Le débat s’annonce «chaud» entre les provinces, dit Couillard

Si le premier ministre Philippe Couillard se félicite du discours ambitieux que Justin Trudeau a prononcé lundi à la conférence de Paris sur le climat, il n’en pense pas moins qu’au Canada, l’effort devra d’abord venir des provinces les plus polluantes. Alors qu’il venait de se faireféliciter pour le marché du carbone que le Québec a créé avec la Californie, le premier ministre a affirmé que si le Canada devait réduire encore plus ses émissions de gaz à effet de serre (GES), comme le propose Justin Trudeau, cela ne viendrait pas du Québec.

« On a déjà fait beaucoup au Québec, dit-il. On est déjà descendus jusqu’à [des émissions de] 9,6 tonnes par habitant par an. On a une cible [de réduction] de 37,5 % pour 2030. Ça va être très exigeant […]. Je ne pense pas qu’au Québec il y a beaucoup de place pour aller plus loin et plus rapidement. »

D’ici la prochaine rencontre fédérale provinciale prévue dans trois mois, le débat risque donc d’être « chaud », reconnaît le premier ministre québécois.

« Ça ne sera pas simple cette question, dit-il. Il va falloir d’abord calculer où on en est par rapport aux cibles assez modestes finalement que le Parti conservateur avait envoyées ici à Paris. Voir quelle est la contribution de chacun maintenant et quelle sera la contribution attendue de chacun au cours des prochaines années. Comme ça l’a été dans le passé, ce sera un débat assez chaud entre les régions. »

Selon le premier ministre québécois, si le Canada doit se fixer des objectifs plus ambitieux, comme l’a promis Justin Trudeau à Paris, cela ne pourra donc venir du Québec. Il ne fait pas de doute pour lui que les efforts devront d’abord venir des plus mauvais élèves en la matière. « Je pense que les gestes supplémentaires doivent venir beaucoup d’autres régions, notamment les grandes régions qui émettent du carbone », dit-il.

Le Québec félicité

Alors qu’à la conférence de Paris de nombreux chefs d’État se sont contentés lundi d’engagements très généraux contre le réchauffement climatique, le Québec a plutôt brillé pour son marché du carbone. Selon le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría qui parlait devant le premier ministre Philippe Couillard, « le seul marché du carbone qui fonctionne » aujourd’hui dans le monde, est celui du Québec et de la Californie. La rencontre de la Carbon Pricing Leadership Coalition, qui se déroulait à l’écart du podium des chefs d’État et de gouvernement, réunissait le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, la ministre néerlandaise de l’Environnement ainsi que plusieurs premiers ministres canadiens et la ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna.

La Carbon Pricing Leadership Coalition est une initiative de la Banque mondiale afin de promouvoir un prix pour le carbone. Elle rassemble des leaders comme la chancelière allemande, Angela Merkel, le président français, François Hollande, le président mexicain, Enrique Peña Nieto, le gouverneur de la Californie, Jerry Brown, et le premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

S’il faut en croire le secrétaire général de l’OCDE, les expériences européennes en la matière ne sont guère concluantes alors que celle du Québec et de la Californie a le vent dans les voiles. Emboîtant le pas au Québec, l’Ontario a d’ailleurs annoncé qu’elle se joindrait au marché. Le Mexique s’y intéresse et elle pourrait même séduire les Chinois. Il y a quelques semaines, une délégation chinoise est venue au Québec pour étudier comment fonctionnait cette Bourse du carbone avant de se rendre en Californie. Les Chinois veulent créer sept marchés pilotes du carbone, dont certains pourraient s’inspirer de l’expérience québécoise.

Le marché du carbone crée un plafond d’émissions et permet aux entreprises de s’échanger des droits d’émission les encourageant ainsi à adopter des pratiques plus responsables. Ces ventes aux enchères ont permis au gouvernement québécois d’engranger 333 millions de dollars depuis 2013, date de la signature d’une entente avec la Californie.

Pour Philippe Couillard, contrairement à une simple taxe sur le carbone, comme il en existe une en Colombie-Britannique et bientôt en Alberta, cette façon de faire permet de reporter les coûts sur les grands émetteurs plutôt que sur la population en général, comme le ferait une simple taxe.

Justin Trudeau a annoncé lundi que le Canada se joindrait à la Carbon Pricing Leadership Coalition afin de faire la promotion d’un prix pour le carbone.

5 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 1 décembre 2015 07 h 57

    Taxe sur la consommation ou permis d'émission ?

    Pour l'OCDE et Couillard taxer les gros émetteurs industriels est mieux que taxer les consommateurs. Mais le consommateur qui prend son pickup géant de trois tonnes pour aller au dépanneur du coin doit aussi être sensibilisé en le faisant payer pour sa consommation effrénée de pétrole.

  • François Dugal - Inscrit 1 décembre 2015 08 h 01

    Entre nous

    Les albertains sur se soucient autant des québécois que ceux-ci se préoccupent des albertains.

  • Jean Richard - Abonné 1 décembre 2015 10 h 09

    Pète-bretelles et effets pervers

    « il n’en pense pas moins qu’au Canada, l’effort devra d’abord venir des provinces les plus polluantes. »

    Venant de M. Couillard, ces propos ont de quoi inquiéter. Premièrement, il y a toujours un risque à comparer deux régions à la géographie différente. Par exemple, l'Alberta, souvent pointée du doigt avec ses sables bitumineux (qui ne sont pas tous consommés localement) et ses cowboys qui conduisent de grosses camionnettes n'a pas les mêmes contraintes que le Québec. Ainsi, cette province n'a pas accès aux mêmes ressources pour produire de l'hydro-électricité. Et comme le chauffage se fait principalement à partir de combustibles fossiles et que les villes albertaines sont beaucoup plus froides que celles du Québec, il est normal que la consommation individuelle y soit plus élevée.

    Ainsi, en ne tenant pas compte de bien des facteurs environnementaux tout en refusant de comptabiliser la consommation délocalisée de combustibles fossiles (ce que nous achetons vient surtout de l'extérieur et échappe à la comptabilité carbone), ces comparaisons boiteuses ne servent que d'alibis à nos dirigeants provinciaux pour en faire peu, ou même pas du tout en matière d'environnement.

    Par exemple, les transports au Québec sont pratiquement en haut de la liste des consommateurs d'énergie fossile. Or, que fait le Québec pour remédier à la situation ? Rien. Il laisse dépérir les transports collectifs. Et il oublie de considérer que le Québec est le champion du camionage moyen et lourd, et pourtant, le Québec jouit encore d'un réseau ferroviaire et d'un réseau fluvial important. Où sont les mesures envisagées pour optimiser le transport des marchandises ?

    Se péter les bretelles et cacher son inaction derrière des comparaisons boiteuses, tout en parlant d'une ténébreuse bourse du carbone (un permis de polluer), c'est ce que fait le Québec et ce n'est pas rassurant.

  • Claude Richard - Abonné 1 décembre 2015 10 h 33

    Grands émetteurs vs consommateurs

    Sur les 333 millions de dollars engrangés par le Québec au titre de la taxe sur le carbone, combien proviennent des "grands émetteurs" et combien proviennent des petits "consommateurs" via les 4¢ supplémentaires sur le prix du litre d'essence? Les pétrolières qui refilent la taxe aux consommateurs s'en tirent à très bon compte; je dirais même qu'elles sont mortes de rire.

    Je veux bien croire qu'une taxe sur l'essence freine la consommation, mais notre essence est déjà la plus taxée en Amérique du Nord; le frein est déjà à son maximum et ne peut guère freiner plus. En attendant que nos voisins nous rejoignent sur le plan de la taxation (ce qui va être long, très long!), cette taxe de 4¢ sert essentiellement à remplir les coffres du gouvernement Couillard-Coiteux. À quelles fins? Jusqu'ici les améliorations à l'environnement promises, je ne les vois pas trop, mais je vois très bien la mollesse avec laquelle Couillard, Coiteux et compagnie défendent le Québec contre l'envahissement des pipelines et des convois pétroliers dangereux.

    Alors Couillard peut se péter les bretelles avec sa taxe sur le carbone, ce n'est que de la poudre aux yeux. Ce n'est qu'un poudreux, pas un ami de l'environnement.

  • Marc Durand - Abonné 1 décembre 2015 18 h 02

    Cohérence?

    Monsieur Couillard, rappelez à l'ordre vos ministres et un peu de cohérence SVP. Le ministère des finances "phantasme" sur un scénario de développement pétrolier à Anticosti de 2020 à 2095, pendant que le reste des pays tentent de réfléchir à Paris sur la question de l'arrêt urgent de l'émission de gaz à effet de serre: http://bit.ly/1YEAWvS
    De plus, c'est fait dans un rapport précipité, truffé d'erreurs, et nettement biaisé en faveur de l'industrie pétrolière: http://bit.ly/1HozB7R
    On parle des deux côtés de la bouche à Québec.