Les experts demeurent sceptiques

Un peu plus de trois semaines avant le grand raout écologiste qui rassemblera 195 pays et plus de 20 000 personnes à Paris, les experts demeurent sceptiques quant aux objectifs de cet exercice sans précédent. C’est ce qui se dégageait d’une conférence d’experts organisée mercredi à Paris par l’Institut français des relations internationales (IFRI) à laquelle participaient des experts du GIEC ainsi que l’ancien secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, Yvo de Boer.

« Je suis d’un naturel très optimiste », dit celui qui est aujourd’hui directeur général du Global Green Growth Institute basé à Séoul. « Mais, si les objectifs nationaux annoncés par 146 pays sont impressionnants par leur nombre et leur étendue, ils ne le sont pas par leur profondeur. Ils manquent vraiment d’envergure. […] C’est la triste réalité. »

Au cours de ce sommet, qui s’ouvrira le 30 novembre, De Boer propose en souriant de « mettre les chefs d’État sur un bateau et de les laisser dériver au large » afin de laisser tout le monde travailler. L’expert a surtout peur qu’ils s’entendent à l’ouverture de la conférence sur de grands objectifs difficiles à mesurer et qu’ils ne se préoccupent pas de la suite. « Or c’est dans les détails qui suivront que se jouera le succès de cette conférence », dit celui qui avait, dans les années 1990, aidé à préparer la position de l’Union européenne qui mena au protocole de Kyoto.

Même si les objectifs cumulés de chaque pays ne permettent pas actuellement de limiter le réchauffement climatique sous les 2 degrés (on parle plutôt de 2,7 degrés), Yvo de Boer estime qu’il n’y aura de progrès que si la COP21 parvient à établir un processus précis de révision des objectifs de chaque pays tous les cinq ans et si on arrive à lier l’argent fourni par les pays riches à des actions concrètes. « L’entreprise privée n’aime pas les processus trop complexes, dit-il. Si c’est le cas, elle risque de se désintéresser de la suite. » De Boer pense notamment qu’il faudrait réunir les entreprises par secteurs d’activité afin de leur fixer des objectifs concrets.

Entre 2,7 et 3,5 degrés

Les experts estiment de plus que la compilation des objectifs nationaux de réduction des gaz à effets de serre publiée le 1er novembre dernier n’est pas définitive. Selon le climatologue Jean de Jouzel, vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la limitation du réchauffement à 2,7 degrés (d’ici 2100) est « un scénario optimiste ». En réalité, dit-il, le cumul des objectifs nationaux donne un résultat entre 2,7 et 3,5 degrés. Ce sont particulièrement l’Inde et la Chine qui influenceront le résultat final, estime le climatologue. Rappelons que cette dernière est responsable de 25 % des émissions de gaz à effet de serre.

« Il est très difficile d’évaluer précisément où en seront la Chine et l’Inde en 2030, dit Jouzel. Cela dépendra de leur taux de croissance. Ça peut beaucoup varier. Il reste à ce niveau une grande marge d’imprévu et d’inconnu. »

Selon la spécialiste de l’IFRI, Carole Mathieu, l’objectif de 2 °C que s’était fixé la COP21 est pourtant essentiel. L’incertitude en ce qui concerne cet engagement, écrit-elle, « est un frein majeur aux investissements dans les technologies non productrices de carbone » qui exigent des investissements massifs et à long terme.

L’engagement de la Chine

Lors d’un voyage éclair la semaine dernière, François Hollande a obtenu l’appui de la Chine en faveur d’une clause de révision tous les cinq ans des objectifs nationaux. Directeur de la section Europe de l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité, Oliver Geden souligne que la déclaration ne dit pas si cette révision quinquennale se fera à la hausse ou à la baisse. Selon de Boer, le réchauffement climatique compte pour peu aujourd’hui en Chine dans les efforts que fait le pays en matière d’environnement. « Les Chinois sont beaucoup plus motivés par la qualité de l’air, de l’eau et la lutte en général contre la pollution que contre le réchauffement climatique. »

Même s’il admet que la COP21 marquera une étape importante, il croit que celle-ci ne devrait pas s’intéresser qu’aux pays et aux entreprises qui émettent des gaz à effet de serre. « Nous avons fait une grosse erreur en ne nous intéressant qu’aux pollueurs et non pas à ceux qui consomment ces produits polluants. »

8 commentaires
  • Guy Lafond - Inscrit 5 novembre 2015 06 h 48

    Aux consommateurs de produits polluants:


    Yvo de Boer vous (nous) pointe.

    C'est urgent! Il vous (nous) faut maintenant rebâtir une nouvelle conscience collective compatible avec les limites de cette planète. Une conscience qui tolère de moins en moins des véhicules qui fonctionnent uniquement aux énergies fossiles.

    Vous prenez votre Audi, votre cadillac ou votre Ford F-150 pour aller acheter un carton de cigarettes au dépanneur du coin? Et vous dites que vous êtes inquiets quand l'Alberta augmente l'exploitation des sables bitumineux?

    ET bien vous ne pouvez plus rejeter le blâme sur des gouvernements ou des entreprises. Il vous faut vous aussi mettre l'épaule à la roue et changer rapidement vos habitudes de vie de manière à contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

    À tous ces consommateurs et consommatrices qui ont trois ou quatre véhicules devant leur garage, vous pourriez pas s.v.p. faire un petit effort?

    Merci,

    :-)

    • Jean-Marc Tremblay - Abonné 5 novembre 2015 10 h 07


      Voilà bien le défi: changer nos habitudes de vie (face à une menace réelle mais tellement distante que trop peu d'entre nous sommes près à faire des sacrifices). Seulement des lois et mesures gouvernementales strictes et contraignantes pourront nous forcer à changer. Souhaitons-nous (mais surtout aux générations futures) bonne chance... :-(

    • Daniel Bérubé - Abonné 5 novembre 2015 21 h 43

      Vous allez sans doute rire, mais si je vous disais que je vois entre autre la richesse avoir un lien dans les émissions de GES.

      L'écart riche / pauvre s'agrandissant, la "haute classe" se retrouve avec des possibilité de dépenser dans tout ce qui lui plaît... souvent le salarié moyen trouvera dispendieux de se payer une moto-marine, ou une moto-neige; de même, les avions sont reconnus comme étant aussi très polluant, encore ici celui ou celle à l'aise financièrement aimera bien aller passer une semaine dans le sud aux fêtes, et seront plus enclins aux véhicules même énergivores, car ce n'est pas le coupon de caisse à la station service qui les énervera...

      Il sera beaucoup plus difficile pour le bas salarié de se payer de telles choses, car un coup l'essentiel payé, ce qui reste n'est pas épais... Oh ! j'ai entendu une fois parler d'une personne sur la sécurité du revenu qui était allé dans le sud... mais je ne serais pas surpris que ça vienne d'une certaine station radio de Québec, car c'est leur spécialité.

      Alors je suis proté a croire que réduire l'écart richesse / pauvreté serait quelque chose qui pourait influencer, et il faudrait de plus avoir un contexte de taxatiion variable, c.à.d. que l'essence utilisé pour le luxe, le plaisir soit surtaxé, comme d'ailleur toute forme de matériel de style "utilisez/jetez" (briquet Bic par exemple). Mais... où est la logique de taxer de façon égale un produit vert et un autre polluant ?! Ceci abaisserait le prix des produits verts et inciterait plus la population à les utiliser. Comme le disait un lecteur plus haut, il faut tout aller chercher, même dans les détails !

  • René Pigeon - Abonné 5 novembre 2015 11 h 27

    La faim et les gaz à effet de serre, l’offre et la demande

    Les deux reportages suivants traitent de sujets distincts – la faim et les gaz à effet de serre – mais ils ont un principe et un message en commun. Tous deux se terminent en disant aux citoyens et aux décideurs qu’ils concentrent trop de leur attention et de leurs revendications – sur la production des aliments (l’augmenter) et sur la production des carburants fossiles (la réduire, et de même pour le béton) – alors que nous devrions porter plus d’attention aux facteurs qui touchent la demande de ces produits chez les consommateurs, nos achats des produits visés – c.-à-d. le manque de revenus chez les gens pauvres qui cause la faim et la décision d’acheter ou non un produit (un carburant fossile et le béton) qui engendre des émissions polluantes. Dans le cas des béton et carburants, il faut admettre que l’origine de ces produits n’est pas déclarée comme la loi l’exige pour les ingrédients composants les aliments et cosmétiques sur l’étiquette des produits vendus en magasin.
    PERSPECTIVES Du froid sur le réchauffement 5 novembre 2015 | Gérard Bérubé ;
    COP21 - Les experts demeurent sceptiques - 5 novembre | Christian Rioux.

  • Yves Corbeil - Inscrit 5 novembre 2015 12 h 24

    Les changements climatiques

    Oui les grandes lignes par les gouvernements, oui les oligarchies doivent être mise au pas mais chaque citoyen de la terre doivent modifié leur façon de vivre et de consommer car il n'y aura rien qui changera.

    7 milliards et quelques humains ça peu faire baisser la température bien plus vite que 150 quelques pays avec de bonnes intentions mais des convictions économiques qui vont dans le sens contraire.

  • Richard Bérubé - Inscrit 6 novembre 2015 06 h 55

    Nouvel mini ère glaciaire comme dans les années 1600 en Europe!

    L'augmentation de la température serait peut-être due à la venue d'un nouvel mini ère glacière qui se caractérise par l'augmentation temporaire de la température avant le commencement de cette période glaciaire...c'est une remarque explicative qui circule dans le monde présentement...très divergente de la follie collective des changements climatiques résultant des activités humaines reliées au carbon....matière à réflection et oui je sais tout le monde va me taper sur la tête, et i don't care...car je n'embarque pas dans cette supercherie....quand est-il des activités solaires pour la planète...

    • Anne Sarrasin - Abonnée 7 novembre 2015 19 h 13

      Monsieur, je pourrais arriver, avec de la volonté, à modifier mes comportements pour contribuer à sauver la planète que je lèguerai à mon fils. Mais votre aveulement volontaire, malheureusement, me parait impossible à modifier.

  • Raymond Lutz - Inscrit 6 novembre 2015 08 h 14

    La chine responsable de 25%

    de la présence des GES dans l'atmosphère ? C'est à cause de l'Inde et la Chine que nous sommes à 400 ppm? Non: les pays industrialisés sont responsables.