Les écobricoleurs du climat s’activent en marge de la COP21

Le POC21, qui s’est déroulé en août dernier en banlieue parisienne, a permis la mise au point d’un vélo cargo à géométrie variable.
Photo: Kenzo Tribouillard Agence France-Presse Le POC21, qui s’est déroulé en août dernier en banlieue parisienne, a permis la mise au point d’un vélo cargo à géométrie variable.

Ils sont jeunes, ingénieurs, scientifiques, designers ou militants, et ne veulent pas attendre que les grands de ce monde se mettent à table pour sauver la Terre. On les surnomme « hackers » ou « makers », mais ils sont en fait les écobricoleurs d’une génération qui veut donner au plus grand nombre les clés pour changer la planète de façon durable.

Bien avant que les chefs d’État ne convergent vers Paris, ils ont créé cet été l’événement POC21, un clin d’oeil narquois à la conférence internationale, mais aussi l’acronyme de « Proof of Concept », qui signifie le second processus menant à la création d’un prototype.

Dans un château de la banlieue de Paris, transformé pour l’occasion en espace de « coworking » durable et sans déchets, une centaine de jeunes, entourés de mentors de haut rang, ont planché pendant cinq semaines sur des projets innovants destinés à lutter contre le réchauffement global ou à faciliter la transition vers des énergies plus vertes.

Concentrateur solaire et bicitracteur

Ces cracks de l’informatique ont fait chauffer leurs neurones pour créer, notamment, des prototypes dans le domaine de l’agriculture urbaine, de l’énergie, du transport ou de l’alimentation. Sur 100 projets, 12 ont été retenus, dont celui d’une éolienne à 30 $ à fabriquer soi-même à partir d’une roue de vélo, un filtre à eau imprimable en 3D, un « bicitracteur » à pédales destiné à labourer sans pétrole, une douche en boucle (Showerloop) qui recycle son eau, ainsi qu’un groupe électrogène (Sunzilla) alimenté par des panneaux solaires.

Après avoir été présentés à la COY11 (Conférence des jeunes) le week-end dernier, ces prototypes seront exposés jusqu’à la mi-décembre dans divers forums de « makers », dont le Village mondial des alternatives et l’exposition Paris de l’Avenir. « On a voulu montrer que des solutions alternatives pouvaient venir d’en bas, qu’on n’est pas obligés d’attendre que les pouvoirs publics réagissent. Ces solutions sont à la portée de tous », affirme Benjamin Tincq, coorganisateur de POC21 et cofondateur de OuiShare, un organisme français voué à l’économie collaborative.

Mus par la philosophie de l’« Open Source », tous les projets promus misent sur l’économie des moyens et, surtout, le partage gratuit des procédés de fabrication afin que quiconque puisse s’approprier ces objets écologiques « à faire soi-même ». « Chacun peut utiliser, améliorer et repartager librement ces codes. Il n’y a pas de brevets », explique Benjamin Tincq.

Un vélo tout usage

Yannick Schandené, de Vélom2, explique comment le POC21 a permis la mise au point d’un vélo cargo à géométrie variable. « VéloM2 est devenu une plateforme de modules pour vélos triporteurs qui peut être utilisée pour divers usages : multimédia, atelier, informatique, cuisine, jardinage. Le but, c’est de partager nos informations pour que plus de gens utilisent le vélo cargo en ville pour leurs projets », a expliqué au Devoir Yannick Schandené.

À terme, VéloM2 générera sa propre énergie (en pédalant) pour faire alimenter un cinéma mobile, une imprimante 3D, une radio mobile, une cuisine de quartier, alouette. « POC21 était pour nous une superbe façon de nous ancrer dans la philosophie makers. Notre idée a évolué. Notre projet nous a mis en contact avec des partenaires internationaux qu’on n’aurait jamais pu rencontrer autrement. »

Pour ceux qui veulent leur emboîter le pas et créer leur propre éolienne, leur concentrateur à énergie solaire ou leur serre maison contrôlée par téléphone intelligent, tous les tutoriels et plans des projets gagnants sont disponibles sur le site POC21.