Les Amérindiens navajos inquiets après la pollution de plusieurs rivières

Des millions de litres d’eau chargée de métaux lourds et d’arsenic circulent dans des rivières de l’Ouest américain depuis une semaine. Sur la photo, la rivière Animas, près de Durango, au Colorado.
Photo: Agence France-Presse Des millions de litres d’eau chargée de métaux lourds et d’arsenic circulent dans des rivières de l’Ouest américain depuis une semaine. Sur la photo, la rivière Animas, près de Durango, au Colorado.

Plus de 11 millions de litres d’eau chargée de métaux lourds et d’arsenic se répandent depuis une semaine dans plusieurs rivières de l’ouest des États-Unis, teintant l’eau d’une couleur orangée. Cet épisode de pollution, dû à une mauvaise manipulation d’employés de l’Agence de protection de l’environnement (Environmental Protection Agency — EPA) dans une mine d’or abandonnée, laisse craindre d’importants dégâts localement, tant écologiques qu’économiques.

Au fil des jours, la couleur s’est ternie, mais les déchets liquides continuent à se diffuser. L’état d’urgence a été déclaré dans le Colorado, au Nouveau-Mexique et dans la réserve indienne de Navajo Nation. Plusieurs villes ont cessé d’utiliser l’eau des rivières et ont interdit l’accès aux rives. Les questions se concentrent désormais sur les effets de cette pollution sur la santé et les ressources agricoles.

Les autorités ont pour le moment interdit à la population de boire l’eau de l’Animas, la première rivière touchée par la pollution, et de l’un de ses affluents, la rivière San Juan. L’irrigation, la pêche et le rafting y sont également interdits au moins jusqu’à lundi. Sept réseaux de distribution d’eau potable puisant habituellement dans ces rivières ont dû arrêter leurs opérations, selon le New York Times. Des analyses sont en cours pour voir si l’eau contient des toxines cancérigènes et leurs résultats sont attendus dans les jours à venir.

« Des décennies pour tout nettoyer »

En attendant ces conclusions, le tribut à payer est déjà lourd pour les territoires amérindiens navajos, particulièrement concernés par cette marée orange. « C’est notre âme qui est touchée », a déclaré le président de la Navajo Nation, Russell Begaye, à ABC News. « Je rencontre des gens tous les jours qui pleurent quand ils me voient, ils me demandent : “ Comment puis-je savoir si l’eau sera potable ? ” La rivière Animas et la rivière San Juan sont nos lignes de vie. L’eau est sacrée pour nous. »

« Quand l’EPA me dit que ça prendra des décennies pour tout nettoyer, c’est autant de temps où nous vivrons dans l’incertitude quand nous boirons l’eau, que nous cultiverons la terre, que nous mettrons notre élevage près de la rivière », souligne Russell Begaye.

Selon le président de la plus grande réserve indienne des États-Unis, beaucoup de fermes biologiques craignent ainsi de ne plus pouvoir garantir à leurs clients la qualité de leurs cultures à cause de la pollution de l’eau. Russell Begaye craint également pour le secteur du tourisme.

L’EPA vivement critiquée

Responsable de la fuite accidentelle, l’Agence de protection de l’environnement cristallise les critiques dans la région des « Four Corners » (Arizona, Colorado, Nouveau-Mexique et Utah), où responsables locaux et résidants considèrent que l’institution a trop tardé à agir. La réponse initiale de l’EPA a « été pour le moins inexistante », s’est insurgé Tommy Roberts, le maire de Farmington, une commune en aval de la fuite, dans l’État du Nouveau-Mexique.

La directrice de l’EPA, Gina McCarthy, s’est exprimée publiquement pour la première fois sur le sujet mardi. « Ce qui se passe m’afflige au plus haut point », a-t-elle affirmé, promettant de se rendre mercredi sur des sites du Colorado et du Nouveau-Mexique touchés.

Une opération de communication qui pourrait s’avérer d’autant plus nécessaire que l’épisode de pollution est loin d’être terminé. Zack Frankel, le directeur de l’ONG Utah Rivers Council, s’est dit préoccupé par la diffusion des eaux toxiques. Selon lui, « d’ici cinq jours environ, elles atteindront le lac » Powell dans l’Utah, qui alimente notamment la ville de Las Vegas. Depuis ce lac, la fuite pourrait se répandre vers le fleuve Colorado, puis à travers le Grand Canyon et le lac Mead, qui est une source d’eau importante pour la mégalopole de Los Angeles et le sud de la Californie, souffrant d’une grave sécheresse.

2 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 13 août 2015 06 h 37

    Un aperçu du sort réservé aux gens et à la nature dans l'immense zone dite des bassins de rétention des eaux bitumineuses usées.

    Cet épisode nous rappelle combien il pourra être difficile, dans quelques décennies, de bien retenir les eaux souillées des immenses lacs artificiels créés par les compagnies pétrolières dans l'ouest canadien. Nous aurons alors affaire à des sites orphelins, les grosses compagnies pétrolières rentables ayant depuis longtemps retiré toutes leurs billes de ces territoires en vendant leurs installations à de plus petites compagnies à numéro insolvables. Qui fera l'entretien? Le gouvernement. Qui sera alors susceptible de faire des erreurs? Les employés du gouvernement. Qui paiera les pots cassés? D'abord, les gens et la nature du coin. Puis, nous tous pour ce que nos gouvernements voudront indemniser et compenser. Du développement durable?

  • Bernard Plante - Abonné 13 août 2015 07 h 33

    Les mines, c'est payant!

    Voilà ce qui ressort des mines abandonnées. Dans un autre article ce matin sur Le Devoir, on apprend que les millions destinés à la décontamination au Québec sont absents et que les minières ne les verseront vraisemblablement pas. Les minières sont parmi les pires citoyens corporatifs, ils pillent tout ce qu'ils trouvent sur leur passage et laissent leur déchets à la charge des sociétés. Mais à en croire plusieurs gouvernements, dont celui de l'insipide Couillard, investir dans les mines et dans un fameux plan Nord, c'est payant. Payant? Payant pour qui?

    De tout cœur avec les gens de l'Ouest américain.