La Terre entre dans son déficit écologique annuel

La raréfaction de ressources alimentaires essentielles, comme les poissons des océans du globe, est l'une des conséquences de cet endettement écologique.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir La raréfaction de ressources alimentaires essentielles, comme les poissons des océans du globe, est l'une des conséquences de cet endettement écologique.

Ce jeudi, l’humanité vient d’épuiser la totalité des ressources que la Terre était en mesure de produire en 2015. Et selon ce qui se dégage de l’analyse publiée par le Global Footprint Network, le « jour du dépassement », un phénomène qui intervient de plus en plus tôt dans l’année, constitue un exemple frappant de notre surconsommation écologique chronique.

Cette année, « il aura fallu moins de huit mois à l’humanité pour consommer toutes les ressources naturelles renouvelables que la Terre peut produire en un an », déplore l’organisme américain dans un communiqué publié jeudi, « une indication claire que le processus d’épuisement des ressources naturelles s’accélère ».

L’année dernière, le « jour du dépassement » était intervenu le 17 août, rappelle d’ailleurs Global Footprint Network. En 1970, il n’était survenu que le 23 décembre. Mais depuis, sa date n’a cessé de régresser. En d’autres termes, en 1961, la population mondiale utilisait 74 % des ressources disponibles annuellement. Au tournant des années 1970, elle a franchi le seuil critique des 100 %. En 2000, le taux a dépassé les 130 %. Il atteint maintenant 156 %.

Global Footprint Network estime ainsi qu’il faudrait, en 2015, pas moins d’une planète et demie pour subvenir aux besoins actuels de l’humanité. Selon ces mêmes calculs, nous aurions besoin de deux planètes d’ici 2050 si les tendances actuelles persistent. À titre d’exemple, si tous les Terriens consommaient comme les Canadiens, il nous faudrait l’équivalent de trois planètes et demie pour assurer notre subsistance. Si chacun adoptait le mode de vie des Américains, ce sont même quatre Terres qui seraient aujourd’hui nécessaires.

Pour parvenir à cette estimation, l’organisme prend notamment en compte l’empreinte carbone, les ressources consommées pour la pêche, l’élevage, les cultures, la construction ainsi que l’eau.

Conséquences graves

Le Global Footprint Network est formel : « Les conséquences de cet endettement écologique sont de plus en plus évidentes. » On peut notamment penser à la raréfaction de ressources alimentaires essentielles, comme les poissons des océans du globe.

Ces ressources s’épuisent en effet de plus en plus rapidement. Les captures ont quadruplé depuis 1950. Plus de 60 % des espèces marines sont exploitées au seuil de rupture et souvent au-delà. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, les stocks mondiaux seront carrément inexploitables d’ici 2050.

La question des émissions de gaz à effet de serre est également critique, selon le Global Footprint Network. Ainsi, si les émissions mondiales ne diminuent pas, en 2030, la population mondiale aura englouti son « budget écologique » dès le 28 juin. En revanche, « si nous réduisons nos émissions de CO2 de 30 % » par rapport à leur niveau actuel, le « jour du dépassement » sera reculé au 16 septembre, selon l’organisme.

Au rythme où l’activité humaine — basée essentiellement sur les énergies fossiles — bouleverse le climat de la planète, la hausse des températures risque notamment de provoquer de graves pénuries alimentaires qui frapperont de plein fouet les plus démunis d’ici à peine deux à trois décennies, a déjà indiqué la Banque mondiale. Or, il faudrait au contraire être en mesure de doubler la production agricole d’ici 2050 pour parvenir à nourrir neuf milliards de citoyens.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat évalue que les émissions mondiales de GES doivent être réduites de 25 à 40 % sous les niveaux de 1990, d’ici 2020, si la planète veut mettre en oeuvre les moyens d’éviter les pires conséquences des bouleversements climatiques provoqués par l’activité humaine.

La communauté scientifique est d’avis qu’il faudrait limiter la hausse globale à 2 °C d’ici la fin du siècle, par rapport à l’ère préindustrielle.

1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 15 août 2015 10 h 38

    Pape François,

    c'est pour quand le 1e concile écologique?