Les abeilles ont connu une meilleure année au Canada

Après l’hiver 2014-2015, ce sont 16 % des abeilles qui sont mortes, la moyenne la plus basse des huit dernières années.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Après l’hiver 2014-2015, ce sont 16 % des abeilles qui sont mortes, la moyenne la plus basse des huit dernières années.

Moins d’abeilles sont mortes cette année au Canada, mais les colonies ne sont pas tirées d’affaire. À partir des données des ministères provinciaux, l’Association canadienne des professionnels de l’apiculture (ACPA) publie un rapport qui fait état d’une diminution encourageante de la mortalité.

Après l’hiver 2014-2015, ce sont 16 % des abeilles qui sont mortes, la moyenne la plus basse des huit dernières années. C’est la moitié moins, en proportion, que durant les pires années d’hécatombe, quand, entre 2007 et 2009, 32 % des abeilles mouraient annuellement. Les colonies comptabilisées comptent pour la moitié de toutes celles exploitées et hivernées à travers le pays.

« Une excellente nouvelle pour les abeilles », souligne le président de l’ACPA, Medhat Nasr. Il fait cependant remarquer de fortes disparités entre les provinces, la situation étant meilleure dans l’ouest du pays. L’hiver particulièrement doux aurait pris soin de la santé des butineuses des Prairies, alors que le temps très froid sévissait dans l’est.

« On se rapproche globalement d’un niveau de mortalité plus acceptable pour les apiculteurs, même si les conditions restent difficiles », détaille M. Nasr. Cet apiculteur de formation, maintenant à l’emploi du ministère albertain de l’Agriculture, fait référence non seulement à notre rude climat, mais aussi à des parasites comme le varroa ou le nosema.

Quant aux insecticides néonicotinoïdes, il avance que le lien n’a pas encore été démontré pour les abeilles de l’Ouest. Ces « neonics » sont pourtant montrés du doigt partout sur la planète comme quelques-uns des responsables de la diminution drastique du nombre d’essaims, un phénomène baptisé « syndrome d’effondrement des colonies ».

 

S’attaquer aux enjeux systémiques

Ainsi, même s’il accueille favorablement les chiffres du rapport de l’ACPA, Léo Buteau met en garde contre un enthousiasme hâtif. Le président de la Fédération des apiculteurs du Québec montre du doigt les causes systémiques du déclin des stocks, contre lesquelles rien n’est encore fait. « Le problème, ce sont les modes de production agricoles, dit-il, quand 95 % des cultivateurs de maïs et de soya utilisent des néonics, alors qu’on pense qu’ils sont inutiles. »

Il est aujourd’hui difficile de trouver autre chose sur le marché que ces semences « enrobées » d’insecticides, dont on promet qu’ils protègent contre les pires pestes, les vers blancs entre autres. L’usage systémique — et systématique — de ces pesticides ne date que de quelques années au Canada. Le gouvernement fédéral les a homologués en 2004.

Depuis, M. Buteau, qui possède des ruches depuis 30 ans, a observé de près le déclin de ces précieux insectes autour de lui. Il rapporte aussi que d’importants vendeurs de néonicotinoïdes, notamment Bayer, investissent massivement pour polliniser les champs de canola des Prairies. « Il y a un aspect politique à tout rapport », croit-il, en faisant remarquer que le consensus scientifique diffère d’une province à l’autre. Sa fédération voudrait voir l’utilisation de ces pesticides mieux encadrée.

Vers une réglementation ?

L’Ontario espère réduire de 80 % l’utilisation des néonicotinoïdes d’ici deux ans, grâce à une réglementation plus sévère sur leur utilisation. Les producteurs qui souhaitent utiliser les semences enrobées de ces insecticides devront dorénavant présenter un diagnostic démontrant qu’ils éprouvent déjà des problèmes d’insectes. Il s’agit du premier gouvernement à légiférer en la matière en Amérique du Nord, alors que l’Europe a imposé un moratoire sur l’usage de trois néonicotinoïdes, en 2013, sur des cultures attirant les abeilles. La France a depuis voté l’interdiction de toute la famille de ces insecticides dès 2016.

Le ministère de l’Environnement travaillerait sur une réglementation, rapporte M. Buteau, en se penchant de près sur l’ontarienne, l’assure-t-on. « Est-ce que ça va passer ? Difficile à dire. »