Shell fore en Arctique

Shell n’en est pas à ses premiers forages en Alaska. Son programme d’exploration dans cette région reculée a toutefois pris plusieurs années de retard et a déjà englouti six milliards de dollars.
Photo: Daniella Beccaria/seattlepi.com Associated Press Shell n’en est pas à ses premiers forages en Alaska. Son programme d’exploration dans cette région reculée a toutefois pris plusieurs années de retard et a déjà englouti six milliards de dollars.

La pétrolière Shell a annoncé mardi avoir finalement lancé son forage en vue d’exploiter du pétrole en plein coeur de la mer de Chukchi, en Arctique. Cette région, qui subit déjà les effets des bouleversements climatiques, pourrait d’ailleurs devenir le nouvel eldorado de l’industrie des énergies fossiles, malgré les risques environnementaux.

La multinationale avait déjà débuté un forage à la fin du mois de juillet. Elle devait toutefois attendre qu’un brise-glace transportant des équipements permettant d’intervenir en cas de déversement soit sur place avant de lancer les opérations en plus grande profondeur, vers un éventuel gisement. Un second forage doit suivre, lui aussi dans l’océan Arctique, à l’ouest de l’Alaska.

Shell n’en est pas à ses premiers forages en Alaska. Son programme d’exploration dans cette région reculée a toutefois pris plusieurs années de retard et a déjà englouti six milliards de dollars. L’entreprise devait à l’origine commencer à forer en 2010, mais elle avait vu son programme gelé après la marée noire de 2010 dans le golfe du Mexique, causée par l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon.

En 2012, la pétrolière avait par ailleurs été forcée de stopper ses recherches de pétrole après avoir connu une série de problèmes. Une plateforme de forage avait même dérivé, avant de s’échouer en Alaska. Les forages devaient reprendre en 2013, mais ils avaient finalement été annulés.

C’est dans ce contexte de multiples reports et d’incidents que le Département de l’intérieur des États-Unis a autorisé Shell à mener des forages cette année dans l’océan Arctique. Cette décision a d’ailleurs provoqué la colère des associations de défense de l’environnement. Début avril, la plateforme pétrolière Polar Pioneer avait été interceptée par Greenpeace dans le Pacifique alors qu’elle était remorquée vers Seattle.

Ressources convoitées

La pression de l’industrie des énergies fossiles en faveur de l’exploration pétrolière et gazière en Arctique est de plus en plus forte. Les données émanant de l’Institut d’études géologiques des États-Unis ont d’ailleurs de quoi attirer leur attention. L’organisme estime que 30 % des ressources mondiales en gaz naturel non découvertes se trouvent dans cette région, principalement sur les plateaux continentaux situés sous l’océan Arctique.

Les réserves pétrolières seraient elles aussi imposantes. Selon les évaluations disponibles, plus de 70 % du pétrole non encore découvert en Arctique se trouve notamment au nord de l’Alaska et à l’est du Groenland.

Dans un rapport publié en 2013, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) avait toutefois lancé un sérieux avertissement : la fonte accélérée des glaces de l’Arctique rend de plus en plus probable une exploitation précipitée des immenses ressources énergétiques fossiles dans cette région.

Le problème, soulignait le PNUE, c’est que les États impliqués semblent obnubilés par les retombées économiques qui pourraient en découler, au point d’omettre d’étudier les impacts à long terme de cette industrie.

Harper dit oui

Certains pays, comme le Canada et la Russie, sont d’ailleurs surtout préoccupés par l’expansion de leur plateau continental vers l’Arctique. Il faut dire qu’une telle augmentation peut signifier un accès accru à des ressources pétrolières et gazières qui se trouvent sous les fonds marins.

Le gouvernement Harper ne cache pas sa volonté d’ouvrir le territoire nordique aux compagnies pétrolières. BP et Esso ont d’ailleurs déjà loué le brise-glace Amundsen, le premier navire de recherche scientifique au Canada, pour mener des projets d’exploration dans la mer de Beaufort.

Un rapport interne du gouvernement fédéral du Canada l’avertit pourtant qu’il n’est pas préparé adéquatement à faire face à un déversement accidentel de pétrole dans l’Arctique ou provenant des gisements en eaux profondes. Le document, daté du 23 mai 2014 et obtenu récemment par La Presse canadienne, a été préparé pour Pêches et Océans Canada.

Des rapports produits par des groupes environnementaux canadiens et américains ont également insisté sur l’impuissance des États à réagir si une marée noire devait survenir dans l’Arctique.

6 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 12 août 2015 02 h 53

    Comment nomme-t-on les gens qui n'ont aucune retenues?

    Qui a dit que les pétrolieres sont capables de retenues, que va-il falloir faire, les mettre en prison a vie, comment nomme-t-on les gens qui n'ont aucunes retenues

    • Claude Smith - Abonné 12 août 2015 08 h 30

      Dans ce cas-ci, il n'y a qu'un nom : terroristes économiques parce qu'ils détruisent la vie sur la planète terre.

      Claude Smith

    • Gilles Théberge - Abonné 12 août 2015 09 h 06

      Ces gens sont de mèche avec les gouvernements monsieur Paquette. N'attendez pas de voir s'ouvrir les portes de cellules. En revanche préprez-vous à subir les conséquences des dégâts qu'ils vont faire.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 12 août 2015 20 h 58

    Mais Obama...

    ne s'est-il pas fait récemment le chantre environnementaliste... d'un USA plus écologique...plus sensible aux changements climatiques ? Semble-t-il qu'il na pas réussi à convaincre.

    Car si Shell ne fait présentement que de l'EXPLORATION, est-ce moins répréhensible pour autant aux yeux du Président et du département de l'Intérieur?

    Le syndrome du politicien qui parle des deux côtés de la bouche en même temps
    serait très contagieux...et moi qui croyais que...

  • Sylvain Dionne - Inscrit 12 août 2015 22 h 08

    Et la température grimpe, grimpe...

    73 degrés (Celcius!) cette semaine à Jérusalem. Faut pas lâcher, le 100 degrés est pour bientôt! Vive le pétrole et les records! Vaporisons tous ces océans inutiles. Quand il ne restera plus que le cynisme avant que la vie ne s'éteigne...

  • Danielle Desormeaux - Inscrite 13 août 2015 14 h 49

    Shell fore en Arctique

    Excellent texte.