Le projet Mine Arnaud a été bâclé, dénonce l’opposition

En plus des 854 millions d’investissements nécessaires pour Mine Arnaud, il faudrait construire un quai où serait chargé le concentré pour être exporté. <br />
Photo: Alexandre Shields Le Devoir En plus des 854 millions d’investissements nécessaires pour Mine Arnaud, il faudrait construire un quai où serait chargé le concentré pour être exporté. 

Le report annoncé du projet Mine Arnaud démontre la grande précarité financière d’un projet financé par des deniers publics et qui a profondément divisé la population de Sept-Îles, ont dénoncé vendredi le Parti québécois et la Coalition Québec meilleure mine. Cette dernière réclame d’ailleurs l’arrêt pur et simple du méga projet minier, dont le démarrage nécessiterait des investissements de plus de 850 millions de dollars.

« Le gouvernement du Québec doit admettre ses erreurs, mettre fin au projet et présenter ses excuses à l’ensemble de la population de Sept-Îles et aux Québécois, a souligné Ugo Lapointe, porte-parole de la Coalition Québec meilleure mine. Nous réclamons également une enquête publique afin de faire toute la lumière sur la façon dont a été géré le projet jusqu’au dérapage que l’on constate aujourd’hui. »

Le regroupement demande notamment à Investissement Québec de dévoiler l’entente signée avec l’entreprise norvégienne Yara International, son unique partenaire financier dans le projet. En théorie, Yara s’était engagée à acheter toute la production de la mine, en plus d’investir 120 millions de dollars dans le projet. Or, jeudi, Investissement Québec a annoncé que la multinationale a décidé de « limiter sa participation », sans donner plus de détails.

Qu’est-ce que cela signifie? « Yara nous a mentionné récemment son intention de ne pas réinvestir à court terme. Il n’y a aucun bris de contrat, car Yara demeure partenaire et souhaite toujours acheter une partie de la production », a répondu vendredi Investissement Québec aux questions du Devoir.

De son côté, le gouvernement du Québec a déjà injecté plus de 30 millions de dollars dans Mine Arnaud. Selon les informations financières rendues publiques par Québec, la participation maximale du gouvernement dans ce projet phare du Plan Nord libéral doit se chiffrer à 120 millions de dollars. Or, sept mois après l’annonce du feu vert gouvernemental, Investissement Québec n’a toujours pas trouvé de partenaire financier pour exploiter l’éventuelle mine à ciel ouvert. Qui plus est, au moins la moitié de la production n’a toujours pas trouvé preneur. Cela équivaut à 625 000 à 750 000 tonnes de concentré d’apatite chaque année.

Transparence réclamée

Le Parti québécois réclame lui aussi davantage de « transparence » dans ce dossier. « Jeudi, on apprenait que le projet est reporté. Le silence et l’inaction de ce gouvernement ont assez duré. Avec une participation de 62 % d’Investissement Québec dans le projet et plus de 30 millions d’argent public déjà engloutis, l’heure de la reddition de comptes a sonné », a affirmé vendredi la porte-parole du Parti québécois en matière de développement nordique, Lorraine Richard.

Investissement Québec avait justifié la rentabilité économique du projet en invoquant l’achat de l’intégralité de la production par Yara, a du même coup rappelé Mme Richard. « Maintenant, plus rien ne tient et de sérieuses questions émergent. Est-ce que le gouvernement peut déposer un plan d’affaires démontrant la rentabilité du projet ? Peut-il rendre publique l’entente signée entre Investissement Québec et son partenaire financier ? Comme le report du projet est maintenant confirmé, le gouvernement doit donner l’heure juste aux citoyens de Sept-Îles et du Québec à propos de la façon dont il a géré le dossier », a-t-elle fait valoir.

La Coalition avenir Québec a elle aussi critiqué la gestion du dossier Mine Arnaud par le gouvernement Couillard. « Une des pierres angulaires, un des projets les plus symboliques de la nouvelle mouture du Plan Nord, c’est Mine Arnaud. Le gouvernement libéral lui-même ne s’en est pas caché. Aujourd’hui, on constate que le premier ministre et son équipe économique ont fait inutilement monter les attentes. Ils ont semé de faux espoirs non seulement pour les gens de la Côte-Nord, mais pour le Québec tout entier. Que reste-t-il exactement du Plan Nord si son projet phare est à son point le plus bas ? », a questionné le député Claude Surprenant.

Incertitude et division

Fait à noter, la Banque mondiale entrevoit des années difficiles pour le marché du phosphate (l’apatite est composée de phosphate). Selon un rapport publié en juillet, les prix, actuellement situés à 110 $ la tonne, devraient poursuivre leur recul pour atteindre 90 $ la tonne en 2025. Or, selon Mine Arnaud, le seuil de rentabilité du projet se situerait à environ 120 $.

En plus des 854 millions d’investissements nécessaires pour la mine, il faudrait construire un quai où serait chargé le concentré pour être exporté. La société d’État dit examiner plusieurs scénarios à ce sujet, dont l’utilisation des anciennes installations de Cliffs. Impossible, pour le moment, de chiffrer les coûts.

Qui plus est, le projet divise les citoyens de Sept-Îles depuis déjà quelques années, rappelait jeudi le maire Réjean Porlier. Le gouvernement du Québec, qui a donné le feu vert au projet en mars, refuse toutefois d’aller rencontrer les citoyens pour répondre à leurs inquiétudes. Devant composer chaque jour avec la division dans la population, M. Porlier a en effet envoyé plusieurs demandes de rencontre au ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel. Toutes les demandes sont restées lettre morte.

Rappelons que le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement avait publié un rapport très sévère sur Mine Arnaud en février 2014. Le document relevait plusieurs lacunes touchant notamment les risques environnementaux et pour la santé publique, mais aussi la gestion des résidus miniers et même la viabilité économique du projet. Le rapport du BAPE constatait aussi « l’absence d’un consensus social et la polarisation de la population septilienne ».

Au cours de sa durée de vie, Mine Arnaud doit générer des centaines de millions de tonnes de résidus en raison de l’extraction du minerai d’une fosse qui atteindrait une longueur de 3700 mètres et une largeur de 800 mètres. Une butte-écran de plus de 40 mètres de hauteur serait aussi construite du côté sud de la fosse. Ce serait la plus grande mine à ciel ouvert à être exploitée en milieu habité au Québec.

2 commentaires
  • André Mainguy - Inscrit 16 octobre 2015 19 h 57

    Gestion inexplicable de l'équipe libérale avec Mine Arnaud

    Pourquoi des journalistes d'enquête du Journal de Montréal ont-ils fait pour apprendre que le parteanire Norvégien d'Investissements Québec ne s'était jamais engagé à acheter toute la production de mines Arnaud, et que cette même société avait été condamnée pour corruption en Indes et un autre pays, la Lybie, je crois ?

    Il ne faut pas des études spécialisées dans l'industrie minière pour voir qu'en ce moment, de nombreux pays sont en mesure de répondre à toute la demande en minerais, sauf quelques exceptions, parce que le minerai que l'on trouve au Québec se retrouvent ailleurs dans le monde.

    S'accrocher au Plan Nord comme s'il fallait absolument le réaliser, même si c'est économiquement déconseillé, laisse à penser que Philuippe couillard a peu ou pas appris de la courte période où il s'est lancé en affaires avec les Arthur Porter et Hans Peter Black.

    D'autre part, j'ai entendu quelque part, que le Prés. du Conseil du Trésor dire que tout était sur la table et que même Hydro-Québec pourrait être vendue pour 20 milliards, l'évaluation qu'en feraient les proches de la famille Desmarais.

    Si jamais il y a du sérieux à propos d'Hydro-Québec, il es temps de mettre le gouvernement couillard sous haute surveillance.

  • Bernard Terreault - Abonné 17 octobre 2015 10 h 06

    Des limites de l'interventionnisme gouvernemental

    Que le gouvernement nous donne un bon réseau d'éducation le plus gratuit possible, qu'il nous donne de bons soins de santé les plus gratuits possible, qu'il entretienne les routes et promeuve le transport collectif, qu'il aide les plus faibles, qu'il protège l'environnement, toutes choses que l'entreprise privée ne peut pas faire, voilà son rôle. Quant il se croit expert en développement économique, quand il distribue les subventions électoralistes, il se trompe.