Les premiers ministres veulent accélérer la construction des pipelines

Le Conseil de la fédération qui se tient à Terre-Neuve cette semaine devrait être l’occasion, pour les premiers ministres, de signer un accord en vue d’une approbation plus rapide des projets de pipelines développés pour favoriser l’expansion de l’industrie pétrolière albertaine. Des désaccords persistent toutefois sur la place qu’occuperait la lutte contre les changements climatiques dans ce contexte.

Le Globe and Mail a obtenu une copie d’un document préparé depuis des mois par le Groupe de travail sur la Stratégie canadienne de l’énergie et qui doit être approuvé au cours des prochains jours par les premiers ministres des provinces et des territoires.

Ce groupe de travail, créé en juillet 2012, est coprésidé par le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Paul Davis, le premier ministre du Manitoba, Greg Selinger, et la première ministre de l’Alberta, Rachel Notley. Il est formé des ministres de l’Énergie des provinces et des territoires.

Les grandes lignes du document de travail obtenu par le quotidien torontois indiquent que les premiers ministres devraient parvenir à St. John’s à un accord qui encadrera le développement futur du secteur énergétique au pays, et plus particulièrement de celui des énergies fossiles que sont le pétrole et le gaz naturel.

Les premiers ministres devraient en fait accepter de « développer et d’améliorer » les « réseaux de transport » nécessaires pour satisfaire la consommation locale et répondre aux besoins des marchés d’exportations.

Deux sections du plan prévoient ainsi que les provinces et les territoires s’engagent à faciliter le développement des infrastructures nécessaires pour le transport de la production énergétique. Selon le texte du document, les approbations de projets comme la construction de pipelines devraient intervenir plus rapidement, puisque les juridictions seraient ajustées en ce sens.

« Alors que la production d’énergie s’accroît pour répondre à la demande locale et à la demande internationale, notre pays doit se doter des pipelines, des systèmes d’électricité et autres infrastructures énergétiques nécessaires pour transporter les produits énergétiques jusqu’aux gens qui en ont besoin », stipule clairement le document de 37 pages obtenu par le Globe.

Pétrole contre climat

Cette croissance de la production liée au secteur de l’énergie est surtout concentrée en Alberta, où la production des sables bitumineux connaît une augmentation continuelle depuis quelques années. Selon les prévisions de l’industrie fossile, la production quotidienne devrait atteindre 4,5 millions de barils en 2025, puis 5,2 millions de barils en 2030 (trois fois la consommation actuelle du pays).

C’est dans cette optique que des projets comme le pipeline Énergie Est de TransCanada sont développés. À lui seul, il devrait transporter chaque jour vers le Québec le tiers de la production des sables bitumineux lorsqu’il entrera en fonction complété.

Selon le Globe, des désaccords persistent toutefois sur la place qu’occuperait la lutte contre les changements climatiques dans ce contexte. Nulle part le document n’explique comment la croissance de la production des sables bitumineux peut être compatible avec la lutte contre le bouleversement du climat.

La Stratégie canadienne de l’énergie aura à coup sûr « une bonne touche de vert », a toutefois assuré lundi le ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, Jean-Marc Fournier, dans un entretien téléphonique avec Le Devoir.

La nouvelle Stratégie canadienne de l’énergie balisera la « transition des hydrocarbures vers des énergies renouvelables » des provinces et des territoires, a-t-il ajouté.

Les sept conditions préalables au feu vert du gouvernement du Québec au controversé projet d’oléoduc Énergie Est de TransCanada « vont demeurer », a souligné M. Fournier. Celles-ci n’incluent aucune évaluation des émissions de gaz à effet de serre résultant de la production pétrolière qui coulera dans ce tuyau, soit 400 millions de barils chaque année. Ces émissions équivalent à l’ajout de sept millions de véhicules sur les routes.

17 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 13 juillet 2015 18 h 31

    Les dés

    Les dés sont jetés et on le prévoyait déjà depuis belle lurette. Nous on va regarder le train passer, et puis un autre et puis un autre. De toute façon on a déjà commencé à subventionner les fabriquants de pipelines. Les GES? Bah! y a rien là. Couillard Arcand et Heurtel s'en occupent.

  • André Tremblay - Abonné 13 juillet 2015 19 h 43

    Les politiciens

    Avec des nouvelles comme celle-ci, comment voulez-vous que l'on ne soit pas cyniques envers nos politiciens ? Pas plus tard que la semaine dernière ils disaient qu'ils voulaient réduire notre dépendance aux produits prétoliers et aujourd'hui ils disent qu'ils veulent accélérer la construction de pipelines pour permettre à l'Alberta d'acheminer encore plus de pétrole sale, et cela plus rapidement. Parlons donc des quatre côtés de la bouche tant qu'à y être!

    • Jean-Yves Arès - Abonné 15 juillet 2015 10 h 48

      Notre dépendance aux produit pétrolier en est une de consommation.

      Arrêtez complétement toute production canadienne de pétrole ne changerait strictement rien a notre consommation de ce produit.

      Il a donc zéro bénéfice environnementale a la restricition de production de pétrole ici.

      La seule solution passe par une réduction importante de notre consommation. Mais cela implique qu'il y ai des options qui ne heurtent pas trop notre niveau de confort économique auquel on est si attaché...

    • Jean Santerre - Abonné 15 juillet 2015 11 h 14

      M. Jean-Yves Arès.
      Nous avons des problèmes de surconsommation et de boulimie matérielles, mais on ne peut pas dire que nous ayons un problème de consommation.
      Il faut bien distinguer les besoins et les aspirations légitimes des excès.
      On peut bien prendre une douche de cinq minutes pour se laver, mais si vous y restez pour plus longtemps que pour vous y lavez, alors oui vous surconsommer.
      Les Québécois utilisent 75% plus d’eau en bouteille que les Ontariens qui ne boivent pas moins que nous.
      L’aqueduc fournit toute l’eau potable de qualité qu’il nous faut.
      On doit manger, boire, se loger, s'habiller et se déplacer, vivre en somme, mais si vous faite de l'embonpoint, parce que vous manger mal ou trop, jeter de la nourriture ou toute autre chose que vous n'avez pas utiliser et habiter un endroit ou il y a des pièces vides alors vous être définitivement dans la surconsommation.
      En ce sens, le pétrole utilisé pour le transport comporte une part importante de surconsommation évitable par rapport à l'utilisation plus raisonnable et planifié de ses déplacements et éviter d’utiliser une voiture qui ne transporte qu'un seul individu et qui n'est pas trop grosse pour son usage principal.
      Et si cette voiture est électrique, alors on réduit les effets néfastes de manière drastique.
      En plus de contribuer aux objectifs de réduction des gaz à effet de serre et de réduire la pollution.
      La consommation est absolument légitime si elle est raisonnable.
      Faire l'apologie d'un mode de vie saine tout en acceptant de surproduire davantage ce qui nous rend malades et pauvres est un mensonge et cela est un problème beaucoup plus criant.
      C’est bien de cela dont il s’agit, de mensonge de la part de notre premier ministre et on doit le condamner.

  • André Côté - Abonné 13 juillet 2015 21 h 16

    C'est à désespérer...

    «Le gouvernement Couillard entend toutefois mener une évaluation environnementale du projet. Celle-ci ne tiendra pas compte des émissions de gaz à effet de serre résultant de la production pétrolière qui circulera dans le pipeline.» On feint la prudence pour se donner bonne conscience et nous faire avaler la pilule de force. Quelle duperie! C'est à désespérer des politiciens.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 14 juillet 2015 06 h 54

    Bien sûr!...

    ... oui et surtout faire cela avant que le gouvernement fédéral n'intervienne quant aux normes de contructions des wagons qui ont causé l'énorme explosion à Lac Mégantic, et qui sillonnent toujours le pays!...

  • Bernard Terreault - Abonné 14 juillet 2015 07 h 41

    Est-ce payant?

    Au moins, si le Québec exigeait le gros fric en échange du droit de passage sur son territoire. Mais non, on fait un cadeau à l'Alberta sans ristourne pour nous.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 15 juillet 2015 08 h 00

      Y a pas assez d'argent imprimé dans le monde pour payer pour le désastre inévitable au bout de cette route.

      Et y a pas de retour.

      PL