Produire ou importer ses hydrocarbures

Le ministre Pierre Arcand est allé à la rencontre des gens de l’industrie pétrolière et gazière, lundi, à l’occasion du congrès annuel de l’APGQ.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre Pierre Arcand est allé à la rencontre des gens de l’industrie pétrolière et gazière, lundi, à l’occasion du congrès annuel de l’APGQ.

Le ministre Pierre Arcand juge qu’il est tout à fait cohérent de lancer le Québec sur la voie de l’exploitation de pétrole et de gaz tout s’engageant à lutter contre les changements climatiques. Il a d’ailleurs promis lundi qu’une loi sur les hydrocarbures sera présentée au cours des prochains mois pour encadrer la filière, qui serait sur le point de lancer des projets d’exploitation.

C’est un message rassurant pour l’industrie des énergies fossiles que le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles est venu livrer aux membres de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), dans le cadre de leur congrès annuel. « Nous sommes à la croisée des chemins, a-t-il dit dans le cadre de son allocution. Le Québec est appelé à se positionner sur cette filière énergétique. »

La position du gouvernement Couillard est d’ailleurs on ne peut plus claire. « Le Québec aurait avantage à tirer profit de son potentiel en hydrocarbures, tout en respectant l’environnement », a souligné le ministre Arcand, en rappelant que la province importe tout le gaz et le pétrole qu’elle consomme.

Mais est-ce que le fait de lancer le Québec sur la voie de l’exploitation d’éventuels gisements, et ce, pendant des décennies, est compatible avec la lutte contre les changements climatiques ? « Nous avons un marché du carbone, donc nos émissions de gaz à effet de serre doivent diminuer. C’est fondamental », a d’abord répondu M. Arcand en point de presse. « Il faut travailler à rendre le Québec plus vert », a-t-il ajouté.

Le ministre a également affirmé l’intention du gouvernement de miser sur une réduction de notre consommation d’hydrocarbures au cours des prochaines années. « Nous allons consommer des hydrocarbures pour au moins les 30 prochaines années, a-t-il toutefois ajouté. Il faut donc se poser la question : est-ce qu’on exploite les hydrocarbures ici ou est-ce qu’on continue de les importer ? C’est là qu’est le débat à l’heure actuelle. »

Selon lui, les projets pétroliers en Gaspésie et sur Anticosti, mais aussi les projets d’exploitation de gaz naturel peuvent donc tout à fait voir le jour au Québec. « Ce sont des projets qui peuvent être encadrés. Et dans la mesure où on peut exploiter du pétrole québécois et dans le cadre d’une acceptabilité sociale, ce n’est pas quelque chose d’impensable. »

« Ce n’est pas le gouvernement qui va agir comme promoteur, c’est aux entreprises de vendre leurs projets à la population », a-t-il prévenu. Le gouvernement a mis sur pied le Fonds capital mines hydrocarbures, doté d’une enveloppe de plus d’un milliard de dollars de fonds publics. Québec est aussi, à travers Investissement Québec, le premier actionnaire de Pétrolia et le troisième actionnaire de Junex. L’État a en outre injecté des dizaines de millions de dollars dans l’exploration sur Anticosti, mais aussi en Gaspésie.

Loi à venir

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles a par ailleurs promis qu’une loi sur les hydrocarbures serait probablement présentée au printemps 2016. Au moment où avait éclaté le scandale du gaz de schiste, en 2010, le gouvernement Charest planchait déjà sur une telle loi. Aucune loi de ce genre n’existe au Québec.

Pierre Arcand a cependant dit lundi que le gouvernement veut « fournir à l’industrie un environnement réglementaire stable et prévisible ». Cette législation devrait tenir compte des travaux en cours dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique.

Avant cela, le gouvernement devrait présenter sous peu sa nouvelle politique énergétique, un document qui doit orienter les politiques du Québec pour la prochaine décennie. Mais alors que de plus en plus de voix plaident pour une sortie des énergies fossiles, le gouvernement Couillard a clairement fait valoir son intention d’inclure d’éventuels projets d’exploitation d’hydrocarbures au Québec dans sa politique. Une table d’experts issus du secteur des énergies fossiles a d’ailleurs été organisée dans le cadre des consultations tenues le printemps dernier.

Le président de l’APGQ, Michael Binnion, voit d’un bon oeil l’idée que le gouvernement présente une politique énergétique et une loi sur les hydrocarbures. Selon lui, il serait d’ailleurs souhaitable d’en venir éventuellement à mener des « projets pilotes » afin de démontrer la possibilité d’exploiter des ressources en gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent. Lundi, il a évoqué les régions de Lotbinière et Bécancour. « C’est possible d’avoir un projet de production en 2020. C’est clair », a-t-il affirmé.

La plupart des permis d’exploration pétrolière et gazière qui étaient actifs dans les basses-terres du Saint-Laurent en 2010 le sont toujours, même si certaines entreprises ont délaissé le Québec.

19 commentaires
  • Jean Santerre - Abonné 10 novembre 2015 07 h 22

    De la glace chaude avec ça?

    Il est inconcevable de prétendre que l'exploitation des énergies fossile est compatible avec la lutte contre les changements climatiques.
    Pourquoi ne pas inclure les fabricants de cigarettes comme facteur de réduction des taux de cancer des poumons.
    Les changements climatiques sont induits par l'utilisation d'énergie fossile et ses dérivés, fertilisants, pesticides, plastiques, produits finis jetables et la déforestation liée à la plupart de ces ressources non renouvelables.
    C’est ce que l’on explique justement aux écoliers du primaire. Visiblement cela ne montre pas un haut niveau d’instruction de nos ministres et dirigeant.
    Dois-je aussi rappeler que certain d’entre sont médecin?
    Le ridicule est bien à la mode.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 10 novembre 2015 08 h 23

      Les gens aiment être bernés semble-t-il...

      Quand on voit les hésitations...de nos politiciens et la fronde
      organisée.... par les pétrolières, il fait froid dans le dos.

      Même des titres comme celui en tête de l'article ci-haut, (produire ou importer ses hydrocarbures)donnent lieu à penser qu'il y a une différence dans les conséquences !

      Pour le commun des mortels qui ne pousse pas plus loin son investigation, c'est de la poudre de perlimpinpin.

    • Raymond Lutz - Inscrit 11 novembre 2015 18 h 27

      Oui Mme Sévigny, en effet le titre est tendancieux. C'est une fausse dichotomie: la bonne réponse est NI L'UN NI L'AUTRE.

      Ce titre aussi suggère que l'on pourrait produire en quantité suffisante ce que l'on consomme, ce qui est risible. Merci au photographe Jacques Nadeau pour la belle photo.

  • Yves Corbeil - Inscrit 10 novembre 2015 08 h 44

    Allez-y creusez le notre trou

    Rien à faire avec des gens qui pensent en chiffres du matin en se levant au soir en se couchant et probablement en dormant aussi.

    Les gens leur on envoyé un message clair hier, un taux de participation anémique et trois contés au libéraux bravo les néolibéraux continuez le massacre des services, ils en ont pas besoin.

  • Daniel Grant - Abonné 10 novembre 2015 09 h 29

    Pourquoi ne pas polluer nous-même?

    Régler un problème en créant un problème plus grave. Bel avenir, M. Arcan!

    L'autre solution est d'importer moins en prenant le virage des transports électriques, surtout avec Hydro-Québec dans notre cour.

    Si autant de fonds publiques (5300 milliards/année d'après la FMI) avaient été versés dans l'énergie verte que dans le fossile, les voitures électrique ne coûteraient pas plus chères que nos bagnolles à pétrole et, rêvons un peu, nous serions rendu à une technologie de transport qui serait plus proche de la téléportation ou peut-être même le tapis volant.

    • Daniel Grant - Abonné 10 novembre 2015 11 h 50

      Le Québec est une solution qui cherche un problème

      Pourquoi laisser les autres nous polluer quand on pourrait le faire nous-même?

      "Le réseau d’Hydro-Québec serait déjà en mesure d’alimenter un million de véhicules électriques, soit l’équivalent de 25 % du parc actuel de véhicules du Québec, sans investissement important."
      ...
      "Si on remplaçait un million de voitures au Québec par des voitures électriques, on diminuerait les émissions de GES de 3,4 millions de tonnes par année."
      http://www.hydroquebec.com/a-propos-hydro-quebec/e

      M. Arcand se fait majorette pour les pétrolières en voulant placer notre avenir entre leurs mains. Ces pétrolières ne vont que compromettent cette énergie verte qui est la nôtre et payé avec nos taxes au Québec (souvenons-nous). Ces projets pétroliers vont aussi mettre en péril les terres agricoles qui deviennent convoitées.
      http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-s

      Le problème est l'empoisonnement de notre Air-Eau-Nourriture par les pétrolières qui nous arrivent de l'extérieur et quelle est la solution de M.Arcand? Il en veut plus mais fait maison. Bel avenir! M. Arcand

    • Jean-Yves Arès - Abonné 10 novembre 2015 12 h 58

      «Pourquoi ne pas polluer nous-même?»

      Mais exactement ce que nous fesons et ce que tout le monde fait.

      Tout le monde, vous, moi, et tous les autre personnes sur la terre mais avec une bien plus lourde responsabilité pour ceux des pays développés, et riches, comme nous ici.

      L'erreur, pourtant pas très complexe a comprendre et corriger, c'est que l'on calcule le niveau de démission de CO2 par pays en y incluant leur secteur industriel qui peut y prendre beaucoup de place. Cela trompe et perverti la distribution des responsabilités. Tous les secteurs de production industriels fonctionnent selon les ventes qu'ils font, et les véritables responsables de cette production c'est ceux qui la consomme cette production. Les responsables des émissions de la production des sables bitumineux ce ne sont pas les Albertains, sinon que par la proprtion de leur propre consommation. La responsabilité de cette production de pétrol ne peut être autre chose que celle des ceux qui consomment cette énergie.

      Que l'on importe toute notre consommation d'énergie fossile, ou que l'on en produise le double de cette consommation, notre responsabilité d'émission de CO2 seras toujours la même, c'est dire celle de notre consommation finale, individuellement en tant que consommateur.

    • Denis Desmeules - Abonné 10 novembre 2015 13 h 09

      D'accord Jean-Yves... mais on ne peux demander au "consommateur" de s'auto-gérer. Le consommateur à le cerveau qui tient dans une coquille de noix. Aussi longtemps qu'un produit quelqu'il soit, sera sous ses yeux, le consommateur le désirera... et le consommera. Alors oui une partie de la responsabilité nous revient. Mais il faut s'élever un peu comme visionnaire et comprendre ce fait. Les penseurs, les dirigeants, les politiciens sont ceuxqui devraient voir plus loin et contraindre les consommateurs... on le fait déjà pour des produits dangereux pour la santé. Le pétrole est un produit dangereux qui doit être utilisé avec modération. Pourtant ce n'est plus a démontrer...

    • Daniel Grant - Abonné 10 novembre 2015 23 h 54

      M. Arès le problème avec le projet de M.Arcand est qu'il va faire parti du problème et non pas de la solution.
      La solution c'est la diminution des investissement dans le pétrole comme l'a compris la famille Rockefeller qui a commencé à retirer son argent du pétrole.

      Je ne crois pas que le consommateur soit responsable de cette production quand il n'a pas encore beaucoup de choix. Il est bombardé continuellement par la propagande mensongère des pétrolières pour augmenter notre dépendance au pétrole et endormi par nos élus qui ont des discours incohérents sur l'énergie et l'environnement.
      Le consommateur consomme ce qui lui est offert et pour une prise de conscience ça prend de l'information juste. Qui devrions-nous croire, le département de publicité des pétrolières ou les scientifiques?

      Ce que je veux dire par "polluer nous-même" dans mon titre signifie que présentement l'empoisonnement dû à la production est faite à l'extérieur du Québec, il est vrai que nous polluons par notre consommation de pétrole et ne changera pas, mais ce qui va changer c'est l'addition de poisons dans notre environnement par la production; Anticosti, Gaspésie, vallée du St-Laurent. Imaginez le Québec rempli de torchères qui brûlerons 24h par jour qui empoisonneront l'air, la fracturation qui va empoisonner la nappe phréatique, les fuites et déversements qui empoisonneront les aqueducs et un jour on aura aussi notre marée noire (Exxon Valdez), notre Kalamazoo etc... C'est juste une question de temps; http://meteopolitique.com/fiches/petrole/deverseme
      Bel avenir, M. Arcand

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 10 novembre 2015 09 h 34

    C est consternat de realiser l ignorance crasse

    de notre gouv.et dirigeants.Et on est a meme de voir les electeurs d hier choisir ces ignorants de nouveau.On peut donc dire que les ignorants ne peuvent qu elire des ignorants.C est pénible mais c est ainsi.On n est pas sorti du bois et des gaz a effet de serre.Comme dit M.Santerre "De la glace chaude avec ca." J-P.Grisé

  • Mario Labelle - Inscrit 10 novembre 2015 09 h 35

    Incroyable de lire ça...

    Est-ce que le ministre Pierre Arcand est sur la même planète que nous? Ça me désole de voir tout ces "pro pétrole" venir rire de nous en pleine face. À voir tout ce qui se passe ici (et ailleurs) que faut-il à ces gens pour "allumer"?

    Je ne suis qu'un simple citoyen (et pas le seul) qui essaie de voir clair.

    Je me le répète! Désolant toute cette "histoire".