Les groupes environnementaux dénoncent le caractère «bâclé» des consultations publiques

Parmi les études environnementales toujours manquantes, on retrouve celle portant sur les risques associés aux traverses de cours d'eau par des pipelines.<br />
Photo: Benoit Nadeau / CC Parmi les études environnementales toujours manquantes, on retrouve celle portant sur les risques associés aux traverses de cours d'eau par des pipelines.

Au moment où débutent les consultations publiques sur les évaluations environnementales stratégiques (EES) sur les énergies fossiles, plusieurs groupes écologistes déplorent le caractère « précipité et peu rigoureux » du processus, qui doit mener à l’élaboration du premier projet de loi sur les hydrocarbures de l’histoire du Québec.

Pour Christian Simard, directeur général de Nature Québec, « l’échéancier de travail imposé par le gouvernement, ainsi que le caractère bâclé et inachevé de certaines études, ne permettent pas aux groupes et aux citoyens de contribuer positivement à un processus qui sera déterminant pour l’avenir énergétique du Québec. Rien ne justifie une telle urgence, sauf peut-être le programme de compagnies junior d’exploration ».

Un total de 44 études, sur les 62 commandées par le gouvernement Couillard, ont été rendues publiques avant le début des consultations publiques qui se tiennent sur quatre jours cette semaine. La quasi-totalité de ces études, qui représentent près de 4000 pages de documents, ont été publiées le 28 octobre, soit un peu plus de deux semaines avant le début des consultations.

Parmi les études toujours manquantes, on compte certaines analyses directement liées à des projets de transport et d’exploitation de pétrole controversés. À titre d’exemple, une étude s’intitule Examen des risques associés aux traverses de cours d’eau par des pipelines. À lui seul, le pipeline Énergie Est doit traverser pas moins de 641 cours d’eau dans la province, dont le fleuve Saint-Laurent, plusieurs servant de source d’eau potable et certains présentant des risques de glissement de terrain. Selon ce qui a été dit lors de la rencontre d’« information » tenue le 3 novembre en vue des consultations, l’ensemble des études sera publié d’ici la fin de l’année.

Loi déjà écrite ?

L’absence de certaines études, mais aussi les délais très courts pour la production de mémoire ou d’analyse en vue des consultations, font dire aux groupes environnementaux que le gouvernement a déjà décidé d’aller de l’avant avec la filière des énergies fossiles. « Nous avons vraiment l’impression que les avis exprimés ne seront pas pris en compte et que les dés sont pipés dès le départ, explique Jacques Tétreault du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec. La future politique énergétique du Québec et la loi sur les hydrocarbures promises pour le printemps prochain nous semblent déjà écrites », ajoute-t-il.

« La consultation porte uniquement sur la production et le transport de pétrole et non sur la réduction de sa consommation. À deux semaines de la conférence de Paris, alors qu’il se positionne en leader de la lutte contre les changements climatiques, le Québec propose d’accélérer l’exploitation de combustibles fossiles sur son territoire, un non-sens et un double discours qui se doit d’être dénoncé », affirme pour sa part Alain Brunel, directeur climat énergie à l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique.

Pétrole et gaz de schiste

Ces EES, lancées en 2014, ratissent très large. Elles traitent de la question de l’exploitation du pétrole et du gaz naturel dans toutes les régions du Québec, y compris dans la vallée du Saint-Laurent, où on retrouve un potentiel en gaz de schiste. Ces EES ont notamment la tâche d’étudier les projets pétroliers en Gaspésie, dont deux sont très avancés. Une EES porte spécifiquement sur l’île d’Anticosti.

Les EES doivent aussi permettre d’évaluer toute la question du transport d’énergies fossiles sur le territoire, que ce soit par pipelines, par trains ou par navires.

Tous ces dossiers complexes et controversés ont été étudiés de front, et ce, sur une période d’un peu plus d’une année. À titre de comparaison, une EES commandée par le gouvernement Charest uniquement pour le golfe du Saint-Laurent a nécessité plus de trois ans de travaux.

En raison des délais serrés pour la réalisation des EES en cours, celle portant sur l’exploitation pétrolière sur Anticosti ne tiendra pas compte des forages avec fracturation puisque ceux-ci seront menés l’an prochain, donc une fois l’EES terminée.

Par ailleurs, plusieurs études commandées par le gouvernement dans le cadre des EES en cours indiquent clairement que le gouvernement a l’intention d’ouvrir toute grande la porte à l’exploitation pétrolière et gazière. « Le gouvernement est favorable au développement de la filière des hydrocarbures », a dit à plusieurs reprises le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles Pierre Arcand. Les EES ont été coprésidées par deux sous-ministres du gouvernement Couillard.

2 commentaires
  • Pierre Fortin - Abonné 16 novembre 2015 17 h 42

    Négligence ou coup fourré?

    Messieurs Simard et Tétreault ont toutes les raisons de craindre une manœuvre perfide. Si la protection de l'environnement était une priorité du gouvernement il y a longtemps qu'on le saurait. La Cour du Québec n'aurait pas eu à semoncer le ministre Heurtel pour son incompétence et celui-ci agirait en pleine lumière en nous fournissant toute l'information relative au dossier chaud du transport du pétrole albertain. Les Québécois seraient informés.

    Le risque sérieux que fait peser un pipeline sur l'environnement nous concerne tous et ce gouvernement ne peut se comporter comme s'il disposait de tous les droits sans prendre en considération l'opposition populaire en matière de sécurité. Le bassin du St-Laurent est le milieu où vivent les Québécois qui ont droit de savoir ce qu'on y fricote.

    Monsieur Couillard ne peut être aussi désinvolte ni agir unilatéralement comme si le Québec était la propriété exclusive du parti libéral.

    • Daniel Bérubé - Abonné 16 novembre 2015 23 h 20

      Comme le "Kanada" de Harper, certains se croient "propriétaire" du lieu de résidence de leur peuple...