mondiale sur le climat de Paris, qui débutent laborieusement.

«Si l’accord de Paris veut être à la hauteur, les gouvernements devront faire quelque chose pour ceux qui n’ont rien», souligne l’ONG Oxfam qui publie son rapport Inégalités extrêmes et émissions de CO2 au troisième jour des négociations entre 195 pays qui se tiennent au Bourget, près de Paris.

La question de l’inégalité entre pays riches et pauvres est au coeur des discussions. «Il faut qu’il y ait de la solidarité, pas uniquement financière, aussi humaine et technologique», a estimé mercredi un délégué de la Côte d’Ivoire, à l’issue d’une réunion de tous les pays africains. «Nous devons passer à la phase concrète, la phase active», a-t-il dit à l’AFP.

Or, au deuxième jour des pourparlers, «tout va très lentement», constate un négociateur européen, qui a requis l’anonymat. «Il y a des centaines de personnes qui travaillent sur des morceaux du texte de négociation (...), mais les délégations campent sur leur position, et la frustration monte», ajoute-t-il.

Mardi, il y a eu «25 réunions», et mercredi, «il y en a 23» de prévues, a indiqué le porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot, Matthieu Orphelin.

Les pays en développement insistent pour que l’aide financière des pays industrialisés, pour faire face au changement climatique, monte en puissance, un point essentiel selon eux du futur accord de Paris. «La question de l’aide financière est la plus difficile», reconnait Alden Meyer, de l’ONG américaine Union of Concerned scientists.

Selon Oxfam, «le changement climatique est intrinsèquement lié aux inégalités économiques: c’est une crise induite par les émissions de gaz à effet de serre des nantis qui frappe le plus durement des pauvres». Dix pour cent des habitants les plus riches de la planète sont responsables de plus de la moitié des émissions de CO2, alors que la moitié la plus pauvre du globe n’est responsable que de 10% des rejets polluants, assure Oxfam.

Alors que le calcul des émissions de CO2 se fait généralement en fonction de la production par pays, cette étude porte sur les émissions de CO2 directement liées à la consommation individuelle, et prend donc en compte les produits importés. Le rapport montre qu’une personne qui fait partie des 1% les plus riches au monde «génère en moyenne 175 fois plus de CO2 qu’une personne se situant dans les 10 % les plus pauvres».

Et Oxfam montre que même si les émissions des grands émergents progressent très vite — la Chine est le premier pollueur au monde—, celles «liées au mode de consommation des habitants les plus riches dans ces pays restent bien plus faibles que celles de leurs équivalents dans les pays riches de l’OCDE».

300 millions d’Indiens sans électricité

Un exemple: «les émissions par habitant de 10% des Indiens les plus riches ne représentent qu’un quart des émissions de la moitié la plus pauvre de la population des États-Unis». La question de la part que doivent prendre les grands pays émergents dans l’effort commun pour réduire les gaz à effet de serre est un autre sujet épineux, car ces pays mettent en avant leur droit au développement. «L’Inde a du charbon et ne va pas laisser 300 millions de personnes sans électricité» sauf si elle reçoit une aide financière et technologique massive pour des énergies propres, fait valoir Harjeet Singh de l’ONC Action Aid.

Même si en 2013, près de 60% des émissions de gaz à effet de serre étaient le fait des pays en développement, contre 34% en 1990, ces derniers pointent également la «responsabilité historique» des pays industrialisés dans ce dérèglement pour exiger une différence de traitement.

Actuellement, 183 pays couvrant quelque 95% des émissions de gaz à effet de serre ont annoncé des mesures pour limiter, voire réduire, ces émissions à l’horizon 2025 ou 2030. Avec ces engagements, ces émissions devraient néanmoins progresser de 22% entre 2010 et 2030, ce qui met la planète sur la trajectoire d’un réchauffement entre 2,7°C et 3,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, quand l’objectif est de le limiter à 2°C.

Le but de la COP21 est de s’entendre sur un mécanisme garantissant une révision à la hausse des objectifs, en faisant le point régulièrement – tous les cinq ans est le plus probable – sur les efforts fournis et ceux restant à faire.  

3 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 2 décembre 2015 11 h 28

    Où trouver l'argent ?

    Il faut beaucoup d'argent pour modifier le mode de vie et l'habitat des Occidentaux et il en faut encore beaucoup pour subventionner la production d'énergie renouvelable dans les pays pauvres.

    Deux postes de dépenses majeurs pourraient être visés pour trouver l'argent. D'une part les dépenses militaires. Pensons aux sommes faramineuses gaspillées pour les armes aux États-Unis, en Chine, en Russie et ailleurs. À quand des discussions internationales -et une grande conférence- sur le désarmement et la démilitarisation ?

    Autrement, les dépenses de santé sont excessives dans les pays riches. Nous payons une fortune pour obtenir quelques années de plus en espérance de vie. Or les mesures essentielles pour avoir une espérance de vie convenable sont l'hygiène, la qualité de l'alimentation, les vaccins et les antibiotiques. Et le contrôle de la tension artérielle et du diabète. Le reste est superflu et n'a qu'une incidence marginale sur l'espérance de vie d'une population. Beaucoup d'argent pourrait être réorienté à partir du système de santé des pays riches vers la santé environnementale. Cela aurait une incidence mille fois plus grande sur l'espérance de vie de l'humanité dans son ensemble.

    Et finalement, il faudrait réorienter la production et la consommation vers des biens durables pour réaliser des économies à long terme.

    La responsabilité de la santé de notre planète repose donc en grande partie sur les populations du Nord. Essentiellement sur nous, Occidentaux.

    • Jean-Marc Tremblay - Abonné 2 décembre 2015 21 h 07

      Où trouver l'argent? Commençons par les subventions a la production des énergies fossiles (》$650 milliards par année) et taxons davantage sa consommation (mettons un autre $650 milliard). Si seulement nos gouvernements en avaient le courage. ..

  • Gaetane Derome - Abonnée 2 décembre 2015 23 h 50

    Ils ont aussi une responsabilité.

    Nous etions trois milliards d'humains sur terre dans les années soixante et nous sommes maintenant plus de sept milliards a consommer 1.5 fois les ressources de la planète.Si nous parvenons a survivre encore c’est parce que nous trichons grâce a la science et la technologie.Mais pour combien de temps encore?
    Le seul moyen efficace pour éviter une catastrophe et enrayer la pauvreté c’est de limiter la population.Bien sur,les pays riches doivent réduire leurs GES mais pour ce qui est des pays pauvres ils leurs faut un planning des naissances et c’est urgent.