Le BAPE garde le silence sous le feu des critiques

Uranium à la mine de McClean Lake, en Saskatchewan.
Photo: David Boily Agence France-Presse Uranium à la mine de McClean Lake, en Saskatchewan.

Attaqué de toutes parts depuis le dévoilement de son rapport fermant la porte à l’exploitation de l’uranium au Québec, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) se terre dans le mutisme.

Après l’Association de l’exploration minière du Québec (AEMQ) la semaine dernière, ce fut au tour de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) de s’en prendre au BAPE dans une lettre transmise lundi au ministre de l’Environnement, David Heurtel.

Sous le feu des critiques, l’organisme garde le silence. La directrice des communications du BAPE, Diane Paquin, a expliqué mercredi que le BAPE « n’émet jamais de commentaires au sujet d’un rapport ». Elle a fait preuve de la même retenue lorsqu’on lui a fait remarquer que la rigueur et la crédibilité du BAPE ont récemment été mises en doute.

Dans sa lettre envoyée au ministre Heurtel, la CCSN, qui réglemente l’utilisation de l’énergie et des matières nucléaires au Canada, taille en pièces le rapport du BAPE sur la filière uranifère.

« La CCSN trouve très troublant de voir que le BAPE a présenté à votre gouvernement des conclusions et des recommandations qui manquent de fondement scientifique et de rigueur », écrit son président, Michael Binder.

Plus loin, il ajoute qu’« il est évident que la recommandation du BAPE d’étouffer les projets d’exploitation est fondée sur la perception du manque d’acceptabilité sociale, et non sur des principes scientifiquement éprouvés ».

« Nous prenons acte de cette critique sérieuse et nous allons analyser avec beaucoup de rigueur les conclusions de la Commission [canadienne de sûreté nucléaire] », a réagi mercredi le ministre Heurtel, par l’entremise de son attaché de presse, Guillaume Bérubé. Il a également rappelé qu’un comité interministériel analysera les conclusions du rapport du BAPE « au cours des prochaines semaines ».

L’AEMQ a tenu un discours semblable à celui de la CCSN quelques jours après le dévoilement du rapport du BAPE, désapprouvant des conclusions jugées « prévisibles ».

« Notre industrie s’attendait à ce que les travaux du BAPE soient impérativement neutres et impartiaux, c’est malheureusement le contraire qui est survenu, a soutenu le président du CA de l’association, Frank Mariage. Notre association croit que cette dernière initiative du BAPE est une autre preuve de l’urgence de réviser en profondeur la mission de l’État en matière de développement durable et de protection de l’environnement, devenue inefficace et manifestement teintée de biais idéologiques. »

Dans son rapport rendu public il y a deux semaines, le BAPE, présidé par l’ancien journaliste du Devoir Louis-Gilles Francoeur, soutient notamment que le dossier de l’uranium n’a pas l’acceptabilité sociale requise « en raison des incertitudes, des lacunes et des limitations parfois importantes dans la connaissance scientifique et technologique ».

La compagnie Ressources Strateco, qui s’est vu refuser l’octroi du certificat d’autorisation nécessaire pour poursuivre son projet de mine d’uranium Matoush, au nord de Chibougamau, a critiqué le rapport du BAPE depuis le début des audiences publiques. Elle poursuit maintenant le gouvernement du Québec pour 190 millions de dollars.

En entrevue au Devoir, le président et chef de la direction de l’entreprise, Guy Hébert, souligne que les interventions de l’AEMQ et de la CCSN « ne changent pas grand-chose ». « Nous sommes sous la protection de la cour [en vertu de la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies], donc même si demain matin le gouvernement nous appelait pour nous donner un permis, c’est évident que les dommages sont déjà faits. »

Matoush

Si l’entreprise obtient le dédommagement qu’elle réclame et que le gouvernement ouvre finalement la porte à la filière uranifère au Québec, M. Hébert ne ferme cependant pas la porte à une relance du projet Matoush. « Il y a des actionnaires qui voudraient que l’on continue, c’est une propriété qui a un très bon potentiel pour devenir un camp minier important, dit-il. Par contre, il y en a qui ne veulent plus rien savoir du Québec, qui veulent ravoir leur argent et s’en aller. »

« C’est un projet qui pourrait être développé éventuellement, que ce soit par nous ou par quelqu’un d’autre, conclut M. Hébert. Parfois, les gens changent et les situations aussi. »

6 commentaires
  • Maryse Veilleux - Abonnée 30 juillet 2015 06 h 39

    La prétention et l'arrogance comme ligne de pensée

    Nous voyons bien par ces critiques une culture d'arrogance, de prétention et de suffisance...."Il y en a qui ne veulent plus rien savoir du Québec, qui veulent ravoir leur argent et s'en aller." Bien je vous dis reprenez-le avec plaisir et quittez notre territoire, ce sera un soulagement, les commentaires du BAPE sont clairs. De toute façon les redevances qui sont perçues sont ridicules. Je lance la même invitation aux pétrolières, faire place nette...

    • Daniel Bérubé - Abonné 30 juillet 2015 11 h 42

      Entièrement d'accord avec vous !

  • Yves Corbeil - Inscrit 30 juillet 2015 12 h 09

    Le but de l'exercice conservateurs

    « La CCSN trouve très troublant de voir que le BAPE a présenté à votre gouvernement des conclusions et des recommandations qui manquent de fondement scientifique et de rigueur », écrit son président, Michael Binder

    Le Devoir 16 Février 2012
    http://www.ledevoir.com/politique/canada/342799/sc

    Le Devoir 22 Octobre 2013
    http://www.ledevoir.com/politique/canada/390580/le

    Après le bâillonnement et les mises à pied massive que pouvait-on espéré de plus de ce gouvernement fédéral et les industries qu'ils défendent.

    Je dis pas que c'est le cas au BAPE les mises à pied scientifique, je ne suis pas au courant de ça mais des interventions du genre de celle du président de la commission canadienne de la sûreté nucléaire on n'a pas fini d'en voir avec toutes les manipulations des conservateurs depuis des années au pouvoir.

  • Pierre Vaillancourt - Abonné 30 juillet 2015 17 h 32

    Comme disait le poète...

    Elle est bonne celle-là ! L'Association de l’exploration minière du Québec qui reproche au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement d'arriver à des prévisions jugées « prévisibles » !

    Aurions-nous ici une illustration du proverbe du gars qui voit une paille dans l'oeil du voisin sans voir la poutre dans le sien ?

    On pouvait en effet prévoir très facilement quel serait le point de vue de L'Association de l’exploration minière du Québec par rapport à un projet de mine d'uranium, tout comme on pouvait aussi prévoir, sans disposer d'une baguette magique, celui de la Commission canadienne de sûreté nucléaire !

    On peut aussi deviner facilement que ces deux organismes vont exercer tout leur pouvoir d'influence et de lobbyisme pour que cette mine d'uranium voit le jour dans la région de Chibougamau.

    Le BABE, pour sa part, a non seulement relevé le manque total d’acceptabilité sociale autour de ce projet, il a aussi relevé l'absence de solution sécuritaire quant à l'entreposage des tonnes de déchets radioactifs qui seraient produits par cette mine et qui demeureraient plus radioactifs que l'uranimum lui-même et ce, pendant des millénaires.

    Alors moi ce que je dirais, c'est que si jamais cette mine voit le jour, on devrait aller entreposer ces déchets dans la cour de madame Valérie Filliion, directrice générale de l'Association de l’exploration minière du Québec ou dans celle de monsieur Michael Binder, président de la Commission canadienne de sûreté nucléaire.

    Après un certain temps, comme le poète Péloquin, on pourra demander à ce gentil couple idéologique :

    « Vous êtes pas tannés de mourir, bandes de caves ? »

  • André Cournoyer - Abonné 30 juillet 2015 17 h 44

    Crédible la CCSN ?

    Une simple question. N'est-ce pas là l'organisme dont la présidente avait été renvoyée parce qu'elle jugeait un réacteur en Ontario non sécuritaire et qu'elle menaçait de le fermer? Organisme de surveillance ou organisme de pression?

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 31 juillet 2015 10 h 31

    Toute cette pollution pour une réserve uranifère qui se situe à moins de 0,12% de la réserve mondiale!


    Dans son Rapport, le BAPE (no308 p. viii) souligne que la ressource uranifère québécoise est «marginale» (moins de 0,12% de la réserve mondiale) si on la compare, par exemple, à la Saskatchewan (16%).

    Ajoutons qu'il n’y a pas à toute fin pratique d’acceptabilité sociale pour ce genre de développement à haut risque environnemental.

    M. Francoeur a raison d’affirmer qu’en raison "des incertitudes, des lacunes et des limitations parfois importantes dans la connaissance scientifique et technologique, le dossier est loin de susciter un consensus social et politique, ce qui se traduit au Québec par une faible acceptabilité". De Plus et pas le moindre, "dans les communautés autochtones des territoires conventionnées de la Baie-James et du Nunavik ainsi que du Québec méridional, le rejet de la filière uranifère est quasi unanime".

    En conclusion du rapport le gouvernement serait sage avisé de "suspendre temporairement ou de façon permanente" l'extraction d'uranium sur le sol québécois.