Paris réunit les consciences face à une «crise de sens»

Dignitaires chrétiens, sagesasiatiques, Indiens d’Amazonie ou philosophes occidentaux, des dizaines d’autorités morales se sont réunies mardi à Paris pour un « sommet des consciences »sur le climat, quatre mois avant la conférence COP21 en France.

Ce rendez-vous « part du constat que la crise climatique, et plus largement la crise écologique, ne se réduit pas à ses dimensions scientifique, technologique, économique et politique », mais qu’« il s’agit d’une crise de sens », a souligné le président français, François Hollande.

Le climat, « why do I care » (« pourquoi je m’en préoccupe ») : sous ce mot d’ordre se sont retrouvées une quarantaine de personnalités, dont l’ex-secrétaire général des Nations unies Kofi Annan ou le Bangladais Muhammad Yunus, pionnier du microcrédit et Prix Nobel de la paix 2006.

Elles « sont rassemblées pour envoyer un seul message : un accord doit être trouvé à Paris lors de la conférence sur le climat. Ce n’est pas une affaire de chefs d’État et de gouvernement, c’est l’affaire de tous les habitants de la planète », a souligné François Hollande.

L’événement a été organisé à l’initiative de Nicolas Hulot, envoyé spécial du président français pour la protection de la planète.

« Ce qui se joue à Paris, c’est la paix ou le conflit. Nous allons choisir la paix », a-t-il lancé en référence aux troubles éventuels dus aux dérèglements climatiques comme les rivalités pour l’accès à l’eau, les réfugiés climatiques entre autres.

Bases de compromis

La grande conférence sur le climat à Paris, du 30 novembre au 11 décembre, réunira 195 pays sous l’égide des Nations unies qui devraient s’engager à limiter la hausse des températures, générée par les émissions de gaz à effet de serre.

En prévision de l’échéance, des représentants d’une quarantaine de pays, dont une trentaine de ministres, ont mené lundi et mardi des négociations informelles à huis clos à Paris.

Ils ont cherché les bases de compromis sur deux questions majeures : les ambitions du futur accord (faut-il essayer de limiter la hausse des températures à 2 °C ? À 1,5 °C ?) et la répartition des efforts entre pays développés et en développement.

L’objectif de ces discussions était d’impliquer les politiciens suffisamment en amont, une leçon de l’échec de la conférence de Copenhague de 2009, quand les chefs d’État avaient été appelés à la rescousse en dernière minute.

« Les choses avancent », a jugé mardi soir le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, tout en admettant « des points à améliorer » sur « les moyens financiers et technologiques » à mettre en oeuvre pour lutter contre le changement climatique. « J’ai reconvoqué une nouvelle réunion » début septembre « pour avancer sur ces sujets difficiles », a-t-il annoncé.

La négociatrice française Laurence Tubiana a évoqué « une percée » avec des progrès sur plusieurs points clés.

Même optimisme au Vatican, où le pape François, qui recevait une soixantaine de maires de grandes villes, a dit avoir « beaucoup d’espoir » de voir un « accord fondamental » signé lors de la COP21.

Choix à défendre

À son instar, plusieurs responsables religieux sont très impliqués dans la lutte contre le réchauffement climatique. Le cardinal ghanéen Peter Turkson, probable représentant du pape à la COP21, a appelé à emprunter la « route difficile » d’un « changement de trajectoire » sur le climat. « Notre responsabilité est à la hauteur de l’urgence », a renchéri le patriarche orthodoxe Bartholomée.

Plus pragmatique, le photographe brésilien Sebastião Salgado a estimé que « la seule manière de réduire la présence du carbone, c’est de planter ». « Il faut inviter les paysans à la COP21 », a-t-il enchaîné, dubitatif devant « les discussions bureaucratiques et techniques ».

Le sommet a signé un appel invitant chaque chef de délégation à la COP21 à s’interroger, « en conscience, sur les positions, les choix qu’il aura à défendre ».

Parmi les signataires figure l’acteur Arnold Schwarzenegger, qui dans un message vidéo a appelé les participants à poursuivre leur lutte contre le changement climatique, qui n’est « pas de la science-fiction »,mais « une bataille dans un monde réel » : « C’est plus grand que n’importe quel film, c’est le défi de notre temps », a glissé « Terminator ».

6 commentaires
  • Raymond Labelle - Abonné 21 juillet 2015 10 h 20

    Pèlerinages libres de carbone...

    ...une des grandes difficultés est que le simple fait d'y aller, comme par exemple en avion, en auto ou en autobus, émet déjà beaucoup de GES.

    Ne pas aller aux pèlerinages du tout serait sans doute la mesure la plus efficace.

    • Daniel Bérubé - Inscrit 22 juillet 2015 12 h 18

      Suggérez la chose à Harper, il vous approuvera sûrement à 110% !

  • Yvon Bureau - Abonné 21 juillet 2015 10 h 24

    Encourageant+++

    SVP Continuez+++

    En attendant, que les dieux et les diables débarrassent le Canada des Conservateurs au pouvoir!

  • Maryse Veilleux - Abonnée 21 juillet 2015 11 h 24

    Tim Hortons?...

    Le Canada y assiste-t-il ou son représentant préfère être au Tim Horton, comme ce qui s'est déjà produit avec l'ONU il y a quelques années....

  • Jean-Paul Rouleau - Inscrit 21 juillet 2015 12 h 11

    Un rassemblement majeur

    Enfin, une conférence qui s'attaque à la source profonde des problèmes et nous met sur la piste de solutions globales et durables pour stopper la destruction lente mais continue de la planète à laquelle s'adonne l'humanité depuis les derniers siècles, un processus qui s'est accéléré au cours des 150 dernières années. Tout repose sur les consciences et la responsabilité, comme l'affirme le pape François dans son encyclique sur la sauvegarde de la maison commune, qui propose l'invention et l'instauration d'une nouvelle culture centrée sur les personnes et les vivants. Une culture dont nous ne disposons pas actuellement, comme l'affirme le pape dans le paragraphe 63 de son document. Fondamentalement, c'est à un profond changement des esprits, des coeurs et des agirs individuels et collectifs qu'il faut travailler.

    Chapeau aux organisateurs de la Conférence de Paris qui ont eu l'idée de ce rassemblement mondial de sages et qui l'ont réalisé ! Cette fois, on peut se mettre à espérer des résultats valables de cette nième conférence sur le climat.

    Jean-Paul Rouleau
    Abonné

    • Daniel Bérubé - Inscrit 22 juillet 2015 12 h 31

      Effectivement, et comme dans l'article parut il y a quelques jours: " L'appel du 18 juin du pape..." où l'on retrouvait une phrase qui pour ma part, m'a fait réfléchir, et qui disait: ..."Pour le sociologue Edgar Morin il s’agit ni plus ni moins « de l’acte 1 d’un appel pour une nouvelle civilisation ». ...

      C'est effectivement cet objectif qui devrait être considéré, car essayer de "changer le monde" tel qu'il est actuellement, avec les outils en place actuellement est selon moi utopique. Les vieux outils, ou vielles politiques ne conviennent qu'aux vieux problèmes. N'assayez pas de réparer une automobile d'aujourd'hui avec les outils des mécaniciens des années '50... aujourd'hui, ce sont des ordi. que l'on doit brancher sur les autos et qui diront quoi faire. Un retard a été pris sur la chose, et c'est ce retard qu'il faut ratrapper. Il est du devoir du pape de jouer le rôle de leader dans les "consciences" des hommes d'états et politiques. Mais... pour éveiller une conscience, il est nécessaire qu'il y en ait une, et qu'elle ne soit qu'endormi. Chez certains, je crains qu'elle ne soit... DCD... (décédée)...