Les pêcheurs de l’est du pays ligués contre le développement pétrolier

Dans une lettre aux ministres fédéraux des Ressources naturelles, de l’Environnement et des Pêches, une vingtaine de communautés et d’associations de pêcheurs vivant et travaillant sur les côtes du golfe demandent au gouvernement de prendre le temps de bien mesurer les risques avant d’y entreprendre des travaux d’exploration.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Dans une lettre aux ministres fédéraux des Ressources naturelles, de l’Environnement et des Pêches, une vingtaine de communautés et d’associations de pêcheurs vivant et travaillant sur les côtes du golfe demandent au gouvernement de prendre le temps de bien mesurer les risques avant d’y entreprendre des travaux d’exploration.

Pour une première fois, les communautés des Premières Nations et les représentants de l’industrie des pêches de cinq provinces — soit le Québec, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, l’Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve — font front commun et demandent la suspension de « toute activité de développement pétrolier dans le golfe du Saint-Laurent ».

Dans une lettre aux ministres fédéraux des Ressources naturelles, de l’Environnement et des Pêches, une vingtaine de communautés et d’associations de pêcheurs vivant et travaillant sur les côtes du golfe demandent au gouvernement de prendre le temps de bien mesurer les risques avant d’y entreprendre des travaux d’exploration.

« Nous demandons une étude environnementale complètement indépendante, souligne Reginald Cotton, porte-parole pour le dossier des hydrocarbures pour l’Association des capitaines propriétaires de la Gaspésie. Nous voulons être certains que le gouvernement est conscient des enjeux. »

Pêcheur aguerri, Reginald Cotton a travaillé à la barre d’un chalutier dans le golfe du Saint-Laurent et dans les eaux de la côte est de Terre-Neuve presque toute sa vie. « Quand on parle de l’exploration pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent, on ne peut pas se baser sur des études faites ailleurs, c’est un écosystème en soi, insiste-t-il. C’est encore plus impensable de la comparer à celle qui est faite en haute mer, dans l’Atlantique par exemple. C’est comme si on comparait une baignoire à un des Grands Lacs. »

L’ancien capitaine de bateau souhaite aussi que la question de l’hiver soit abordée avec les pêcheurs. « Nous voulons savoir s’ils ont pensé que le golfe gèle ! Ce n’est pas comme la mer. »

Au-delà des dérives environnementales qu’un déversement pourrait avoir sur l’écosystème du golfe, ce sont les impacts économiques qui inquiètent l’industrie. En tout, ce sont plus de 5000 entreprises de pêche et une centaine de compagnies d’acheteurs, de transformateurs et d’aquaculteurs qui dépendent du contenu de ces eaux.

« Les ressources du golfe génèrent des dizaines de milliers d’emplois. Ce sont plus de 2 milliards de dollars en activités économiques directes et indirectes », explique Marilyn Clark, directrice de la Nova Scotia Fish Packers Association. Ainsi, même si ces usines ne s’alimentent pas directement dans le golfe, elles sont basées sur ses côtes, s’approvisionnent à son eau et emploient des gens de la région. Un déversement, même petit, aurait donc un impact majeur sur leur bon fonctionnement.

Moratoire autochtone

Plus qu’une simple étude environnementale, les communautés autochtones des régions touchées demandent, pour leur part, l’établissement d’un moratoire étalé sur 12 ans au cours duquel tous travaux d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures présents dans le sous-sol du golfe seront suspendus. Douze années qui devraient servir à mener une étude environnementale et une consultation publique afin que tous les acteurs du milieu soient bien informés de la situation.

« Nous ne sommes pas prêts, les risques sont trop grands, soutient la directrice des consultations et des accommodations au Mi’gmawei Mawiomi Secretariat, Tanya Barnaby. Nous voulons être certains qu’en cas de catastrophe le Canada sera prêt à réagir, car un déversement pourrait avoir un impact catastrophique. »

Selon les trois communautés micmaques qu’elle représente, c’est d’autant plus important que tout leur mode de vie en dépend. « La pêche est notre principale source de subsistance », affirme-t-elle.

Aux dires de M. Cotton, les inquiétudes et revendications soulevées par les représentants de l’industrie de la pêche ne trouvent pas écho du côté des élus. « Nous ne sommes pas contre le pétrole, loin de là, insiste le Gaspésien Reginald Cotton. Nous en avons besoin pour pouvoir faire notre travail, mais ce qu’on dit c’est : “ Pas à n’importe quel prix ! ” Avant de chercher de nouvelles ressources, il faut se préoccuper des espèces qui étaient là avant et les pêcheurs font partie de cet écosystème fragile. »

Nous demandons une étude environnementale complètement indépendante. Nous voulons être certains que le gouvernement est conscient des enjeux.

3 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 23 juillet 2015 03 h 29

    Question

    Quelqu'un s'étonnera-t-il d'un consensus qui n'est que bon sens ?

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 23 juillet 2015 07 h 42

    Enfin !

    Enfin, des communautés autochtones et l'industrie des pêches s'unissent pour demander qu'on se préoccupe d'elles et de leurs milieux avant d'autoriser des travaux susceptibles de les ruiner. Elles renforcent ainsi les scientifiques et les associations environnementalistes.

  • François Dugal - Inscrit 25 juillet 2015 07 h 48

    Le poids politique

    Quel est le poids politique d'une première nation et des pêcheurs face au lobby du pétrole?