Les changements climatiques à l'agenda de la nouvelle ministre de l'Environnement

La nouvelle ministre libérale de l’Environnement, Catherine McKenna, sera aussi ministre des « changements climatiques », une première dans l’histoire canadienne. Un ajout qui suscite un certain espoir chez les groupes environnementaux, après dix années d’inaction dans le domaine climatique. Mais les attentes sont grandes.

Mme McKenna, députée d’Ottawa-Centre, est avocate de formation. Elle a co-fondée l’association Avocats canadiens à l’étranger, un organisme caritatif basé à l’Université d’Ottawa. Jusqu’à tout récemment, elle était également la directrice exécutive du Banff Forum, une organisation qui analyse les enjeux des politiques publiques canadiennes.

La nouvelle ministre du premier cabinet de Justin Trudeau a enseigné un cours à la Munk School of Global Affairs et siège au conseil d’administration du Centre Trudeau pour la paix et la résolution des conflits. Elle a également travaillé au Timor oriental et en Indonésie à titre de conseillère juridique pour l’ONU.

Changements climatiques

Mme McKenna est la première ministre fédérale de l’Environnement à avoir clairement un mandat lié aux changements climatiques, comme l’indique le changement de nom du ministère.

Il s’agit là d’une bonne nouvelle, selon le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault. « Cet ajout nous indique que les changements climatiques seront une priorité pour la ministre, ce qui est une bonne nouvelle, surtout à quelques jours du sommet de Paris. »

« Les titres ne sont pas anodins et c’est pour cela que nous espérons que la nomination d’une ministre de l’Environnement et des Changements climatiques signifie que le gouvernement fédéral est enfin prêt à prendre les mesures nécessaires pour assurer la protection du climat », a souligné pour sa part Patrick Bonin, responsable de Ia campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada.

Retard à rattraper

Au-delà des mots, M. Guilbeault souligne que le gouvernement Trudeau aura fort à faire pour « rattraper tout le retard pris depuis 10 ans », sous le régime de Stephen Harper. « On ne peut pas rattraper le temps perdu en seulement quelques semaines. Mais le gouvernement pourra donner un signal clair à Paris, surtout que Justin Trudeau a promis que le Canada fera sa juste part dans la lutte contre les changements climatiques. »

Selon lui, le Canada devra rapidement se doter d’un plan climatique pour la décennie à venir, et notamment bonifier la cible canadienne pour 2030. Un tel chantier devrait impliquer plusieurs ministères, dont ceux des Transports et des Ressources naturelles.

M. Bonin estime en outre que Catherine McKenna « jouera un rôle crucial pour mener à bien la transition du Canada vers une économie basée à 100 % sur les énergies renouvelables d’ici 2050 ».

En campagne électorale, Justin Trudeau s’est notamment engagé à mettre sur pied un « Fonds pour une économie à faibles émissions de carbone », qui devrait être financé à hauteur de deux milliards de dollars au cours des quatre prochaines années. Des investissements de 100 millions de dollars de plus sont également prévus pour « la production de technologies vertes ».

Freiner le pétrole

Selon Équiterre et Greenpeace, le gouvernement Trudeau devra aussi remettre en question la croissance de la production pétrolière dans l’Ouest du pays. À elle seule, l’Alberta est responsable de 73 % de la hausse des émissions canadiennes de gaz à effet de serre depuis 1990.

« On a longtemps dit, à Ottawa, que la croissance la production des sables bitumineux ne pouvait être stoppée ou restreinte, rappelle Steven Guilbeault. Mais le nouveau gouvernement a une opportunité à saisir, notamment pour diversifier l’économie. Car si on permet l’expansion des sables bitumineux, soit nous ne sommes pas sérieux dans la lutte contre les changements climatiques, soit d’autres secteurs seront sérieusement pénalisés. »

Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, s’était toutefois porté à la défense de l’exploitation du pétrole des sables bitumineux l’été dernier. Il avait également défendu le transport de pétrole par pipeline.

Greenpeace a par ailleurs salué la nomination de l’experte climatique et membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), Kristy Duncan, en tant que ministre des Sciences. Tout un changement par rapport à l’ancien ministre conservateur Gary Goodyear, qui avait déjà refusé de dire s’il croyait en la théorie de l’évolution.

Les libéraux ont d’ailleurs promis de rétablir le financement annuel pour la recherche sur l’eau douce, de remettre en place des mesures de protection des eaux navigables et d’« imposer des évaluations environnementales plus rigoureuses et crédibles avant tout projet qui pourrait avoir des répercussions sur nos plans d’eau douce et nos océans ». Même les espèces en péril devraient en théorie bénéficier d’efforts accrus de protection, notamment en ce qui a trait à la désignation de leur habitat essentiel.

Le Devoir

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