Pas d’étude sur le pétrole par train

Un important déraillement est survenu jeudi dans l’est de Montréal. Les wagons étaient vides au moment de l’incident.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Un important déraillement est survenu jeudi dans l’est de Montréal. Les wagons étaient vides au moment de l’incident.

Le déraillement survenu jeudi en plein coeur de Montréal ravive les inquiétudes sur les risques du transport par train, notamment en ce qui a trait aux convois pétroliers qui traverseront bientôt l’île, en direction de Belledune, au Nouveau-Brunswick. Mais malgré les demandes répétées de plusieurs municipalités, dont Montréal, le gouvernement Couillard n’entend pas mandater le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement pour qu’il étudie cet important projet d’exportation de pétrole albertain.

Selon ce qu’a confirmé jeudi au Devoir le cabinet du ministre de l’Environnement David Heurtel, le gouvernement compte évaluer tout le dossier du transport de pétrole, dont le projet de Belledune, dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique (EES) de l’ensemble de la filière des énergies fossiles.

« Notre gouvernement a annoncé le 30 mai 2014, dans le cadre du plan d’action sur les hydrocarbures, une évaluation environnementale stratégique globale sur les hydrocarbures. Cette évaluation portera sur l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures, et un de ses cinq chantiers se penchera sur le volet du transport », a fait valoir l’attaché de presse du ministre, Guillaume Bérubé, par courriel.

Le gouvernement a commandé un total de 64 études dans le cadre de cette EES, dont 5 dans le cadre du volet portant sur le transport. Or, l’étude qui devait « dresser un état de situation des mesures de contrôle et de suivi du gouvernement du Québec » pour le transport de pétrole brut par train a été « annulée », selon ce qu’on peut lire sur le site gouvernemental consacré à l’EES.

Une autre étude portant sur le « transport intermodal » d’hydrocarbures, « le type des accidents associés à cette activité » et l’analyse de « l’encadrement légal et réglementaire » de cette industrie n’était toujours pas disponible jeudi soir. Les consultations publiques de l’EES débutent dans 18 jours.

Vives inquiétudes

Si les travaux de l’EES ne permettent donc pas présentement d’évaluer les risques associés au projet de Belledune, les inquiétudes sont quant à elles très vives et touchent plusieurs régions du Québec.

Il faut dire que le projet de l’entreprise Chaleur Terminals, filiale d’une société albertaine, entraînera une hausse marquée du transport de pétrole par train au Québec. Dès 2017, deux convois de 110 wagons chacun sillonneront chaque jour le sud de la province pour se rendre à un port situé au Nouveau-Brunswick. C’est trois fois le nombre de wagons que comptait le train qui a déraillé et explosé en 2013 à Lac-Mégantic. Ces trains transporteront 160 000 barils de brut par jour, soit 60 millions par année.

Les convois traverseront le coeur de plusieurs municipalités et des zones résidentielles à Dorval, à Montréal, à Saint-Bruno-de-Montarville, à Saint-Hyacinthe, à Drummondville, à Lévis, à Rivière-du-Loup et à Rimouski, entre autres. Plusieurs municipalités, dont Rimouski, ont d’ailleurs adopté des résolutions pour manifester leurs craintes par rapport à ce projet.

Montréal a emboîté le pas, lundi, en adoptant une résolution présentée par Projet Montréal et qui demande au gouvernement du Québec de mandater le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour étudier le projet de Belledune. La Ville souhaite notamment qu’une « analyse » soit menée sur les « voies de contournement possibles hors des centres urbains pour le transport de matières dangereuses ».

On exige entre-temps au fédéral d’imposer une « suspension » sur le transport de pétrole par train. Qui plus est, la résolution réclame de Transport Canada « des inspections régulières » sur le territoire montréalais.

Coderre veut des réponses

Une demande réitérée jeudi par le maire Denis Coderre, qui s’est rendu sur les lieux du déraillement de train survenu à la limite ouest du quartier Hochelaga-Maisonneuve, près de la rue Ontario.

Soulignant que les Montréalais ont été « chanceux », puisque le train ne transportait rien au moment du déraillement, M. Coderre a tout de même précisé que « chaque petit incident est un incident de trop ». « On veut savoir ce qui s’est passé », a-t-il insisté en point de presse. Le maire a également fait savoir qu’il réclamera une rencontre avec le futur ministre fédéral des Transports pour discuter de la question de la sécurité du transport ferroviaire.

Le Canadien Pacifique a indiqué par courriel que le déraillement n’a fait aucun blessé. Un wagon a tout même quitté carrément la voie ferrée pour aller heurter un immeuble résidentiel situé tout près des rails. En soirée, la compagnie s’apprêtait à retirer les wagons qui ont déraillé. Une enquête du Bureau de la sécurité des transports a aussi été ouverte pour tenter de déterminer la cause du déraillement, qui a impliqué plusieurs wagons dans un secteur où le trafic ferroviaire est relativement dense.

Un total de trois déraillements sont par ailleurs survenus dans le sud-ouest de Montréal depuis 2011. C’est dans ce secteur à forte densité de population que doivent passer les convois qui se dirigeront vers Belledune, sur des voies du CN.

Pour la porte-parole péquiste en matière de transports, Martine Ouellet, il faut donc mandater le BAPE pour étudier « ce projet insensé et totalement inutile pour les Québécois ». Selon elle, l’EES ne permettra pas de mener une véritable étude du projet. Elle a notamment souligné que, contrairement au BAPE, l’EES n’a pas d’« encadrement formel » et « indépendant » du gouvernement. L’EES sur les hydrocarbures est coprésidée par deux sous-ministres du gouvernement Couillard.

Chaleur Terminals a inscrit deux lobbyistes en lien avec le projet de Belledune. Leur mandat comprend des démarches en vue d’inciter « les différents titulaires de charge publique à adopter une orientation […] pour une meilleure acceptabilité sociale du projet ».

17 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 30 octobre 2015 06 h 36

    Ce qui me dépasse...

    C'est que le député qui a été élu à Mégantic est un conservateur.

    • Emmanuel Lyng-Sabatier - Inscrit 30 octobre 2015 08 h 25

      Tu penses qu'un libéral ou démocrate défendrait mieux le Québec.
      La vérité c'est que tout le monde s'en fout du Québec, seuls ses ressources les intéressent et le profit. L'être humain passera toujours en dernier dans un système capitaliste.

      Même si un jour, un convoi ou pipeline raye une ville du Québec de la carte, rien ne changera c'est l'intérêt commun qui passe avant tout.

    • Maryse Habel - Abonnée 30 octobre 2015 11 h 04

      Dans le compté de Mégantic-L'Érable mais ne le serait pas à Lac-Mégantic même.

    • Robert Beaulieu - Abonné 30 octobre 2015 11 h 44

      J'ai été ''dépassé'' moi aussi en l'apprenant. J'ai de la difficulté à vérifier la véracité des affirmations suivantes. On me dit que le niveau de scolarité est en dessous de la moyenne et que le taux de participation aux élections est faible dans cette région...

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2015 15 h 15

      Faudrait voir pour qui les gens de Lac-Mégantic ont voté. Dans les résultats bureau par bureau.

  • Yves Corbeil - Inscrit 30 octobre 2015 07 h 40

    Combien de temps encore

    Oui pendant encore combien de temps on va continué à jouer avec la vie des gens. Tout simplement impensable que des convois traversent les zones urbaines journalièrement en pensant qu'il n'y aura pas d'accident. C'est inévitable à la fréquence que ce sera, qu'espèrent-ils le moins de dommages possible et pas trop de morts. Je ne comprends pas que l'argent dérange le cerveau des gens à ce point.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 30 octobre 2015 09 h 46

      Parfaitement d'accord avec vous ...La vie n'a plus d'importance...Seul l'argent compte...Ceux qui nous gouvernent, politiciens, financiers, pétroliers, oligarques et autres gens égoistement imbues d'eux-mêmes nous préparent un beau cul-de-sac humanitaire, une apocalypse annoncée...

    • Daniel Bérubé - Inscrit 30 octobre 2015 11 h 35

      L'argent que procure ces marchés vient plus que souvent affecter profondément le fonctionnement d'une conscience, d'une morale ou d'une éthique...

      Il fut décidé à une certaine époque, de laisser libre court aux marchés, que c'était eux qui savaient et répondraient à tous les besoins des populations, et... nous voyons où ça mène !

  • François Dugal - Inscrit 30 octobre 2015 08 h 46

    Pas d'études

    Il n'y aura pas d'études sur le train parce que cela nuit aux "vraies affaires", pour lesquelles nous avons librement voté, faut-il le rappeler.

  • P. Raymond - Inscrit 30 octobre 2015 08 h 58

    Joies et avantages de la dépendance

    Il est bien connu et amplement prouvé que la dépendance finit par coûter très cher. Il est aussi assez ironique d’entendre tous ces maires qui n’en finissent plus d’afficher leur dépendance canadienne avec leurs drapeaux de la colonie bien en vue devant leurs mairies faire semblant de s’insurger devant les décisions en provenance de compagnies albertaines.

    Fédéralistes, allez-vous finir par vous lever vraiment pour la défense de vos concitoyens et de votre territoire un de ces jours? Un de ces jours allez-vous finir par comprendre que la dépendance, toute dépendance est néfaste et dangereuse pour notre environnement, pour votre environnement et vos concitoyens?
    Combien de Lac-Mégantic est-ce que ça va prendre pour allumer vos lumières?

    • Yves Corbeil - Inscrit 30 octobre 2015 12 h 05

      Vous savez quoi, de grandes villes sont disparus suite à un grand feu, Chicago, Québec... Donc quand une ville comme Montréal disparaitra, ils ne prendront plus aucune chance et ils procèderont à une expropriation systématique de tous ceux qui demeurent en bordure des chemins de fer. Ça va être comme Malartic, on s'habitue, les gens trouvent ça beau le gros trou et ça a crée de la job de bouger tout ça. Faut voir le positif, c'est ça le capitaliste.

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2015 15 h 16

      Montréal aussi a brûlé. Au XVIIe siècle, je crois.

  • Marie-Josée Blondin - Inscrite 30 octobre 2015 09 h 16

    La jungle des convois pétroliers

    Ceux qui nous gouvernent à Québec, sont-ils des baudruches, des inconscients, des incompétents ou des irresponsables?

    Notre gouvernement provincial, inféodé aux pétrolières, délaisse ses responsabilités en se foutant des populations qui vivent près des voies ferrées. L’environnement et la vie humaine, sont-ils à ce point des valeurs négligeables pour le gouvernement Couillard qui, apparemment, s’en lave les mains, au grand dam des municipalités qui réclament, entre autres, des voies de contournement dans les zones habitées pour le transport de matières dangereuses, et de l’information détaillée sur ce qui circule en temps réel dans ces wagons sur leurs territoires.

    Quant à l’acceptabilité sociale du transport pétrolier et les efforts des lobbys pétroliers en ce sens, on connaît la réponse: la population est foncièrement opposée à l’exploitation et au transport du pétrole et du gaz de schiste. Mais le gouvernement fait la sourde oreille! Il "travaille" pour les pétrolières, non pas pour ses citoyens. Vive les énergies propres et renouvelables!

    • Nicole D. Sévigny - Inscrite 1 novembre 2015 11 h 27

      "Ceux qui nous gouvernent à Québec, sont-ils des baudruches, des inconscients, des incompétents ou des irresponsable? " La réponse: Tout ça ensemble et plus....

      car il faut ajouter ceux de nos "con-citoyens" qui ont voté pour ce gouvernement... Couillard et Cie...le 7 avril 2014.