Naomi Klein critique l’interdiction de manifester

Naomi Klein est l’auteure de «La Stratégie du choc : Montée d’un capitalisme du désastre».
Photo: Annik MH De Carufel Archives Le Devoir Naomi Klein est l’auteure de «La Stratégie du choc : Montée d’un capitalisme du désastre».

L’auteure et militante canadienne Naomi Klein dénonce l’interdiction de manifester décrétée par le gouvernement français dans le cadre de la conférence de Paris sur le climat (COP21). Elle appelle aussi à une action beaucoup plus ambitieuse pour limiter les dérèglements climatiques.

Dans une vidéo mise en ligne, Mme Klein estime que la décision de l’Élysée d’interdire les manifestations en marge de la COP21, mais aussi toute une série d’activités qui étaient prévues avant les attentats du 13 novembre, revient à « réduire au silence des manifestants qui les gênaient déjà ».

Selon ce que fait valoir l’auteure de La Stratégie du choc : Montée d’un capitalisme du désastre, le gouvernement français utilise en effet l’état d’urgence pour réprimer des militants environnementalistes. Elle fait ainsi valoir que des perquisitions ont été menées chez certains, tandis que 24 militants ont été assignés à résidence pour toute la COP21.

Or, selon elle, les actions pacifiques prévues en marge du vaste exercice de diplomatie environnementale permettent d’envoyer « un message très important » aux décideurs. Qui plus est, insiste Mme Klein, « toutes les sécurités comptent ». Or, « il n’y a pas de sécurité possible avec les bouleversements climatiques ».

Dans le cadre de l’état d’urgence, les manifestations sont interdites à Paris et dans plusieurs villes de France jusqu’au 12 décembre. Les forces de l’ordre « ne peuvent être détournées de leurs missions prioritaires », notamment la sécurisation de la COP21 qui réunit jusqu’au 11 décembre quelque 150 délégations, a justifié le ministre de l’Intérieure Bernard Cazeneuve.

Mais 58 personnalités françaises ont lancé lundi un appel pour défendre la liberté de manifester pendant l’état d’urgence, à l’initiative du député écologiste Noël Mamère et du responsable du Nouveau parti anticapitaliste Olivier Besancenot.

Objectif à 1,5 °C

La militante appelle en outre les leaders à faire preuve de davantage d’ambition dans la lutte contre les bouleversements climatiques. Soulignant que la conférence de Paris constitue « un sommet très bureaucratique où le langage est très complexe à comprendre », elle précise que « derrière tous ces acronymes, il y a des vies humaines ».

En septembre dernier, Naomi Klein faisait partie du regroupement de personnalités publiques canadiennes de différents horizons qui ont lancé un vibrant plaidoyer en faveur d’une véritable transition énergétique axée sur une plus grande justice sociale.

En clair, les signataires de cet appel ont fait valoir l’urgence d’une sortie rapide du modèle énergétique actuel. « Ce modèle, basé sur les énergies fossiles, a échoué, résumait d’ailleurs Naomi Klein, cosignataire du manifeste, en entrevue au Devoir. Qui plus est, la science nous dit très clairement que nous manquons de temps pour une action ambitieuse sur l’enjeu crucial du climat. Mais en même temps, la technologie est désormais disponible pour effectuer le virage nécessaire. Tout ce qui nous empêche d’avancer, c’est l’inertie de la classe politique. »

Elle ajoute aujourd’hui sa voix à l’appel lancé par une centaine d’États qui plaident pour fixer une cible de hausse maximale des températures à 1,5 °C d’ici 2100, plutôt que les 2 °C inscrits à l’agenda de la communauté internationale. Selon elle, un tel objectif est essentiel pour des régions particulièrement vulnérables à la hausse du niveau des océans, ou encore aux sécheresses.

En vue de la conférence de Paris, 184 pays (sur 195) ont publié des plans de réduction de leurs émissions, une participation inespérée qui place cependant encore le monde sur une trajectoire de +3 °C.

4 commentaires
  • Jean-Marc Tremblay - Abonné 30 novembre 2015 21 h 19

    à lire aussi....


    Le dernier livre de Naomi Klein: "This Changes Everything: Capitalism vs. the Climate". Analyse lucide et incisive sur les véritables enjeux et les véritables dessous du débat climatique.

  • Dominique Boucher - Abonné 1 décembre 2015 05 h 38

    Un pas si pire échec, quand même...

    « Ce modèle, basé sur les énergies fossiles, a échoué[...]»

    Madame Klein nous dit cela du fond de sa hutte dotée ni d'électricité, ni d'eau potable, ni de chauffage, ni de...? Je commence à en avoir assez de ces militants qui disent n'importe quoi.

    Jean-Marc Gélineau, Montréal

  • Emile Depauw - Abonné 1 décembre 2015 19 h 05

    emile depauw

    Question pour D Boucher...Avez vous lu le livre de Naomi Klein

    • Dominique Boucher - Abonné 1 décembre 2015 21 h 43

      C'est Jean-Marc Gélineau et non D. Boucher et je ne vois pas en quoi mes lectures vous regardent. Je réagis ici à des propos de Madame Klein rapportés dans un article du Devoir.

      Jean-Marc Gélineau, Montréal