Québec ne prévoit pas de mener de consultations sur le projet de Belledune

Même si le projet de transport de pétrole par train vers le futur port de Belledune au Nouveau-Brunswick suscite de vives inquiétudes dans des municipalités du Québec, le gouvernement Couillard ne prévoit pas mener de consultations ou d’audiences publiques spécifiques au projet avant le passage des convois, a appris Le Devoir.

Dans le cadre du projet de port d’exportation Chaleur Terminals, deux convois totalisant 220 wagons devraient sillonner chaque jour le sud du Québec, et ce, à partir de 2017. C’est trois fois le nombre de wagons que comptait le convoi qui a provoqué une tragédie humaine, environnementale et économique il y a deux ans à Lac-Mégantic.

Selon les recherches effectuées par Le Devoir, tout indique que les convois passeront par l’île de Montréal, avant de poursuivre leur route vers Saint-Bruno-de-Montarville, puis au coeur de Mont-Saint-Hilaire, Saint-Hyacinthe et Drummondville. Ils longeront en partie l’autoroute 20, puis Lévis. Les convois comptant 110 wagons chacun passeront, deux fois par jour, en plein coeur de Rivière-du-Loup, mais aussi par Trois-Pistoles et Rimouski.

Plusieurs autres municipalités du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie verront aussi défiler quotidiennement les wagons chargés de pétrole des sables bitumineux. Au total, les livraisons expédiées chaque jour vers un port situé sur les rives de la baie des Chaleurs atteindront près de 160 000 barils. Cela signifie près de 58 millions de barils par année.

Une telle perspective suscite d’ailleurs de vives inquiétudes depuis plusieurs mois chez des groupes citoyens, mais aussi des municipalités et des MRC. À titre d’exemple, la MRC de la Matapédia, qui regroupe 18 municipalités, a adopté une résolution afin de manifester son opposition. Les trois nations micmaques de la Gaspésie ont même intenté une poursuite contre le gouvernement du Nouveau-Brunswick, qui a donné le feu vert au projet de port.

Pas de consultations

Le gouvernement Couillard n’entend toutefois pas mener de consultations ou d’audiences publiques spécifiques au controversé projet. Selon ce qu’a confirmé au Devoir le cabinet du ministre de l’Environnement, David Heurtel, toute la question du transport de pétrole au Québec doit être traitée dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique (EES) portant sur les hydrocarbures.

Cette EES, lancée l’an dernier, a toutefois hérité d’un vaste mandat. Elle porte en effet sur l’ensemble de la filière fossile au Québec. Elle inclut donc tous les projets d’exploration pétrolière et gazière, que ce soit en milieu terrestre ou en milieu marin, mais aussi les dossiers de transport de pétrole par pipeline, par bateau et par train.

Le comité qui mène présentement cette EES est par ailleurs présidé par des représentants du gouvernement, qui doivent s’assurer de l’« objectivité » de la démarche. Son rapport doit être déposé cet automne, en vue du dépôt de loi qui encadrera toute la filière des énergies fossiles au Québec.

Or, cette EES ne comprend pas pour le moment de consultations publiques comme celles que mènerait, par exemple, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. En fait, selon ce qui a été précisé par le gouvernement Couillard au moment de l’annonce de l’EES, « une consultation publique en ligne sera menée par le comité directeur avant la publication du rapport final ».

Au cabinet du ministre Heurtel, on a toutefois indiqué que des rencontres publiques se tiendront « au cours de l’automne 2015 ». « Leur forme sera annoncée en temps et lieu par les membres du comité directeur de l’EES », a-t-on précisé. Si Québec décide de mener des « rencontres » publiques dans le cadre de l’EES, cela constituera un changement de cap par rapport à ce qui avait été prévu au départ.

Le Parti québécois a déjà demandé au gouvernement de mandater le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement pour qu’il étudie le projet de transport de pétrole vers Belledune. Mais le gouvernement Couillard n’a pas donné de suite à cette demande.

Deux convois totalisant 220 wagons sillonneront chaque jour le Québec à partir de 2017.

2 commentaires
  • Josée Duplessis - Abonnée 17 juillet 2015 08 h 19

    Rappelons ce que M. Couillard dit au micro quand ça parait bien et que c'est politiquement payant pendant les rencontres entre les provinces pour parler d'une ''Stratégie canadienne de l'énergie''.
    (Ce qui pour ma part a l'air d'une mascarade arrangée pour faire passer le
    morceau. ) :Je cite l'article d'aujourd'hui
    ''Le Québec n’appuiera pas un projet néfaste pour l’environnement ou contraire à la sécurité parce qu’il bénéficie des pétrodollars, a rétorqué M. Couillard. « Une grandepartie de la richesse générée au Canada […] qui est redistribuée sous forme de paiements de transfert [de péréquation] vient de l’économie de l’Ouest, qui est axée sur les combustibles fossiles. On sait cela. Mais, ce n’est pas une raison pour diminuer les standards environnementaux ou diminuer nos inquiétudes sur la sécurité des gens et ne pas inclure également dans la Stratégie de l’énergie la question des énergies renouvelables, notamment de l’hydroélectricité », a-t-il affirmé en point de presse.
    ÇA contraste avec ce que l'on lit dans ce présent article: je cite encore:
    ''Même si le projet de transport de pétrole par train vers le futur port de Belledune au Nouveau-Brunswick suscite de vives inquiétudes dans des municipalités du Québec, le gouvernement Couillard ne prévoit pas mener de consultations ou d’audiences publiques spécifiques au projet avant le passage des convois, a appris Le Devoir.

    Notre santé et notre sécurité a le dos large quand ça leur donne de la crédibilité mais quand il s'agit de la défendre par des gestes et des politiques concrètes, elle ne tient plus à rien.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 17 juillet 2015 08 h 41

    Le gouvernement du Québec fait plus que ne pas s'intéresser au rail, il se voile les yeux et nous abandonne à notre sort.

    L'ignorance et l'inconscience du gouvernement du Québec à l'égard du rail sont infinies. Il ne voit pas que des wagons pétroliers officiellement déclarés dangereux par le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) circuleront sur son territoire, en plein milieu des villes. Un peu comme c'était et c'est encore le cas pour l'ancienne voie ferrée du CN passant par Lac Mégantic, il ne connaît pas l'état des voies ferrées. Il devrait intervenir et demander au fédéral de forcer les compagnies ferroviaires à utiliser des wagons sécuritaires sur des voies sécuritaires. Il devrait également demander de faire inspecter les voies ferrées par des entreprises responsables et de publier leurs rapports. Il y a eu, y a et y aura encore régulièrement des déraillements. Les voies ferrées situées à l'est de Rivière-du-loup sont vieilles et le CN vient tout juste de les racheter d'une compagnie insolvable. Les rendra-t-il sécuritaires?