Heurtel refuse de lancer une étude indépendante sur le transport de pétrole

Québec persiste et signe. David Heurtel a de nouveau refusé vendredi de lancer une étude indépendante sur le transport de pétrole par train, malgré les nombreuses demandes en ce sens, notamment de la Ville de Montréal. Le ministre de l’Environnement n’a pas non plus voulu dire si le gouvernement Couillard serait en mesure de s’opposer au passage sur le territoire québécois des convois pétroliers vers Belledune.

De passage à Montréal pour annoncer un financement public à Ouranos pour la recherche sur les changements climatiques, le ministre Heurtel a répété que le gouvernement compte « étudier sérieusement la question du transport et de la sécurité du transport » de pétrole au Québec.

Cet enjeu particulièrement sensible depuis la tragédie de Lac-Mégantic sera traité dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique (EES) sur les hydrocarbures, a-t-il ajouté. « La sécurité des citoyens du Québec est une de nos priorités, tout comme la protection de l’environnement. Et l’EES se penche sur ces enjeux. »

Selon ce qu’a précisé David Heurtel, le gouvernement compte obtenir « l’ensemble des informations » sur les questions de transport d’énergies fossiles dans le cadre de l’EES qui doit être complétée d’ici la fin de 2015. Pas question, donc, de mandater le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour qu’il mène une enquête indépendante sur le transport de brut par train, comme par exemple pour le projet de convois ferroviaires vers Belledune, au Nouveau-Brunswick.

Convois quotidiens

La controverse autour du projet de Belledune a pourtant grandi significativement au cours des derniers mois. Montréal, Rimouski et plusieurs groupes citoyens exigent maintenant une étude du BAPE. Quant à la MRC de la Matapédia, elle s’oppose carrément au projet de transport sur son territoire, en direction du futur port d’exportation.

Les communautés micmaques de la Gaspésie ont aussi déposé l’été dernier une poursuite contre le Nouveau-Brunswick, mais aussi contre la compagnie Chaleur Terminals. Leur objectif est d’empêcher le transport ferroviaire de pétrole des sables bitumineux vers Belledune.

Il faut dire que le projet de l’entreprise Chaleur Terminals, filiale d’une société albertaine, entraînera une hausse marquée du transport de pétrole par train au Québec. Dès 2017, deux convois de 110 wagons chacun sillonneront chaque jour le sud de la province pour se rendre à un port situé au Nouveau-Brunswick. C’est trois fois le nombre de wagons que comptait le train qui a déraillé et explosé en 2013 à Lac-Mégantic. Ces trains transporteront 160 000 barils de brut par jour, soit 60 millions par année.

Les convois traverseront le coeur de plusieurs municipalités et des zones résidentielles à Dorval, à Montréal, à Saint-Bruno-de-Montarville, à Saint-Hyacinthe, à Drummondville, à Lévis, à Rivière-du-Loup et à Rimouski, entre autres.

Dernier mot à Ottawa?

Si le Québec en venait à dire non au passage des convois du projet de Belledune sur son territoire, pourrait-il les empêcher de circuler dans la province ? Après tout, les voies du CN qui seraient utilisées par les convois pétroliers sont de juridiction fédérale.

Le ministre Heurtel a refusé de se prononcer sur cette question. « On doit regarder l’ensemble de la question d’un point de vue environnemental. C’est ce qu’on fait avec l’EES », s’est-il contenté de répéter. « Les lois environnementales du Québec vont s’appliquer et nous allons nous assurer de leur respect », a-t-il ajouté.

Chose certaine, Chaleur Terminals juge clairement que la question du transport est de compétence fédérale. « Le transport ferroviaire est la responsabilité du CN et est réglementé par le gouvernement fédéral », a déjà répondu l’entreprise dans un courriel envoyé au Devoir.

Chaleur Terminals a toutefois inscrit deux lobbyistes au registre québécois en lien avec son projet de Belledune. Leur mandat comprend des démarches en vue d’inciter « les différents titulaires de charge publique à adopter une orientation […] pour une meilleure acceptabilité sociale du projet ».

Déraillement à Montréal jeudi : le SPVM ouvre une enquête

Le Service de police du Canadien Pacifique (SPCP) et le Service de police de la Ville de Montréal ont annoncé vendredi qu’ils lançaient une enquête criminelle mixte, à la suite du déraillement du convoi de wagons survenu jeudi en plein cœur de la métropole. « Les résultats de l’enquête préliminaire du SPCP indiquent que les wagons auraient pu être manipulés, ce qui aurait entraîné leur mouvement », a fait valoir le porte-parole du Canadien Pacifique, Martin Cej, par voie de courriel. « Les wagons, qui se trouvaient à cet endroit depuis décembre 2014, étaient garés correctement, conformément aux règlements de Transports Canada », selon la compagnie ferroviaire. Or, cinq d’entre eux ont déraillé jeudi matin, près du triage Hochelaga. L’un d’entre eux a même heurté un immeuble résidentiel situé près de la voie ferrée. Le Bureau de la sécurité des transports a aussi ouvert jeudi une enquête. Selon un inspecteur cité vendredi par Radio-Canada, le nombre de freins à main appliqués sur les wagons du convoi était insuffisant pour empêcher le train de partir à la dérive.


À voir en vidéo