L’ONU presse le Canada d'agir pour le climat

Non seulement le gouvernement Harper a délaissé le Protocole de Kyoto après qu’il eut été ratifié par le Canada, mais il n’a jamais entrepris d’actions concrètes pour respecter la cible de réduction des émissions de gaz à effet serre moins ambitieuse fixée par la suite.
Photo: Daniel Barnes / Getty Images Non seulement le gouvernement Harper a délaissé le Protocole de Kyoto après qu’il eut été ratifié par le Canada, mais il n’a jamais entrepris d’actions concrètes pour respecter la cible de réduction des émissions de gaz à effet serre moins ambitieuse fixée par la suite.

Après des années d’inaction de la part du Canada en matière de changements climatiques, les Nations unies espèrent que le gouvernement Trudeau jouera un rôle plus actif en vue d’un accord à Paris, en décembre. Les libéraux n’ont toutefois pas fixé de cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre, même si une telle cible constitue la base des négociations en cours.

« Le Canada fait partie du Groupe des sept et à ce titre, il a un rôle particulier à jouer pour donner une impulsion sur les questions de changement climatique », a souligné mardi le porte-parole adjoint de l’ONU, Farhan Haq, s’exprimant au nom du secrétaire général Ban Ki-moon.

« Le secrétaire général, espère et souhaite que la Canada joue ce rôle, et qu’il joue en particulier un rôle très utile et décisif dans la conférence [climatique de Paris] en décembre », a-t-il ajouté.

Pour les Nations unies, il semble donc que le passage d’un gouvernement conservateur à un gouvernement libéral à Ottawa pourrait modifier l’approche canadienne dans le dossier climatique.

Il faut dire que l’inaction du gouvernement Harper a déplu à la communauté internationale au cours des dernières années. Non seulement il a délaissé le Protocole de Kyoto après qu’il eut été ratifié par le Canada, mais il n’a jamais entrepris d’actions concrètes pour respecter la cible de réduction des émissions de gaz à effet serre (GES) moins ambitieuse fixée par la suite.

Critiques

L’exaspération était telle que même Ban Ki-moon a senti le besoin, en décembre 2014, de rappeler Ottawa à l’ordre. « J’exhorte le Canada à être porteur de plus grandes ambitions, à être plus visionnaire pour l’avenir de la planète », avait-il insisté, en entrevue à la CBC.

« Les pays qui produisent des énergies fossiles sont en train de trouver de nouvelles manières de réduire leurs émissions. Le Canada pourrait être un meneur de ce mouvement. Je compte sur le leadership du premier ministre Stephen Harper », avait aussi souligné le secrétaire général des Nations unies.

En entrevue au Devoir, la secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, Christiana Figueres, avait quant à elle demandé carrément à Ottawa de se détourner des énergies fossiles. « Il y a assez d’analyses et de preuves scientifiques qui démontrent les risques de poursuivre les investissements dans les énergies fossiles. Vous devez donc décider si vous voulez vous situer du bon côté de l’histoire et du bon côté de la logique économique. »

 

Quel virage?

Est-ce que le gouvernement Trudeau répondra aux attentes de la communauté internationale en matière de lutte contre les changements climatiques ? En campagne électorale, le Parti libéral a refusé de fixer une cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour les prochaines années. Ce ne sera visiblement pas fait cas avant le sommet de Paris, qui s’ouvre dans 40 jours. Quelque 150 États, représentant 80 % des émissions de GES de la planète, ont déjà fait connaître leurs objectifs.

Le chef libéral a toutefois promis plus tôt cette année « la création d’objectifs nationaux de réduction des émissions » de GES. Cette cible sera élaborée « à partir des meilleures analyses économiques et scientifiques », a-t-il assuré, soulignant que l’idée était d’éviter un réchauffement global de plus de deux degrés au cours du siècle.

Sombre bilan

Concrètement, les libéraux héritent d’un bilan de GES qui ne cesse de se dégrader, principalement en raison de la croissance de la production d’énergies fossiles au Canada. Les conservateurs s’étaient en fait engagés à réduire de 17 % les émissions d’ici 2020, et ce, par rapport à 2005. Cela équivaudrait à émettre 611 mégatonnes (Mt).

Or, selon les plus récentes données d’Environnement Canada, les émissions de GES atteindront plutôt 726 Mt en 2020. Si le Canada avait respecté les objectifs de Kyoto, les émissions du pays ne dépasseraient pas les 490 Mt à la fin de la présente décennie.

La croissance doit d’ailleurs se poursuivre au cours des prochaines années, selon les prévisions inscrites dans les documents officiels du gouvernement. En raison de la croissance continue de la production des sables bitumineux, les émissions devraient être plus élevées de 11 % en 2030 par rapport à 2005.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) évalue que les émissions mondiales de GES doivent être réduites de 25 à 40 % sous les niveaux de 1990, d’ici 2020, si la planète veut mettre en oeuvre les moyens d’éviter les pires conséquences des bouleversements climatiques provoqués par l’activité humaine. À titre de comparaison, les émissions canadiennes ont augmenté de 18 % depuis 1990.

La communauté scientifique est d’avis qu’il faudrait limiter la hausse globale à 2 °C d’ici la fin du siècle, par rapport à l’ère préindustrielle. Pour y parvenir, il faudrait que l’humanité se donne un objectif de « zéro émission » de GES au plus tard en 2100.



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