Des déchets du Canada enfouis aux Philippines

Après deux années de controverse, des centaines de tonnes de déchets exportées du Canada seront finalement enfouies aux Philippines malgré les contestations de groupes environnementaux. Ceux-ci avaient notamment évoqué la convention de Bâle, qui est censée restreindre sévèrement le transport de tels déchets des pays riches vers ceux en développement.

En tout, 55 conteneurs remplis de déchets et retenus depuis 2013 dans le port de Manille ont ainsi commencé à être vidés de leur contenu dans une décharge située à environ trois heures de route au nord de la capitale, ont indiqué mardi les douanes et l’opérateur du site. Les opérations devraient être prochainement terminées.

Selon l’ambassade canadienne, citée par l’Agence France-Presse, le gouvernement de Manille a néanmoins accepté de « détruire le chargement, dans le respect des lois [du pays] sur l’environnement ».

Les groupes écologistes, qui ont dénoncé à maintes reprises cette exportation de déchets domestiques, ont critiqué la décision des autorités. « Nous regrettons que les villages locaux doivent souffrir de ces déchets étrangers », a réagi Angelica Carballo, porte-parole de l’organisation Ban Toxics. « Nous regrettons ce qui s’apparente à une complicité de notre gouvernement avec le Canada », a-t-elle dit. Les opposants ont d’ailleurs régulièrement manifesté devant l’ambassade du Canada à Manille.

Il faut dire que ce dénouement suit une saga qui a débuté à la mi-2013, lorsque les services des douanes ont saisi les conteneurs. Leur contenu aurait été présenté comme des matières recyclables, alors qu’il s’agissait tout simplement d’ordures ménagères diverses. C’est l’entreprise ontarienne Chronic Inc., qui exporte notamment des déchets de plastique, qui aurait expédié les conteneurs. Mais celle-ci a nié en être la source.

À la fin de 2014, le gouvernement des Philippines avait recommandé que les conteneurs soient retournés au Canada en s’appuyant sur la convention de Bâle. Celle-ci encadre les mouvements de déchets d’un pays à l’autre. Elle a surtout été élaborée en vue de freiner les exportations de déchets dangereux des pays industrialisés vers les pays en développement, où les règles environnementales sont habituellement plus laxistes. Le Canada a ratifié la convention de Bâle en 1992.

Cependant, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères avait réitéré plus tôt cette année la position de longue date d’Ottawa à ce sujet, en mentionnant que cette affaire de conteneurs de déchets constituait un problème commercial de nature privée entre une entreprise canadienne et un partenaire des Philippines.