Déversement: inquiétudes au lac Saint-Pierre

Le lac Saint-Pierre a été désigné Réserve mondiale de la biosphère par les Nations unies en l’an 2000.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le lac Saint-Pierre a été désigné Réserve mondiale de la biosphère par les Nations unies en l’an 2000.

Le feu vert au déversement de plus de huit milliards de litres d’eaux d’égout de Montréal inquiète le comité ZIP du lac Saint-Pierre, dont la mission est la protection de ce cours d’eau désigné comme réserve mondiale de la biodiversité de l’UNESCO. D’ailleurs, ni Québec ni Ottawa n’ont contacté l’organisme avant d’autoriser le rejet pour une semaine.

« S’il s’agissait d’un cas exceptionnel, ce serait peut-être plus acceptable. Mais ce déversement s’ajoute à tous les autres qui ont lieu, fait valoir au Devoir Louise Corriveau, du comité ZIP. Et même si les autorités veulent minimiser les impacts en répétant que ce n’est pas très grave, en fait, c’est grave. »

Mme Corriveau souligne ainsi que ce lac de 32 kilomètres de longueur connaît déjà son lot de problèmes environnementaux sérieux. « Le lac est malmené depuis des années, insiste celle qui est directrice de la table de concertation régionale du lac Saint-Pierre. Pourtant, ce lac, c’est un peu le foie, les reins et les poumons du Saint-Laurent. Il serait donc temps qu’on agisse, mais au lieu de ça, on lui envoie encore un déversement. On ne peut plus en prendre. »

Elle cite d’ailleurs en exemple la perchaude, qui fait l’objet d’un moratoire sur la pêche de cinq ans, en raison de l’effondrement de la population. Or, cette espèce est selon un indicateur de l’état de santé dégradé du lac Saint-Pierre. Dans ce contexte, elle aurait aimé qu’on réfléchisse davantage aux conséquences environnementales du déversement, puisqu’une bonne partie de la contamination risque de se poser au final dans le lac.

Or, affirme Louise Corriveau, le comité ZIP — qui fait partie de Stratégies Saint-Laurent — n’a jamais été contacté par les gouvernements du Québec et du Canada en prévision du déversement. Elle déplore d’ailleurs le manque d’informations qui lui ont été communiquées concernant le suivi qui sera fait pendant, mais surtout après le rejet intensif.

Signaux alarmants

La porte-parole du comité ZIP s’inquiète en outre des effets sur la faune, rappelant notamment que près de 40 000 pêcheurs pratiquent la pêche sur le lac chaque année. « On voit déjà des signaux alarmants. Maintenant, si on constate des dépassements dans les normes environnementales pendant le déversement, parce qu’on sait qu’il va y en avoir, qu’est-ce qui sera fait pour réparer les dégâts ? Moi, je doute de la qualité du suivi qui sera fait. »

Martine Chatelain, présidente de la coalition Eau Secours, juge elle aussi qu’il sera essentiel d’effectuer un suivi des impacts du déversement des eaux usées, notamment sur la faune et la flore du lac.

Selon les plans du ministère de l’Environnement du Québec, une série de mesures sont prévues pendant et après les opérations de la semaine à venir. Ces opérations doivent notamment inclure un suivi en aval. Le document du ministère mentionne des travaux pour « vérifier l’état des berges », et ce, « particulièrement aux îles de Sorel », situées en amont du lac. Le document ne fait pas mention du lac Saint-Pierre. Il n’a pas été possible de savoir mardi quelle pourrait être la participation précise du gouvernement fédéral au suivi environnemental en aval de Montréal.

Ce lac de 32 kilomètres de longueur sur 14 kilomètres de largeur a été désigné Réserve mondiale de la biosphère par les Nations unies en l’an 2000. Plus de 90 % du territoire du lac est toujours à l’état naturel et plusieurs secteurs sont protégés. Il regroupe plus de 20 % de tous les marais du Saint-Laurent. Il a d’ailleurs reçu en 1998 la désignation de site RAMSAR en vertu de la Convention relative aux zones humides d’importance internationale.

La faune de la région est particulièrement riche. Pas moins de 800 000 oiseaux migrateurs s’y arrêtent chaque printemps. Un total de 288 espèces d’oiseaux y est observé, ainsi que 80 espèces de poissons. La flore est elle aussi très diversifiée et comprend notamment 27 espèces de plantes rares.

Les autorités n’ont pas contacté les responsables de la protection avant l’autorisation.

3 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 10 novembre 2015 20 h 02

    Que dira Coderre?

    Rien,sinon qu il est le plus brillant jeune que le Quebec a porté,qu il est le plus fort a la facon des Chambres de Commerce.Je n aime pas ces gens au-dessus de la vie et des lois.Les liberaux nous empoisonnent .Un jour ils boiront leur saleté. J-P.Grisé

    • François Dugal - Inscrit 10 novembre 2015 22 h 42

      Monsieur le maire Coderre ne se soucie pas du lac St-Pierre, qui se situe hors de sa juridiction.

  • Gilles Gagné - Abonné 10 novembre 2015 22 h 24

    Richard Fontaine

    Il dit la température est froide, l'eau est froide, ça sentira pas. Quelle condescendence! Un peu plus et on demande aux montréalais de constiper le temps qu'on ouvre les vannes.