Du pétrole de schiste près de Québec?

Les États-Unis produisent de plus en plus de pétrole de schiste, notamment par l’entremise du gisement de Bakken au Dakota du Nord.
Photo: Andrew Burton Getty Images Agence France-Presse Les États-Unis produisent de plus en plus de pétrole de schiste, notamment par l’entremise du gisement de Bakken au Dakota du Nord.

Le potentiel réel reste à démontrer, mais le sous-sol des basses-terres du Saint-Laurent pourrait contenir plus de deux milliards de barils de pétrole de schiste. C’est ce qui se dégage d’une synthèse scientifique réalisée à la demande du gouvernement Couillard dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique de la filière des énergies fossiles.

Depuis l’éclatement de la « crise » du gaz de schiste, en 2010, il a été largement question du potentiel gazier du sud de la province, essentiellement entre Montréal et Québec. Mais la formation géologique qui renfermerait ces gisements, soit le shale de l’Utica, pourrait également contenir du pétrole de schiste. C’est ce type de pétrole qui est actuellement recherché sur Anticosti dans le cadre de travaux financés par l’État québécois.

Co-auteur du rapport « Géologie et potentiel en hydrocarbures des bassins sédimentaires du sud du Québec », le professeur Michel Malo, de l’INRS, estime qu’il existe bel et bien un potentiel de découverte de pétrole dans la formation de l’Utica. Le chiffre cité dans cette étude remise au ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles il y a de cela quelques mois évoque d’ailleurs un potentiel de 1,8 milliard de barils. Mais cette synthèse consultée par Le Devoir se base aussi sur une étude publiée par la Commission géologique du Canada (CGC) l’an dernier. Cette dernière conclut que « les ressources potentielles estimées de pétrole » varient entre 0,78 et 5,24 milliards de barils, avec une « moyenne » de 2,3 milliards.

Aucun gisement n’a encore été découvert à ce jour, mais les zones propices à la présence de pétrole sont tout de même connues, si on se fie aux données scientifiques portant sur le shale de l’Utica.

Spécialiste des bassins sédimentaires du Québec, M. Malo, explique ainsi que la présence de gaz ou de pétrole dans le sous-sol dépend du degré de « maturité thermique ». Passé un certain stade, on se retrouve en présence de gaz. Mais dans la partie nord-est de la formation de l’Utica, soit grosso modo sur la rive nord du Saint-Laurent entre Portneuf et Beaupré, l’ingénieur géologue souligne qu’on se trouve dans la « fenêtre à huile ». « Il y a un potentiel que du pétrole soit encore présent dans la roche », fait valoir Michel Malo.

« Si j’étais une compagnie et que je recherchais du pétrole, j’irais explorer vers le nord-est », ajoute-t-il. L’étude produite par la CGC en 2014, intitulée « Caractéristiques géologiques et évaluation des ressources pétrolières du Shale d’Utica, Québec, Canada », évoque elle aussi le même secteur du sud de la province.

Des informations compilées par Le Devoir et présentant les 985 forages réalisés au Québec indiquent d’ailleurs que des travaux menés dans cette région depuis 50 ans ont permis de découvrir des « indices » de pétrole à Donnacona, Portneuf, Neuville et Québec. Un forage avec fracturation mené en 2009 par l’entreprise Junex à St-Augustin-de-Desmaures pour rechercher un gisement de gaz de schiste a même permis de produire une quarantaine de barils de pétrole.

Une autre zone s’étendant de part et d’autres du Saint-Laurent, entre la pointe est du Lac St-Pierre et l’île d’Orléans, pourrait renfermer des condensats qui peuvent être, dans certains cas, considérés comme du pétrole léger. Des forages menés dans le passé ont permis de déceler des « indices » de pétrole dans ces zones de la formation de l’Utica, notamment à Batiscan et L’Épiphanie.

Travaux à compléter

Michel Malo rappelle en outre que les analyses scientifiques des chercheurs de l’INRS et de la CGC qui ont permis d’identifier ce potentiel pétrolier ont été réalisées à partir d’une « méthode reconnue ». Il insiste cependant pour dire que plusieurs données manquent pour bien évaluer le potentiel pétrolier et gazier. « Avant la crise du gaz de schiste de 2010, il y a eu quelques forages. Et nous étions sur le point de savoir si le bassin serait productif. Mais tout a été stoppé, donc nous n’avons pas encore beaucoup de données pour nous permettre de chiffrer un éventuel potentiel. Nous étions encore trop tôt dans la phase exploratoire. »

Le shale de l’Utica qu’on retrouve ici est toutefois « assez semblable » à la formation géologique qu’on retrouve en Ohio, où on exploite déjà du pétrole et du gaz de schiste. « C’est l’équivalent du shale de l’Utica, illustre Michel Malo. On voit qu’il y a une bonne production de gaz et de pétrole. Ça pourrait être la même chose au Québec, mais il faudrait pour cela aller plus loin dans l’exploration pour confirmer le potentiel. »

C’est l’entreprise Junex qui détient les permis d’exploration couvrant les zones les plus propices à la découverte de pétrole de schiste dans les basses-terres du Saint-Laurent. Appelé à commenter l’intérêt de Junex pour d’éventuels projets d’exploration, Dave Pépin vice-président, Finances et Affaires corporatives, a simplement indiqué qu’« au plan géologique, il s’agit certainement d’un potentiel intéressant ». Junex dit toutefois vouloir concentrer ses efforts de recherche pétrolière sur le projet Galt, situé en Gaspésie, où l’entreprise dit avoir obtenu « d’excellents débits de production de pétrole sans avoir besoin de fracturer la roche ».

Du côté de l’Association pétrolière et gazière du Québec, on a dit ne pas avoir pris connaissance de l’étude menée par des chercheurs de l’INRS. On encourage cependant la « production locale » d’hydrocarbures.

Normalement, l’évaluation environnementale stratégique de la filière des énergies fossiles doit être complétée cet automne. Un projet de loi sur les hydrocarbures doit suivre. Les études environnementales lancées par les libéraux de Philippe Couillard sur cette filière indiquent clairement que le gouvernement a l’intention d’ouvrir toute grande la porte à l’exploitation pétrolière et gazière. Même le gaz de schiste est évoqué.

16 commentaires
  • Daniel Bérubé - Abonné 24 août 2015 04 h 13

    Aucune surprise...

    Couillard est de ceux qui suggèrerait aux pauvres de s'acheter des billets de loteries, afin de pouvoir devenir riches ! Et de beaucoup gagnant ! Débourser 2.00$ et devenir millionnaire ! Pensez-y ! Et il sait de quoi il parle, IL est docteur ! Et des études l'ont prouvé ! Combien de personnes sont devenu millionnaires au Québec depuis la naissance de Loto-Québec ? Ah! vous voyez ! Vous ne pouvez donc pas dire le contraire !

    Dossier clos ! Lâchez-vous les pétrolières !

  • Jacques Morissette - Inscrit 24 août 2015 04 h 43

    On aime prévoir ce qu'on va manger, au risque de ne rien manger, malgré les dégâts que risquent de subir, entre autres, l'eau potable de la place.

    Je cite: «« Il y a un potentiel que du pétrole soit encore présent dans la roche », fait valoir Michel Malo.»

    Exploiter un potentiel qui n'existe pas, c'est plus cher que de développer les nouvelles formes d'énergie renouvelable. Il faut croire que nos élites d'aujourd'hui ne sont pas aussi visionnaires que du temps de nos découvreurs du continent nord américain. Ils aiment mieux travailler sur les anciennes ressources d'énergies qui probablement ont déjà des propriétaires établis. Ceux qui se croient propriétaires de la planète n'ont pas envie d'entendre parler des risques de contaminations de l'environnement.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 24 août 2015 09 h 07

      Et c'est sans compter que la vallée du Saint Laurent, des deux côtés de la rive, est l'une des régions sismique à haut risque en Amérique du Nord.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 25 août 2015 06 h 06

      Et surtout que la fracturation est interdite au Québec. Faudra rappeler à certains ce que veut dire le mot «Interdit».

      PL

  • Yves Côté - Abonné 24 août 2015 04 h 54

    La tentation clinquante de la mort...

    La tentation clinquante de la mort du Québec, voilà ce que me semble bien nous préparer depuis des mois un gouvernement qui n'a de responsable, que le mot lui-même.
    Parce que pour le concept, faut oublier la chose...
    Plus que jamais, notre pays n'a besoin que de la vie.
    Le pétrole nous tue, nous ici comme tout le reste de l'humanité ailleurs.
    Toutes les campagnes de communication du monde ne suffiront jamais à montrer le contraire, sauf à nier la réalité qui nous frappe sur cette planète.
    Et l'idée de génie de Monsieur Couillard et du Canada de Monsieur Harper, de Monsieur Trudeau et compagnie, est d'accroître la vitesse de bénéfice de leurs amis en nous donnant à saliver de quelques avantages en argent tirés de l'extraction pétrolière et gazière.
    Le pétrole nous tue, nous ici comme tout le reste de l'humanité et l'idée de génie de Monsieur Couillard et du Canada de Monsieur Harper, de Monsieur Trudeau et compagnie, est de transformer notre milieu de vie principal, la vallée du Saint-Laurent, en champs d'extraction.
    Le pétrole nous tue et l'idée de génie de Monsieur Couillard et du Canada de Monsieur Harper, de Monsieur Trudeau et compagnie, n'est pas de nous sortir enfin du pétrole, mais de nous y enfoncer encore !
    De payer des études scientifiques pour pouvoir justifiter la dégradation persistante de notre milieu de vie, celui-là dans lequel on met pourtant des enfants au monde, est un scandale puisque le besoin réel est de concentrer tous les efforts de recherche à une sortie au plus vite de ce qui nous étouffe...
    Qui a donc comme projet de vie d'avoir le plus beau cercueil du monde ?
    Vous qui me lisez, j'sais pas.
    Nos politiciens, peut-être ?
    Nos développeurs de pollution, sans aucun doute.
    Mais moi : non.
    Six planches de bois me suffiront.
    Surtou si elles sont peintes en bleu, avec un peu de blanc sur celle du dessus.

    Vive le Québec libre, lui où la vie elle-même se donne en objectif commun aux Québécois !

  • Patrick Daganaud - Abonné 24 août 2015 07 h 11

    Un autre gisement fossile

    Selon des sources bien informées, il semblerait que ce soit à Québec, au parlement, que se trouve la réserve d'énergies fossiles la plus prometteuse. Elle git dans le contrefort austère des Banquettes libérales.

    Son potentiel restera néanmoins à jamais indémontrable.

  • Salah-Eddine Khalfi - Inscrit 24 août 2015 07 h 19

    Financer de pauvres pétrolières?

    Pourquoi Couillard offrirait-il comme cadeau, des millions de NOS dollars, en dépenses d'exploration et en "cheerleading", pour le compte des compagnies pétrolières, alors qu'une austérité sévère est imposée à l'ensemble de la population?

    On ne fait pas juste financer "l'avant" projet mais aussi "l'aprés". Je connais assez les "rouages" de cette industrie, pour vous assurer que ce sera NOUS et UNIQUEMENT nous qui allons payer et "dealer" avec le désastre environnemental que ces "favoris" du système auront causé à nos forêts, nos terres, nos lacs et nos rivières (supposément protégés).

    Personne ne nous a consulté avant que le patrimoine de nos enfants ne soit pillé puis saccagé, grâce à la complicité de nos politiciens corrompus, et sans aucun égard pour le bien-être et l'avenir de ceux qui leur on fait confiance.