À la défense des énergies fossiles

Au moment où tout un chacun plaidait en faveur de la signature d’un accord ambitieux de lutte contre les bouleversements climatiques à Paris, l’Inde s’est présenté lundi en défenseur de l’utilisation des énergies fossiles, au nom du droit au développement des pays les plus pauvres. Le géant en pleine croissance pourrait d’ailleurs devenir un acheteur du pétrole des sables bitumineux canadiens, que Justin Trudeau estime pouvoir exploiter « de façon responsable », tout en luttant contre la hausse du mercure mondial.

« Nous avons toujours besoin des énergies conventionnelles. On doit les rendre plus propres, mais pas imposer la fin de leur utilisation », a insisté le premier ministre indien Narendra Modi en ouverture de la Conférence des parties (COP21) qui se tient dans la capitale française.

« La justice climatique demande qu’on laisse suffisamment de place pour la croissance des pays en développement », a ajouté le dirigeant du deuxième pays le plus peuplé de la planète, quatrième émetteur mondial de gaz à effet de serre (GES) et locomotive mondiale de la croissance de la consommation énergétique.

M. Modi a d’ailleurs rappelé que pas moins 300 millions d’Indiens, sur une population d’environ 1,25 milliard de personnes, sont toujours privés d’électricité. Dans ce contexte, le pays compte bien recourir encore longtemps au charbon, le pire des carburants fossiles, pour leur en fournir. Cette ressource, qui fournit actuellement 60 % de l’électricité du pays, devrait toujours compter pour au moins 50 % en 2040, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

En plus d’une croissance marquée de la consommation de charbon, celle du pétrole devrait connaître une hausse rapide, selon l’AIE. La demande quotidienne atteindra ainsi plus de 10 millions de barils d’ici 2040. Une partie des importations pourrait d’ailleurs provenir des sables bitumineux albertains. Il a en effet été souligné à quelques reprises que le pipeline Énergie Est, de TransCanada, servirait notamment à exporter du pétrole pour alimenter le marché indien.

Questionné sur les impacts climatiques indéniables de l’exploitation du pétrole de l’Ouest, le premier ministre Justin Trudeau a justement défendu le droit du Canada de mettre en marché ses ressources fossiles « de façon responsable » et « conformément à la science ». « C’est un gros défi, mais d’ordre technique et scientifique plus que philosophique, a-t-il fait valoir dans le cadre d’une entrevue au quotidien Le Monde. La décision philosophique, relevant d’un choix de civilisation, serait de passer outre le pétrole. On n’en est pas là et entre-temps, il est tout à fait raisonnable de tenter de développer de façon responsable ses propres ressources. »

Le fardeau de la responsabilité

Spécialiste des négociations climatiques, Hugo Séguin estime que l’Inde jouera un rôle important à Paris, puisque le pays est devenu « le leader des pays les plus vulnérables et les plus pauvres dans le cadre des négociations ».

Joint par téléphone à Paris, il a d’ailleurs souligné que la position défendue par le premier ministre Narendra Modi constitue en quelque « la base » de l’argumentaire des pays en développement. « Ils disent : " nous ne sommes pas responsables du problème, nous en souffrons et nous n’avons pas les ressources pour y faire face. Mais vous, les pays riches, vous êtes historiquement responsables des changements climatiques qu’on subit actuellement. C’est donc à vous de réduire vos émissions, de nous offrir du soutien et de payer pour les pots cassés ". »

« L’Inde tient ce discours et le pays est très crédible en affirmant cela, a poursuivi M. Séguin, fellow au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal. On ne peut pas comparer l’Inde et la Chine. Oui, le pays est en forte croissance, mais il n’a pas du tout même niveau d’industrialisation. Les Indiens sont, en moyenne, extrêmement pauvres. » Qui plus est, les émissions par habitant sont de 1,7 tonne par année, contre environ 15 tonnes pour un Canadien.

Le premier ministre indien a néanmoins soutenu lundi le développement de sources d’énergie renouvelables, notamment solaires. Il a ainsi participé au lancement d’une « alliance internationale du solaire », en marge de la COP21.

Accord plus ambitieux

Face au concert de discours en faveur de la conclusion d’un accord climatique ambitieux, les dirigeants de 43 pays particulièrement exposés aux conséquences du réchauffement ont lancé un véritable cri du coeur en ouverture du sommet.

« Nous refusons d’être les sacrifiés de la communauté internationale à Paris », a ainsi déclaré Anwar Hossain Manju, le ministre de l’Environnement du Bangladesh, à l’occasion de la présentation d’une « déclaration » portée par ces pays, parmi lesquels l’Éthiopie, les Maldives et le Népal.

Tous ont plaidé en faveur d’une limitation du réchauffement à 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle, un objectif encore plus ambitieux que le déjà très ambitieux 2°C fixé dans le cadre des négociations. Les engagements pris jusqu’à présent par 184 États placent la Terre sur la trajectoire d’une hausse d’au moins 3°C d’ici la fin du siècle. Ce forum de pays vulnérables réclame même une « décarbonisation complète d’ici à 2050 » avec un pic des émissions de gaz à effet de serre mondiales « au plus tard en 2020 ».

Un tel objectif apparaît pour le moins utopique, estiment les experts. De toute façon, les négociations en vertu des cibles actuelles s’annoncent déjà ardues, tant les fractures entre les positions des uns et des autres semblent toujours aussi importantes, malgré les années de discussions depuis l’échec retentissant de Copenhague, en 2009. La question de la répartition des efforts de réduction, mais aussi le financement promis aux pays pauvres pour leur permettre de s’adapter aux changements climatiques, ne sont pas réglées.

Le premier ministre Justin Trudeau a reconnu lundi que les pays riches comme le Canada devront dénouer les cordons de la bourse, comme ils se sont engagés à le faire il y a déjà six ans. « Nous devons nous assurer que les nations en développement sont parties prenantes des réductions d’émissions nécessaires pour limiter la hausse des températures à 2°C. Mais cela signifie que les pays développés doivent les aider à s’orienter vers les technologies vertes et une baisse des émissions », a-t-il expliqué au cours d’un point de presse.

Sans préciser quand serait présentée la stratégie canadienne de lutte contre les bouleversements climatiques, M. Trudeau a tout de même réitéré sa volonté d’agir. « Les Canadiens nous demandent de développer une économie qui sera en harmonie avec une forte protection de l’environnement. C’est ce à quoi ils s’attendent et c’est que nous allons livrer. »

[Les pays en développement] disent: nous ne sommes pas responsables du problème, nous en souffrons et nous n’avons pas les ressources pour y faire face. Mais vous, les pays riches, vous êtes historiquement responsables des changements climatiques qu’on subit actuellement. C’est donc à vous de réduire vos émissions, de nous offrir du soutien et de payer pour les pots cassés.

25 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 1 décembre 2015 01 h 45

    Y a t-il quelqu'un qui sait calculer?

    Le Canada devrait etre responsable sous pretexte qu'en Inde" les émissions par habitant sont de 1,7 tonne par année, contre environ 15 tonnes pour un Canadien".Oui,mais en Inde ils sont plus de 1.25 milliards d'habitants et au Canada on compte environ 35 millions de personnes.Il suffit d'un petit calcul pour voir que l'Inde pollue bien plus que le Canada.Peut-etre que chacun devrait prendre ses propres responsabilites.Les pays riches devraient moins consommer et les pays pauvres, comme l'Inde, devraient limiter leurs populations.

    • Sylvain Auclair - Abonné 1 décembre 2015 10 h 05

      La solution serait-elle de diviser l'Inde en 30 pays? Comme ça, chacun polluerait moins que le Canada et tout serait tigidou!

      Cette manière de penser est ridicule: un Canadien n'a pas plus de droit qu'un Indien. C'est NOUS qui devons baisser notre consommation. Et tout le monde doit cesser de faire croître la population. Surtout les riches.

    • Jocelyne Lapierre - Inscrite 1 décembre 2015 11 h 13

      M. Auclair, l'Inde a aussi sa classe de "riches", celle-là même qui exploite des enfants en très bas âges et les castes inférieures, et qui attire les investisseurs étrangers.

    • Claude Bariteau - Abonné 1 décembre 2015 13 h 07

      La superficie de l'Inde est le tiers de celle du Canada et la population près de 40 fois supérieure à la sienne. Alors, 1,7 X 40 X 3 = 204 tonnes par habitants, ce qui est l'équivalent, je crois, du nombre de tonnes pour 2005 pour l'Alberta et l'Ontario, deux provinces favorables à la poursuite de l'extraction du pétrole sale des sbles bitumineux.

      C'est comme si les pollueurs aimaient polluer et que le Canada se disait ouvert à les aider à poursuivre leurs actions destructives de l'environnement mondial.

      Et dire que le nouveau PM se présente comme le sauveur de l'Inde, pays auquel il entend expédier du pétrole sale en le faisant transiger par le Québec, question de protéger la Colombie-Britannique et les populations Autochtones qui s'y trouvent.

    • Gaetane Derome - Abonnée 2 décembre 2015 23 h 31

      M.Auclair,

      Je pense qu'ici les gens ont deja reduit de beaucoup leur nombre d'enfants par famille.Personnellement,je n'en ai pas alors quand je m'eteindrai je suppose que je laisserai moins sur terre d'empreinte ecologique qu'un certain M.Chana en Inde,polygame,et qui a eu 94 enfants...Vous comprenez?

  • Guy Lafond - Abonné 1 décembre 2015 05 h 10

    Le deuxième pays le plus peuplé au monde


    L'Inde n'a pas de leçons à donner et doit elle aussi revoir ses manières de faire et d'agir:

    "L'Inde est aujourd'hui confrontée à un phénomène problématique : la baisse du nombre de femmes par rapport au nombre d'hommes, en raison de l'élimination prénatale des fœtus féminins. Le ratio dans la population est de l'ordre de 900 femmes pour 1000 hommes. Dans certaines parties de l'Inde, il n'est plus que de 800 femmes pour 1000 hommes. En conséquence, de nombreux hommes vivent aujourd'hui un célibat forcé, en même temps que se développent de vastes trafics de filles à marier étrangères.

    La cause souvent avancée pour expliquer l'élimination des fœtus féminins est d'ordre socioculturel : le destin d'une fille en Inde est de quitter sa famille à son mariage pour vivre dans celle de son époux et contribuer à l'économie du foyer de ses beaux-parents. En outre, la famille de la fiancée doit s'acquitter d'une dot envers la belle-famille, pratique autrefois circonscrite aux familles de caste brahmane[réf. nécessaire] mais qui tend à s'étendre à l'ensemble de la population malgré une loi l'interdisant, et qui donne parfois lieu à des abus. Son versement peut ainsi entraîner de graves difficultés financières, voire la ruine, pour la famille de la mariée. Les cas de meurtres de jeunes mariées perpétrés par leur belle-famille sont souvent dénoncés dans la presse indienne et sont présentés comme la conséquence d'un défaut de paiement de la dot par leur famille d'origine. En 2006, on estimait ainsi officiellement qu'un cas de dowry death était rapporté à la police toutes les 77 minutes." (Wikipedia)

  • Claude Bariteau - Abonné 1 décembre 2015 05 h 11

    Enbridge et Energie Est

    Alors qu'Enbridge fait couler le sale pétrole de l'ouest, voilà que le PM du Canada s'engage à alimenter l'Inde de ce pétrole, hautement désiré, en l'acheminant dans les Maritimes en passant par le Québec. Pour dorer la pilule, ce PM dit qu'il faudra le faire en relevant le défi technique et en recourant à la science.

    Ces deux points révèlent le choix du Canada à Paris : faire des beaux yeux au monde, blablater et laisser faire puisque tout se décidera pour ce pays lorsque les dés seront en place. Et ces dés, annonce ce PM, seront ceux qu'il vient de jouer.

    Avec eux, le Québec devient ce que son père a toujours voulu qu'il soit : une région du Canada, arrimée à ce pays, avec des gens soumis vivant en communautés diverses, qui n'ont rien à dire sur le territoire qu'ils occupent puisqu'il appartient au Canada et que ce dernier le laisse gérer ses petites affaires internes.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 1 décembre 2015 12 h 09

      Et ce "défi technique" ainsi que l'apport de la "science" c'est pour quand?

      Dans la semaine des quatre jeudis?

      "Mais en attendant passons par le Québec et risquons la vie, la santé et l'environnement des citoyens québécois...Y'a rien là!
      Surtout qu'on a rien à payer pour ce faire..." dixit Trudeau.
      Pour lui et pour Eux,le Québec:
      C'est une province inféodée au canada!... moins que rien!

      Je m'y oppose ...et j'ose espérer qu'il y aura une longue liste de citoyens
      à s'y opposer également.

  • Jacques Labonté - Abonné 1 décembre 2015 05 h 34

    Doutes sur la volonté politique de Monsieur Trudeau

    "C'est ce que nous allons livrer." Permettez-moi d'en douter.

    Tant et aussi longtemps que ce gouvernement nous présentera des politiques de développement d'exportation des hydrocarbures, nous contribuerons directement au réchauffement climatique. Nous sommes déjà les champions mondiaux de production des GES.

    Justement, nous en sommes à prendre la "décision philosophique, relevant d’un choix de civilisation, (...) de passer outre le pétrole", n'en déplaise aux libéraux de ce monde. Tous les calculs des sciences du climat nous le disent.

    Nous sommes en 2015, Monsieur Trudeau, une année qu déjà s'achève. Et vous ne prennez pas au sérieux l'urgence d'agir !

    Je suis déçu mais pas surpris.

  • Denis Paquette - Abonné 1 décembre 2015 07 h 09

    Quel produit infecte, quand allons-nous en convenir

    Ne lorgne-ils pas vers le charbon pour alimenter leurs centrales électriques, je ne crois pas que leur objectif est de passer au tout pétrole, ils savent bien que cette thecnologie est dépassée, pourquoi vouloir leur imposer cinquante ans de retard, c'est d'ailleurs la même chose pour les chinois, ma conviction est que la seule porte de sortie et celle d'arriver a brûler le charbon sans rejet, ensuite tous le reste devient possible des marées motrices, des héoliennes, des batteries a hautes capacitées de réserves etc., etc. il n'est pas defendu de penser a des alternatives viables, il y a seulement certains dinosaures qui ne comprennent pas cela si le petrole a permis un développement accélerer, il est devenu la pire solution, détruisant tout sur son passage, quel découverte infecte qui est en train de tout détruire, même les mers