Les consultations publiques débutent malgré l’absence de plusieurs études clés

Parmi les documents pas encore publiés, pas moins de 10 études portent directement sur des enjeux environnementaux pour l’île d’Anticosti.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Parmi les documents pas encore publiés, pas moins de 10 études portent directement sur des enjeux environnementaux pour l’île d’Anticosti.

Même si les consultations publiques des évaluations environnementales stratégiques sur les énergies fossiles débutent ce lundi, pas moins du tiers des études commandées par le gouvernement Couillard n’ont toujours pas été publiées, a constaté Le Devoir. Certaines d’entre elles sont directement liées à des projets d’exploitation et de transport de pétrole particulièrement controversés au Québec.

Selon une recension réalisée dimanche, 18 des 62 études menées à la demande de Québec dans le cadre des évaluations environnementales stratégiques (EES) sur les hydrocarbures étaient toujours identifiées comme « disponibles sous peu » vendredi en fin de journée.

Il faut savoir que toutes ces études, très techniques, ratissent très large. Elles concernent tous les projets d’exploitation de pétrole et de gaz de la province, en plus du transport par train, par bateau et par pipeline. Les 44 études et les documents connexes publiés le 28 octobre, soit un peu plus de deux semaines avant le début des consultations publiques, représentent d’ailleurs près de 4000 pages d’analyses.

À quelques heures du début des quatre jours de consultations prévus la semaine prochaine, le portrait n’est toutefois pas complet. Il manque en fait pas moins de 18 études, dont 10 dans le chantier « Environnement », l’un des six chantiers des EES. Selon ce qui a été dit lors de la rencontre d’« information » tenue le 3 novembre en vue des consultations, l’ensemble des études sera publié d’ici la fin de l’année. Elles risquent donc de ne pas être disponibles au cours des consultations, qui se tiennent seulement cette semaine, de lundi à jeudi, à raison de quelques heures par jour.

Projets controversés

Parmi les 18 études impossibles à consulter avant les consultations, on compte pourtant des documents liés à des projets de la filière fossile particulièrement controversés au Québec. Une étude s’intitule Examen des risques associés aux traverses de cours d’eau par des pipelines. À lui seul, le pipeline Énergie Est doit traverser pas moins de 641 cours d’eau dans la province, dont le fleuve Saint-Laurent, plusieurs servant de source d’eau potable et certains présentant des risques de glissement de terrain.

Une autre étude porte sur les « mesures de prévention, de préparation et d’intervention » en cas de déversement « majeur » en milieu terrestre. Selon la liste du gouvernement portant sur les EES, cette étude « évaluera l’état de préparation des divers intervenants publics et privés, y compris les instances municipales, leur capacité technique et financière et les mécanismes de coordination établis entre eux. Enfin, elle abordera la capacité des entreprises à supporter le coût des mesures de restauration et de compensation requises. Un volet propre à l’île d’Anticosti est prévu dans l’étude ».

En ce qui a trait au volet économique, une étude toujours attendue doit permettre d’évaluer les avantages et désavantages de l’exploitation de pétrole et de gaz au Québec, tandis qu’une autre doit aborder l’« acceptabilité sociale » des projets de la filière fossile.

Même si le gouvernement Couillard a refusé de mandater le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement pour étudier le transport de pétrole par train, une étude doit aborder le « transport » du pétrole en général dans le cadre de l’EES. Elle doit permettre de documenter les activités au Québec, mais aussi « le type d’accidents » et leur ampleur. Cette étude n’était toujours pas publiée dimanche soir.

Par ailleurs, un total de 10 études non publiées portent directement sur des enjeux environnementaux pour l’île d’Anticosti. On y retrouve notamment une « évaluation des risques environnementaux des rejets d’eaux usées (après traitement) dans les milieux aquatiques de l’île ». Il faut savoir que selon une estimation préliminaire, chaque forage avec fracturation consommerait pas moins de 22 millions de litres d’eau. De tels forages sont prévus pour 2016, mais l’EES n’aborde pas les impacts de la fracturation sur Anticosti.

Une autre analyse doit élaborer un « projet type » d’exploitation industrielle de pétrole et de gaz sur Anticosti. « Le projet type servira ensuite à évaluer les impacts de cette filière sur l’environnement, la société et l’économie », précise le site des EES.

Les consultations publiques sur les EES débutent ce lundi à Montréal. Le rapport final de l’EES est attendu d’ici quelques semaines. Ces EES constituent un jalon important pour l’avenir de la filière pétrolière et gazière au Québec. Elles doivent en effet être utilisées dans le cadre de l’élaboration de la future politique énergétique, mais aussi pour le premier projet de loi sur les hydrocarbures de l’histoire du Québec. Ce projet de loi devrait être présenté au printemps prochain.



À voir en vidéo