Québec et la nation crie signent une fragile entente

Après six mois de négociations laborieuses, le gouvernement Couillard et la nation crie ont signé une entente, lundi, qui permet de régler hors cours un litige concernant les activités de la compagnie forestière Résolu sur une importante portion du nord québécois. Si les écologistes saluent l’accord qui prévoit aussi la création d’une aire protégée, ils déplorent qu’un secteur névralgique pour le caribou forestier, une espèce menacée, demeure accessible à l’activité commerciale.

L’entente négociée avec l’intervention de l’ex-premier ministre Lucien Bouchard comme médiateur met fin à plusieurs années de différends entre les Cris et la forestière. Le Grand conseil des Cris (GCC) reprochait à Résolu de mettre en oeuvre un programme de coupes à blanc contraire à l’entente Baril-Moses de 2002. Cette entente couvre un vaste territoire qui s’étend du Lac-Saint-Jean jusqu’à la Baie-James, dans lequel se trouvent plusieurs terres ancestrales cries.

La nation crie a d’ailleurs intenté en 2013 une poursuite de 13 millions de dollars contre le gouvernement provincial en plus d’envoyer il y a quelques semaines une mise en demeure à Résolu.

« Une première étape »

Tandis que le premier ministre Philippe Couillard a qualifié la nouvelle entente de « jalon significatif dans la relation de nation à nation entre le Québec et les Cris », les porte-parole cris affichaient un optimisme plus timide. « C’est une première étape, mais il y a encore beaucoup de points sur lesquels il faudra s’entendre », déclare au Devoir Bill Namagoose, directeur général du GCC. Ce dernier précise qu’il s’agit d’un « accord transitoire de cinq ans », devant mener à de nouvelles modalités de partage du territoire, pour harmoniser les activités d’exploitation forestière avec les activités de chasse, de pêche et de piégeage des Cris. Un groupe de travail conjoint, avec les Cris, Québec et les Innus — qui se sont opposés à l’entente —, doit aussi voir le jour pour proposer des mesures consensuelles sur les normes de gestion forestière et de protection du caribou forestier. « On souhaite que les Innus se joignent aux discussions, mais on ne sait pas s’ils finiront par accepter », reconnaît M. Namagoose.

Aire protégée et caribous

Il n’y a pas que les Innus qui étaient mécontents de l’entente ; les Cris de la communauté de Waswanipi se sont rendus lundi devant l’Assemblée nationale pour signifier leur désaccord. Bien qu’ils saluent le fait que l’accord débouche sur la création d’une aire protégée de 9134 km2 dans la région de la rivière Broadback et du lac Evans, ils demeurent très préoccupés par le sort du caribou forestier. « Nous voulions un territoire qui permet de garder les forêts anciennes intactes, ce qui est idéal pour le caribou. Maintenant, elles vont être séparées par des kilomètres d’activités industrielles », dénonce Mandy Gull, chef adjointe des Cris de Waswanipi. En entrevue au Devoir, elle avoue du même souffle que sa communauté se sent trahie par le grand chef cri Matthew Coon Come, qui a accepté l’entente malgré leur opposition. Mme Gull promet que tout sera fait pour alerter l’opinion internationale, spécialement les acheteurs de produits forestiers, afin de freiner la mise en marché du papier et du bois de la vallée de la Broadback.

Le caribou forestier vit très mal dans un environnement fragmenté par les coupes, où il est plus à risque de rencontrer ses prédateurs, renchérit Patrick Nadeau, directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Canada. À ses yeux, l’absence de protection pour la forêt intacte est l’omission la plus évidente de l’entente, car il s’agit d’un secteur névralgique pour cette population menacée de disparaître. Présent au moment de l’annonce, M. Nadeau a noté que le premier ministre a promis d’annoncer bientôt de nouvelles mesures pour assurer le rétablissement du caribou. « C’est un peu encourageant, on semble comprendre que la disparition de cette espèce est bien réelle, reste à voir quels gestes seront posés. »

Une vraie protection de la Broadback aidera à créer un marché plus durable pour les produits forestiers du Québec, fait valoir le responsable de la campagne Forêt de Greenpeace, Nicolas Mainville. À son avis, plusieurs grands acheteurs aux niveaux national et international exigent des produits qui ne proviennent pas d’habitats d’espèces menacées. Greenpeace est d’avis qu’il n’est pas trop tard pour que le gouvernement revoie le découpage de cette nouvelle aire protégée, afin qu’il soit plus conforme aux revendications cries.

Par ailleurs, Québec s’est engagé à protéger 12 % de son territoire d’ici la fin de l’année, puis 20 % du territoire du Plan Nord d’ici 2020, et ultimement 50 % de ce territoire d’ici 2035.

Certification FSC: il y a encore beaucoup à faire

Le litige entre les Cris et la papetière Résolu a amené l’organisme international Forest Stewardship Council (FSC) à suspendre en avril sa certification de l’entreprise sur certains territoires, ce qui avait porté un dur coup à l’image de la forestière. La norme FSC, mise sur pied il y a plus de vingt ans, a établi des critères à respecter pour les forestières, après des décennies de destruction de vastes étendues de forêt dans plusieurs régions de la planète. Ces critères comprennent notamment le maintien à long terme de la viabilité économique des forêts, le respect de la biodiversité liée aux milieux forestiers, mais aussi des traités internationaux et des droits des peuples autochtones. Selon le porte-parole de Greenpeace Nicolas Mainville, rien n’assure que l’entente entre Québec et les Cris permettra à Résolu de ravoir la certification en raison de plusieurs autres cas de non-conformité, qu’il s’agisse de coupes trop élevées dans les vieilles forêts ou du manque de plans pour le rétablissement du caribou forestier. « Depuis les 6 derniers mois, l’entreprise n’a rien fait pour régler ces 13 autres cas de non-conformité. Ils ont un an pour agir, mais ils ont beaucoup de pain sur la planche », commente M. Mainville.
1 commentaire
  • Jacques Gagnon - Abonné 13 juillet 2015 16 h 42

    N'importe quoi

    D'abord on veut protéger l'habitat du caribou forestier et non pas le caribou lui-même, dont on ne sait pas du tout la population, que l'on a récemment trouvée augmentée, sans que l'on puisse l'expliquer. En somme, on ne sait pas combien il y en a.

    D'ailleurs voici ce que l'on trouve venant de la fondation Suzuki : «Pour le Québec, cette étude recommande que l'aire de répartition du caribou forestier soit maintenue jusqu'à ce que des recherches supplémentaires permettent de délimiter les populations de caribou et de déterminer si elles sont, ou non, capables de résister à une dégradation additionnelle de leur habitat.»

    Secundo, on mélange caribou et caribou forestier et tertio , les Innus ne sont pas d'accord avec cette entente. En somme monsieur Mainville et ses extrémistes ne seront heureux que lorsque l'industrie forestière s'éteindra. Vous pouvez augmenter les aires protégées du pôle nord jusqu'à Montréal.