Québec propose une cible ambitieuse de réduction des GES

Les plus récentes données sur les émissions québécoises de gaz à effet de serre précisent que celles-ci sont passées de 81,6 à 82,6 millions de tonnes entre 2012 et 2013.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les plus récentes données sur les émissions québécoises de gaz à effet de serre précisent que celles-ci sont passées de 81,6 à 82,6 millions de tonnes entre 2012 et 2013.

Affirmant que la lutte contre les changements climatiques est une «priorité» pour Québec, le gouvernement Couillard a annoncé jeudi qu’il espère réduire de 37,5 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la province d’ici 2030, par rapport à 1990. Cette cible, la plus ambitieuse au pays, devra toutefois être atteinte dans un contexte de développement de plusieurs projets liés aux énergies fossiles.

«Nous sommes résolument décidés à faire ce qu’il faut pour atteindre cette cible», a fait valoir le ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel, au cours d’un point de presse tenu à Québec. «On fera ce qu’il faut pour y arriver, parce que ce que nous faisons, nous le faisons pour les générations futures», a-t-il promis.

Le ministre Heurtel a reconnu que la cible «proposée» de 37,5 % est «ambitieuse», mais la lutte contre les bouleversements climatiques lui apparaît essentielle. «On vit déjà les impacts des changements climatiques», a-t-il rappelé en conférence de presse. « Les gaz à effet de serre ont un impact sur la santé des Québécois », a-t-il ajouté.

Occasions en vue

Selon lui, la transition vers une économie moins dépendante des énergies fossiles passe par une transformation du secteur des transports, responsable de 44 % des émissions de GES au Québec. Mais les changements qui s’imposent dans l’économie de la province devraient aussi déboucher sur des «occasions de développement», notamment pour le développement de nouvelles entreprises et de nouvelles technologies.

«Tout en se réjouissant de la cible proposée par Québec, nous allons tenter de convaincre le gouvernement du bien-fondé d’adopter une cible encore plus ambitieuse puisque la réduction de notre dépendance au pétrole engendrera de nombreux bénéfices pour le Québec comme l’émergence de l’économie verte, la réduction de la pollution atmosphérique, la réduction de notre déficit commercial, etc.», a réagi Steven Guilbeault, d’Équiterre, présent aux côtés du ministre Heurtel.

M. Guilbeault a aussi rappelé que le Québec s’est engagé à réduire, conjointement avec l’Ontario et la Californie, ses émissions de GES de 80-95 % d’ici 2050, sous les niveaux de 1990.

Pour le moment, les émissions du Québec ont connu une baisse d’environ 8 % depuis 1990. L’objectif est fixé à une baisse de 20 %, par rapport à 1990, d’ici 2020. Le gouvernement Couillard a d’ailleurs bon espoir d’y parvenir, notamment grâce au marché du carbone.

GES en hausse

Les plus récentes données sur les émissions québécoises de gaz à effet de serre précisent toutefois que celles-ci sont passées de 81,6 à 82,6 millions de tonnes entre 2012 et 2013. Ce chiffre est inscrit dans la communication nationale sur les changements climatiques, divulguée en avril dernier.

Ce rapport donne notamment des détails par secteur. On constate ainsi que le secteur minier a vu sa production de GES passer de 655 000 tonnes à 1,08 million de tonnes entre 2012 et 2013. Il s’agit d’un bond de 425 000 tonnes. Entre 2011 et 2013, période de boom minier au Québec, les GES de l’industrie ont connu une croissance de 594 000 tonnes.

Sans surprise, le secteur du transport occupe toujours une part très importante du bilan du Québec, avec des émissions moyennes de près de 35 millions de tonnes, et ce, depuis une décennie. Celles des alumineries avoisinent les six millions de tonnes, en légère baisse depuis quelques années.

Énergies fossiles

Plusieurs projets en développement au Québec pourraient en outre alourdir le bilan de GES du Québec au cours des prochaines années. Ainsi, le gouvernement Couillard a clairement démontré son intention d’ouvrir la porte à l’exploitation de gaz naturel et de pétrole au Québec.

Des projets sont déjà au stade d’exploration en Gaspésie, sur l’île d’Anticosti et dans le golfe du Saint-Laurent. Québec a aussi autorisé le projet de cimenterie de Port-Daniel, qui deviendra un important émetteur industriel de gaz à effet de serre.

« Le leadership démontré aujourd’hui risque d’être grandement miné si le gouvernement autorise des projets polluants comme les pipelines qui entraîneront une expansion massive de la production de pétrole issu des sables bitumineux ou du schiste », a d’ailleurs souligné jeudi Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace.

Dans le cas du projet Énergie Est, le gouvernement Couillard a déjà fait savoir qu’il ne tiendra pas compte des émissions résultant de l’exploitation du pétrole qui coulera dans le tuyau, à raison de 400 millions de barils par année.

 

5 commentaires
  • Bernard Plante - Abonné 17 septembre 2015 14 h 54

    Poudre aux yeux (encore et encore)

    Jean Charest a déjà affirmé à l'émission Infoman: «L'environnement, tu dis que c'est important puis après tu fais ce que tu as à faire». C'est exactement ce que font ici les libéraux. Ils nous disent que l'environnement est important alors qu'en parallèle ils font ce qu'ils ont à faire, soit des projets pétroliers et miniers.

    Selon les chiffres ci-dessus, à lui seul le secteur minier a vu sa production de GES augmenter de 122% en deux ans, une augmentation de plus de 60% par année! Et le plan Nord ne fait que commencer... Où en serons-nous dans dix ans? Certainement pas en diminution!

    Côté pétrolier, on n'évalue pas l'ensemble des impacts des projets pour être certain qu'ils se fassent.

    Une fois de plus, on nous prend pour des imbéciles à qui il suffit de chanter une chanson pour les faire danser.

  • Michel Handfield - Abonné 17 septembre 2015 16 h 11

    Voici le nouvel avis...

    que je placerai dans la vitre des voitures mal stationnées devant chez moi:

    Québec propose une cible ambitieuse de réduction des GES
    Le Devoir, 17 septembre 2015 13h29 |Alexandre Shields

    Des extraits de ce texte :

    Affirmant que la lutte contre les changements climatiques est une «priorité» pour Québec, le gouvernement Couillard a annoncé jeudi qu’il espère réduire de 37,5 % les émissions de gaz à effet de serre (GES) de la province d’ici 2030, par rapport à 1990.

    Le ministre Heurtel a reconnu que la cible «proposée» de 37,5 % est «ambitieuse», mais la lutte contre les bouleversements climatiques lui apparaît essentielle. «On vit déjà les impacts des changements climatiques», a-t-il rappelé en conférence de presse. « Les gaz à effet de serre ont un impact sur la santé des Québécois », a-t-il ajouté.

    Selon lui, la transition vers une économie moins dépendante des énergies fossiles passe par une transformation du secteur des transports, responsable de 44 % des émissions de GES au Québec.

    Sans surprise, le secteur du transport occupe toujours une part très importante du bilan du Québec, avec des émissions moyennes de près de 35 millions de tonnes, et ce, depuis une décennie.

    Alors, si il n'y a pas assez de place pour vous stationner, c'est que votre véhicule est trop gros! Alors, pensez écolo, pensez plus petit et même transport en commun, vélo ou marche!

    Écologiquement vôtre…. Pour la santé de la planète!

  • Patrice Hildgen - Abonné 17 septembre 2015 19 h 26

    annonce prétentieuse

    Annonce complètement irréaliste. Si vraiment le gouvernement avait cette intention, il mettrait en oeuvre l'électrification des transports comme priorité, il développerait le transport en commun, il cesserait la promotion de la recherche du pétrole etc. bref c'est une annonce aussi crédible que la promesse de coupures sans effets sur les services.

  • Armand Roy - Abonné 18 septembre 2015 10 h 53

    la lutte contre les changements climatiques est une «priorité» pour Couillard

    Et pour bien nous faire comprendre le sérieux de la chose, il coupe dans la route verte.

  • Lucien Cimon - Inscrit 18 septembre 2015 20 h 57

    Ambitieux...

    Ce gouvernement est le champion des discours vertueux, démagogiques, qui lui donnent plus de temps pour ne rien faire ou pour faire oublier qu'il fait le contraire de ce qu'il promet.
    Et les médias complaisants font semblant que c'est important, ce qu'il déclare.
    Ils n'apprennent pas vite!