Centrale thermique du Suroît - Les ingénieurs d'Hydro-Québec condamnent les intentions de leur employeur

Les ingénieurs d'Hydro-Québec, qui prennent rarement position dans des dossiers controversés, ont rejoint hier les scientifiques d'Hydro-Québec dans le mouvement d'opposition à la centrale thermique du Suroît en demandant à la société d'État de «reconsidérer sa décision de construire» cet équipement qui «n'a absolument pas sa raison d'être et (...) va complètement à l'encontre du bon sens environnemental et économique».

C'est ce matin que débutent à Québec les travaux de la commission parlementaire de l'Économie et du Travail, qui analysera le Plan stratégique 2004-08 d'Hydro. De leur côté, cinq groupes écologistes (UQCN, RNCREQ, AQLPA, Amis de la Terre et Fondation Rivières) dénonçaient, en conférence de presse à Québec, la décision des parlementaires de ne pas entendre les représentants de la société civile, dont les environnementalistes. Ces derniers ont donc remis aux médias les six pages de questions qu'ils auraient adressées à Hydro-Québec si la commission n'avait pas décidé d'exclure tout son de cloche discordant sur les projets hydroquébécois et gouvernementaux en énergie.

Pour le président du Syndicat professionnel des ingénieurs d'Hydro, Ramzi Chahine: «Nous nous inscrivons en faux devant le projet de construire une centrale thermique à Beauharnois plutôt que de poursuivre le développement du potentiel hydroélectrique du Québec» grâce à l'expertise québécoise en ce domaine.

De son côté, l'Association de l'industrie électrique du Québec (AIEQ) se démarquait légèrement du traditionnel discours prohydroélectrique en appuyant la réalisation des deux projets de parcs éoliens de 54 MW des monts Miller et Cooper à Murdochville, présentement devant le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). Malgré sa priorité à l'hydroélectrique, l'AIEQ précisait que le gouvernement devrait amorcer un changement de stratégie: «Compte tenu des ressources du Québec, affirmait le président de l'AIEQ, Gaétan Thibault, l'énergie éolienne vient en tête de liste» dans un portefeuille de production québécois mis à jour. L'éolien, précise-t-il, constitue une utilisation rationnelle d'une précieuse énergie renouvelable car la technologie a atteint sa maturité et parce que le public l'accepte massivement en raison de ses faibles impacts environnementaux. Les gouvernements, ajoute M. Thibault, ne doivent pas hésiter à soutenir le développement de l'éolien, notamment parce que cela développera une expertise québécoise additionnelle en matière d'énergie à l'heure où se dessine un marché international majeur.

Quant aux groupes environnementaux, en conférence de presse à Québec, ils ont affirmé que le bâillon qui leur est imposé est d'autant plus inapproprié qu'Hydro et le gouvernement vont accélérer la production thermique ainsi que l'exploration et l'exploitation éventuelle de nouveaux gisements gaziers dans le Saint-Laurent. Ces projets, et en particulier celui du Suroît qui sert de charrue à un bloc de production thermique de plus de 2000 MW d'ici cinq ans, sont «en contradiction totale avec l'engagement gouvernemental en faveur du Protocole de Kyoto» et les principes et priorités de la Politique québécoise sur l'énergie.

À voir en vidéo