Une analyse réalisée par le ministère de l'Environnement - Hydro-Québec n'a pas besoin de la centrale thermique

C'est parce que le gouvernement Charest veut fondamentalement faire de l'argent avec la vente de mégawatts aux États ou provinces voisines qu'il a autorisé la construction de la centrale thermique du Suroît, car les besoins d'Hydro-Québec pour faire face à la demande entre 2007 et 2010 peuvent être comblés par d'autres mesures.

C'est ce qu'affirment les analystes du ministère de l'Environnement dans le rapport final qu'ils ont soumis à leur ministre, Thomas Mulcair, le 8 décembre dernier, en vue de la préparation du décret d'approbation. M. Mulcair n'a jamais caché son opposition à ce projet qui va hausser de 3 % les gaz à effet de serre (GES). Le ministre, dont la crédibilité est en chute libre dans le milieu environnemental, a finalement parrainé devant le Conseil des ministres, le 17 décembre dernier, le décret d'approbation du Suroît.

Mardi, en réaction à l'annonce officielle du feu gouvernemental, son chef de cabinet, Alain Gaul, affirmait au Devoir que «le ministre aurait préféré annoncer des projets éoliens ou hydroélectriques mais qu'à cause du déficit appréhendé dans la fourniture d'électricité, le ministre s'est fait une raison».

Le Rapport d'analyse environnementale, dossier 3211-12-073, précise pourtant qu'Hydro-Québec a à sa disposition d'autres moyens pour régler le problème.

«Hydro-Québec, y lit-on, présente ce projet comme étant d'abord la façon de combler la différence entre la demande interne d'électricité et sa capacité de produire entre 2007 et 2010. Différents calculs, dont ceux du BAPE, contredisent cette hypothèse.»

«De toute façon, poursuit le rapport remis à M. Mulcair, la réalité des marchés actuels, qui permet d'exporter facilement de l'électricité, permet d'en importer tout aussi facilement pour combler la période avant la mise en service des nouveaux projets hydroélectriques. La pointe de janvier 2003, pendant laquelle Hydro-Québec n'a pu suffire à la demande interne et a dû importer, démontre justement que l'importation est possible.»

La «seconde raison d'être du projet, celle de réaliser des profits, est plus simple à justifier. "Profiter des occasions d'affaires" se motive facilement dès qu'on réalise que 50 % des profits d'Hydro-Québec sont versés au trésor québécois», poursuit le rapport.

Mais ce dernier finit néanmoins par conclure que «la justification d'un projet d'énergie est du ressort du ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs (MRNFP), dont le mandat comprend la mise en valeur des ressources énergétiques et l'obligation d'assurer la sécurité des approvisionnements énergétiques québécois. Selon le MRNFP, sans la construction du Suroît, "le Québec pourrait se retrouver en situation déficitaire au niveau de l'électricité et dépendre des marchés extérieurs" à cause du "risque relié à une faible hydraulicité, d'une croissance plus forte de la demande et du retard dans la mise en service des projets hydroélectriques". Le MRNFP considère donc le projet justifié.»

Mais selon un analyste senior au ministère de l'Environnement qui a réclamé l'anonymat, «le rapport d'analyse fait ici preuve de complaisance, car c'est au ministère de l'Environnement de contrôler la validité des justifications avancées par Hydro-Québec ou d'autres ministères, comme le MRNFP. En prenant leur jugement pour parole d'Évangile, sans validation critique, le ministère a mis de côté sa mission légale de contrôle, ce qui ressemble fort à une commande pour justifier la décision annoncée. Et c'est d'autant plus clair que le rapport aurait dû ajouter, ce qui est au dossier, que le déficit anticipé de la demande aurait pu aussi être comblé par une gestion élargie de la demande en électricité au Québec, un domaine où Hydro-Québec ne fait pas le tiers de ce qui serait possible.»

D'autre part, le premier ministre Jean Charest a laissé entendre hier, contrairement à ce qu'affirme le décret d'approbation du Suroît, que d'autres entreprises pourraient être mises à contribution pour annuler l'augmentation des émissions attribuables au Suroît.

«Il y aura d'autres entreprises, d'autres contributions qu'on sera appelés à faire», a dit le premier ministre sans fournir de précisions. Plus tôt, il avait affirmé que «le protocole de Kyoto est très important pour nous».

Le décret et le rapport d'analyse prévoient qu'Hydro devra acheter des droits d'émissions pour annuler les émissions du Suroît. Le rapport précise même qu'il faudrait que ce coût soit «internalisé», c'est-à-dire facturé aux consommateurs québécois ou américains qui vont bénéficier des mégawatts.

Avec la collaboration de Robert Dutrisac