Pleins gaz pour un consensus mondial

Les négociateurs de la COP21 n’ont pas de temps à perdre s’ils veulent pouvoir conclure une entente à Paris, les préviennent leurs hôtes français. Le Canada y débarque avec l’intention de ne plus y être vu comme un frein au progrès, mais au contraire d’apparaître comme un accélérateur.

Le coup d’envoi de la 21e conférence des Nations unies sur les changements climatiques a été donné en soirée dimanche au Bourget, en banlieue de Paris. Le ministre des Affaires étrangères français et président de l’événement, Laurent Fabius, a prié d’entrée de jeu les 195 pays participants de ne pas faire comme les autres fois, soit attendre à la dernière minute pour chercher des consensus. « Je me permets de compter sur vous pour négocier et bâtir des compromis dès les prochaines heures », leur a-t-il lancé. « La gestion de notre temps va être essentielle. […] Si on voulait s’en remettre au pseudo-miracle de la dernière nuit, je crains que ce ne soit pas la bonne solution. »

Enclenché au milieu d’un ballet diplomatique déjà intense en cette veille du débarquement en force de 150 chefs d’État et de gouvernement, le début des pourparlers de la 21e Conférence des parties (COP21 en anglais) a été précédé d’une minute de silence en l’honneur des 130 victimes des attentats terroristes du 13 novembre dans la capitale française.

Le nouveau premier ministre canadien, Justin Trudeau, comptait parmi les invités déjà arrivés et il a été reçu par le président français, François Hollande, à l’Élysée, entre le secrétaire des Nations unies et le président chinois.

Le Canadien s’est joint au Français pour réclamer un accord « ambitieux » et « légalement contraignant » au terme de la conférence qui doit prendre fin le 11 décembre. « Le momentum est en train de tourner vers l’implication robuste en matière de changement climatique », a déclaré Justin Trudeau après leur rencontre.

François Hollande a vu « un signe d’espoir » dans les nouvelles positions affichées par le Canada, notamment en matière de taxe carbone, de développement de technologies énergétiques vertes et d’aide financière à la transition dans les pays en développement. « Nous avons eu l’occasion de préciser nos positions, qui se trouvent être les mêmes sur l’enjeu de cette conférence, mais surtout sur l’accord qui doit en être le résultat », a déclaré le président français.

Les leçons de Copenhague

Précédés de grandes manifestations qui ont rassemblé dimanche des centaines de milliers de personnes aux quatre coins du monde en appui pour une action forte contre les changements climatiques, les prochains jours verront l’Américain Barack Obama, le Chinois Xi Jinping, l’Indien Narendra Modi ou encore le Russe Vladimir Poutine se succéder à la tribune de la conférence pour annoncer ce que leurs pays sont prêts à faire afin de limiter le réchauffement climatique sous la barre des 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Les engagements pris jusqu’à présent permettraient tout au plus de limiter cet accroissement de température entre 2,7 °C et 3,5 °C.

Les chefs d’État laisseront ensuite travailler les 40 000 personnes attendues pour l’événement, dont 10 000 délégués, que 2800 policiers et gendarmes ont été chargés de protéger sur le site de la conférence. Quelque 6300 policiers et militaires ont aussi été mobilisés pour assurer la surveillance de la métropole française.

L’idée d’inviter les chefs d’État en début de conférence plutôt qu’à la fin est venue aux organisateurs français après les échecs des dernières conférences sur l’environnement, notamment celle de Copenhague en 2009, rappelait dimanche le quotidien français La Croix. Des consignes peu claires et la peur de mettre leurs pays dans l’embarras avaient alors conduit les négociateurs à préférer attendre l’arrivée de leurs chefs politiques avant de s’engager, avec pour résultat une bien modeste déclaration arrangée en catastrophe sur un coin de table entre une poignée de dirigeants. L’objectif cette fois-ci, expliquent des sources diplomatiques françaises, est que les négociateurs aient un mandat politique fort et clair afin qu’ils puissent aller aussi loin que possible et que les derniers arbitrages politiques soient faits en fin de conférence par les ministres compétents.

Après des mois de travail, il resterait encore une cinquantaine de points essentiels à régler pour en arriver à une entente satisfaisante, a expliqué Laurent Fabius, cité par le quotidien Libération, quelques minutes avant d’inaugurer la conférence dimanche. Parmi ces points d’achoppement, il a cité l’aide financière aux pays en voie de développement avant et après 2020, le pourcentage de cette aide qui devra aller à l’adaptation plutôt qu’à la lutte contre les changements climatiques ainsi que l’examen du respect par les pays de leurs promesses de réduction et sa fréquence. « Il faut réduire le maximum de points pour ne laisser, la semaine prochaine, que ceux qui nécessitent un arbitrage politique », a-t-il déclaré.

Parmi les questions encore en suspens, le ministre français aurait aussi pu évoquer le caractère contraignant que devra avoir l’accord qui sera signé à Paris. La France en fait une condition essentielle. Les États-Unis ont fait savoir qu’il n’était pas question que les cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES) qu’ils adopteront à Paris soient légalement contraignantes, notamment parce qu’il faudrait obtenir l’improbable accord d’un Congrès américain républicain.

Et pourquoi pas un accord qui soit « juridiquement contraignant », mais pas dans toutes ses dispositions ? a proposé dimanche à Paris la ministre canadienne de l’Environnement, Catherine McKenna. « On a besoin d’un accord qui soit juridiquement contraignant » sur plusieurs points, a-t-elle affirmé, dont l’obligation de prendre des engagements en matière de réduction des émissions de GES, de transparence des mécanismes de suivi et d’amélioration périodique (tous les cinq ans) des objectifs de réduction. C’est le respect des cibles qui pourrait ne pas être juridiquement contraignant.

Cette solution vise à tenir compte des résistances de pays comme les États-Unis tout en cherchant à mettre en place un cadre permettant d’avoir une image claire des progrès de chacun et de montrer du doigt ceux qui manquent à leur parole.

La ministre a également insisté sur l’importance d’aider financièrement les pays en développement à s’adapter aux impératifs et aux impacts des changements climatiques. C’est « une question clé », a-t-elle affirmé avant de rappeler que le Canada leur a récemment promis 2,65 milliards sur cinq ans.

La conversion d’un cancre

Le gouvernement libéral arrive après des années durant lesquelles le Canada a pris l’habitude de faire figure de cancre dans les grandes conférences environnementales en y collectionnant notamment les « prix Fossile » attribués par les groupes écologistes.

Justin Trudeau a commencé à essayer de rompre avec cette image lors du sommet du Commonwealth qui s’est achevé à Malte dimanche. Les 53 pays membres s’y sont à leur tour engagés à parvenir à un accord « ambitieux » et juridiquement contraignant sur le climat. Il y manquait toutefois Narendra Modi, premier ministre de l’Inde, l’une des plus grandes économies du monde, qui craint que l’obligation de réduire ses GES ne plombe sa croissance. Justin Trudeau devait rencontrer M. Modi à son arrivée à Paris dimanche, mais la rencontre a été reportée.

Avec Christian Rioux et l’Agence France-Presse



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6 commentaires
  • Brown Steve - Inscrit 30 novembre 2015 05 h 47

    Devoir de mémoire!

    Au-delà des grandes cérémonies agrémentées de stuc et de dorures un devoir de mémoire s'impose, il est encore trop tôt pour l'éviter.

    L'humanité ne peu passer sous silence la complicité de la France dans le génocide Rwandais. Ce même pays qui se propose aujourd'hui de sauver la planète.

    En soutenant les auteurs du génocide (rwandais), les autorités politiques et militaires françaises se sont rendues complices de ce crime. Cette complicité est attestée par de nombreux documents et témoignages, pourtant aucun responsable français n’a été jugé. — Survie.org

    Steve Brown
    Charny

  • Josée Duplessis - Abonnée 30 novembre 2015 06 h 33

    Vraiment prêts pour le virage vert?

    Il faudrait que le Canada renonce à développer l'ouest avec le pétrole , qu'il empêche les oléoducs , qu'il ne soit pas à la solde de la grande famille Desmarais qui a de grandes parts dans le pétrole de l'ouest et de Total en France. Il faudrait que le fédéral finance le Québec avec son désir d'électrification.
    À moins de cela ce serait de l'hypocrisie crasse.

  • Jean Richard - Abonné 30 novembre 2015 09 h 45

    Kyoto n'a même pas vingt ans

    Kyoto n'a même pas vingt ans et on l'a déjà oublié.

    Contrairement à certaines grandes puissances qui avaient immédiatement annoncé leurs couleurs en refusant de participer à l'accord, le Canada embarquait.

    Ça ne devait être que des vœux pieux car même sous des régimes PLC, avant les Conservateurs, on n'a rien rien rien fait de concret, bien que des outils avaient été mis en place pour agir. Les cibles à atteindre semblaient loin loin loin et en politique, le long terme ne dépasse pas quatre ans.

    Il y avait à l'époque une sorte de comparateur d'efficacité des diverses mesures possibles. Avec de tels outils, on aurait théoriquement pu choisir où investir. Par exemple, si un dollar investi dans les transports collectifs électriques conventionnels enlève vingt fois plus de carbone que le même dollar investi dans la voiture individuelle à batterie, on va plutôt investir dans les transports collectifs.

    Il est probable que de tels outils existent encore, mais les politiciens sont à la solde des lobbies...

    Quand le Canada, sous les Conservateurs, s'est officiellement retiré du protocole de Kyoto, on a crié au scandale, mais en réalité, le résultat était le même qu'avec les Libéraux : nul.

    Le Québec ne faisait guère mieux. Un jour, on a entendu l'ancien ministre des transports du PQ (et député de Joliette) déclarer le plus sérieusement du monde que le virage à droite sur feu rouge était un excellent moyen d'atteindre les cibles du protocole de Tokyo (oui, il avait fait ce lapsus). Y a-il des galas où on distribue des trophées aux humoristes involontaires ?

    Le Québec ne fait toujours guère mieux que le ROC. Les investissements dans les transports en commun n'ont jamais cessé de diminuer. On se pète les bretelles avec l'électricité, mais on refuse d'intégrer la délocalisation des émissions de GES dans l'activité économique (acheter une voiture, c'est produire des tonnes de GES... ailleurs qu'au Québec).

    La COP21 sera-t-elle une autre Kyoto ?

  • Claude Bariteau - Abonné 30 novembre 2015 10 h 22

    Contraignant plus ou mois, selon...

    Pour la ministre canadienne de l'Environnement, un accord est nécessaire, mais pas nécessairement contraignant sur tous les points, l'essentiel étant «l’obligation de prendre des engagements en matière de réduction des émissions de GES, de transparence des mécanismes de suivi et d’amélioration périodique (tous les cinq ans) des objectifs de réduction».

    En quelque sorte, il importerait que les pays s'engagent à réduire, à être transparent et à montrer qu'ils progressent, les cibles étant secondaires. Qu'avance une telle suggestion ? Uniquement que pour le Canada le temps n'est pas venu de contraindre alors que la conférence de Paris avance précisément le contraire pour la survie de la planète terre.

    Sans cibles précises, ces engagements paraîtront de belles déclarations. Guère plus. Il importerait plutôt d'identifier des cibles contraignantes et de laisser les États trouver les moyens qui leur conviennent le mieux pour abaisser leur production de GES, ceux-ci faisant l'objet d'un suivi par un organisme international à créer.

    L'article de Christian Rioux dans Le Devoir fait précisément écho aux particularités propres à certaines régions de la planète, révélant la nécessité de leur prise en compte sans pour autant élaguer les cibles qui sont le moyen principal d'abaisser la hausse des GES. Sans cible, le Canada, par exemple, pourra faire valoir qu'il fait des efforts, mais ne peut faire plus. Idem pour la Chine, les États-Unis, l'Inde et j'en passe.

    Par contre, avec une cible globale et des cibles pour chaque pays, toute contraignantes, il y aura un réaménagement du recours aux énergies fossiles et le remplacement de ces dernières par d'autres énergies moins polluantes.

    S'il y a de la réticence, il faudra alors que les réticents sachent qu'ils y perdront au change. Autrement, les réticents s'estimeront gagnants.

  • Gaëtan Paradis - Inscrit 30 novembre 2015 11 h 40

    COP21 !

    Dans ce grand débat de société des changements climatiques versus les climato-sceptiques. Je me suis aperçu d'une chose très importante.

    La société moderne se divise presque toujours en deux clans. Ceux qui accepte les opinions et énoncés des structure en place, (collèges de spécialistes, spécialiste de tout acabit, membres des gouvernement en place, journalistes) et les autres qui n'accepte rien de tout cela, sans vérifier les faits, les données et les motifs de
    tous ces énoncés officiels !