«Nous conduisons l’océan au bord du précipice»

La destruction des espèces marines provoquée par l’activité humaine est telle que celles-ci ont reculé de moitié en à peine plus de 40 ans, conclut un nouveau rapport publié mercredi par le Fonds mondial pour la nature (WWF). La surpêche, la pollution et l’impact des changements climatiques constituent les principaux facteurs d’anéantissement de la vie dans les océans de la planète, écosystèmes essentiels pour plus de trois milliards de personnes.

« Nous conduisons collectivement l’océan au bord du précipice », résume le directeur général du Fonds, Marco Lambertini, dans la préface du rapport Planète vivante consacré aux océans, qui recouvrent 70 % de la superficie du globe. L’étude publiée mercredi a été réalisée sur une base d’observation de 5829 populations appartenant à 1234 espèces.

Les données compilées par l’organisation dressent d’ailleurs un portrait pour le moins révélateur de la dégradation accélérée et en partie irréversible des milieux marins. Ainsi, les populations d’animaux marins (mammifères, oiseaux, reptiles et poissons) accusent un recul global de 49 % pour la période 1970-2012, soit à peine 42 ans.

Le déclin des stocks de poissons pêchés dans le monde atteint en moyenne 50 %. Mais le rapport constate que certaines espèces particulièrement consommées par l’être humain accusent des reculs qui dépassent les 75 %. C’est notamment le cas d’espèces comme les thons ou le maquereau.

Il faut dire que l’exploitation des espèces de poissons répond à une demande sans cesse croissante : la consommation mondiale moyenne par habitant est passée de 9,9 kg dans les années 1960 à 19,2 kg en 2012. En « une seule génération, les activités humaines ont gravement dégradé les océans en capturant les poissons à un rythme supérieur à celui de leur reproduction et en détruisant [les sites de reproduction] », note M. Lambertini. Il souligne du même souffle que que l’effondrement des écosystèmes océaniques risque de déclencher « une grave crise économique ».

Extinction à venir

Le pire semble à venir, du moins en ce qui concerne les pêcheries mondiales. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, de plus en plus d’espèces sont en effet soumises à des pressions de pêches excessives. En fait, 80 % des espèces sont « pleinement exploitées » ou « surexploitées ». De ce nombre, au moins 30 % en sont au stade de l’effondrement total. Preuve de l’hécatombe en cours, pas moins de 90 % des gros poissons ont disparu entre 1950 et 2010.

Le rapport du WWF souligne aussi l’extermination des espèces de requins et de raies, dont pas moins de 25 % sont tout simplement au bord de l’extinction. Environ 100 millions de requins sont tués chaque année dans le monde, selon l’organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture, qui estime que 90 % des populations ont disparu en un siècle.

Autre exemple de la dégradation des milieux marins, les récifs coralliens et prairies sous-marines pourraient disparaître d’ici 2050 sous l’effet du réchauffement climatique. Or sachant que plus de 25 % de toutes les espèces marines y vivent et que près de 850 millions de personnes y trouvent leur moyen d’existence, la perte de ces récifs représenterait une « extinction catastrophique », selon le Fonds mondial pour la nature.

Responsabilité humaine

L’organisation environnementale pointe d’ailleurs clairement l’activité humaine comme grande responsable de la destruction d’une biodiversité qui a mis des milliards d’années à se constituer. « L’action de l’homme est à l’origine de ces tendances : de la surpêche et des industries extractives à l’aménagement du littoral et à la pollution, en passant par les émissions de gaz à effet de serre responsables de l’acidification océanique et du réchauffement des mers », dénonce le WWF dans son rapport.

Dans ce contexte, la réponse de la communauté internationale à la crise climatique sera particulièrement cruciale pour la suite des choses. « Les décisions prises lors de la conférence mondiale pour le climat à Paris dans quelques semaines auront un impact décisif sur l’avenir des océans, estime le WWF. Les engagements internationaux existants sont très loin de suffire à éviter des niveaux de réchauffement et d’acidification jugés désastreux pour les systèmes océaniques dont, en fin de compte, nous dépendons tous. »

Consommation excessive

Ce nouveau rapport du WWF suit la publication, l’an dernier, du rapport Planète vivante 2014. Ce document, qui s’attardait à la tendance suivie par plus de 10 000 populations d’espèces animales terrestres et aquatiques, concluait à un déclin global dépassant les 50 %.

Le rapport du Fonds mondial pour la nature insistait en outre sur la croissance continue de l’empreinte écologique de l’humanité. Ainsi, chaque année, le monde consomme des ressources équivalentes à 150 % de ce que la planète est en mesure de produire sur une base annuelle. Plus de 80 % de la population mondiale vit dans des pays qui utilisent plus que ce que leurs propres écosystèmes peuvent renouveler. Si tous les Terriens consommaient comme les Canadiens, il nous faudrait l’équivalent de trois planètes et demie pour assurer notre subsistance.

Les ressources en eau potable de la planète accusent elles aussi des reculs significatifs qui menacent l’approvisionnement d’une population qui doit atteindre neuf milliards de personnes d’ici 2050. « Plus de 200 bassins fluviaux abritant 2,5 milliards d’habitants connaissent déjà une grave pénurie hydrique pendant au moins un mois par an », constatait le WWF.

7 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 16 septembre 2015 19 h 24

    Une tristesse

    à remplir de nos larmes un océan.

    • Cyril Dionne - Abonné 16 septembre 2015 20 h 24

      Et je suis d'accord avec vous.

  • Pierre Fortin - Abonné 16 septembre 2015 19 h 32

    Arrêt sur « Pause »

    Une seule pensée me vient : l'espèce humaine étourdie qui détruit sans conscience son environnement, la branche sur laquelle il loge, se voue-t-elle elle-même à l'extinction?

    • Gaetan Belisle - Abonné 17 septembre 2015 10 h 55

      Je crois que la réponse à votre question est «oui».

  • Yvan Harnois - Inscrit 17 septembre 2015 12 h 13

    L'avenir

    Les polititiens se gargarisent avec l'avenir de nos jeunes, mais l'avenir c'est maintenant ,et c'est de protéger l'environnement.

  • Emile Depauw - Abonné 18 septembre 2015 09 h 27

    emile depau

    Nous allons etre remplacés parquelque chose de plus intelligent que nous.Je ne pense pas qu'ils feront appel aux politiciens

    • Marc Brullemans - Abonné 18 septembre 2015 23 h 47

      Thème de science-fiction ou sujet d'essai. En fait, les politiciens c'est malheureusement beaucoup "nous".