Québec finance un fabricant de pipelines

Selon le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, les fonds publics accordés à Canadoil Forge, une entreprise qui fabrique des portions de pipelines, devraient permettre de réduire ses émissions de 694,5 tonnes de GES par année. 
Photo: iStock Selon le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, les fonds publics accordés à Canadoil Forge, une entreprise qui fabrique des portions de pipelines, devraient permettre de réduire ses émissions de 694,5 tonnes de GES par année. 

Le gouvernement Couillard vient d’accorder une subvention de près de 350 000 $ à l’entreprise Canadoil Forge, qui fabrique des portions de pipelines pour TransCanada et dont les dirigeants font la promotion du projet Énergie Est. Les fonds publics ont été octroyés dans le cadre du programme ÉcoPerformance, mis sur pied afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre du Québec.

Selon ce qu’a constaté Le Devoir, l’« aide financière » offerte à l’entreprise située à Bécancour totalise en fait 347 247 $. Elle a été accordée dans le cadre du « volet implantation » du programme ÉcoPerformance, géré par le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN).

Le programme en question a trois objectifs précis, dont la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et la réduction de « la consommation de combustibles fossiles ». L’enveloppe réservée par le gouvernement sert notamment à répondre à des demandes de financement présentées par des entreprises pour des projets ou des mesures « liés à la consommation et à la production d’énergie, de même qu’à l’amélioration des procédés ». Le gouvernement reconnaît lui-même que le programme jouit d’une « popularité fulgurante » depuis son lancement en 2013.

Plus spécifiquement, le volet implantation permet de « soutenir financièrement des projets permettant de réduire ultimement les émissions de GES ». Dans le cas de Canadoil Forge, les fonds accordés par Québec doivent servir à installer un système pour améliorer l’efficacité énergétique d’un four et un système de ventilation, de façon à réduire la consommation de gaz naturel de l’usine.

Le communiqué du MERN annonçant la subvention précise par ailleurs que l’entreprise fabrique « des tuyaux et des raccords pour transporter du gaz naturel ». Or, selon ce qu’indique TransCanada sur son site consacré à la promotion d’Énergie Est, cette usine « fournit à un certain nombre de nos projets des pièces critiques telles que des coudes, des tés, des réducteurs ou des bouchons qui permettent de relier certaines sections de pipeline ».

L’entreprise en question, dont le premier actionnaire est basé au Luxembourg, travaille d’ailleurs depuis plusieurs années pour la pétrolière albertaine. « Nous faisons affaire avec TransCanada depuis plus de 30 ans, et grâce à eux nous avons connu une croissance constante », affirme ainsi son directeur général, Martin Toutant, dans une vidéo de promotion du projet Énergie Est mise en ligne en février par la multinationale.

M. Toutant y fait lui-même la promotion du projet de pipeline destiné à l’exportation de pétrole des sables bitumineux. « On estime que le projet Énergie Est va générer un niveau d’activité de 25 % à 30 % de plus pour notre entreprise. Nous pensons recruter de 30 à 40 employés », explique-t-il devant la caméra. « Je suis pour le projet Énergie Est à cause de son impact économique et son indépendance énergétique qui permettra d’utiliser les ressources canadiennes », conclut le directeur général de Canadoil Forge. La vidéo se termine par ce message de TransCanada : « Faites comme Martin. Appuyez le projet Énergie Est. »

Dans une autre vidéo de promotion, la directrice contrôle et assurance qualité chez Canadoil, Kathy Durand, vante la sécurité des pipelines de la pétrolière. « Les spécifications de qualité de TransCanada sont les plus strictes dans l’industrie des raccords de tuyauterie », insiste-t-elle. Le site de promotion d’Énergie Est fait d’ailleurs valoir que « chaque raccord est une oeuvre d’art ».

Annonce saluée

Trois ministres du gouvernement Couillard sont cités dans le communiqué soulignant l’octroi de la subvention. Le ministre responsable de la région du Centre-du-Québec, Laurent Lessard, et le ministre responsable du MERN, Pierre Arcand, y saluent tous deux le « leadership » de Canadoil dans le domaine environnemental.

Le ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, David Heurtel, rappelle pour sa part que ce type d’annonce permet de soutenir les entreprises d’ici dans « leur transition vers un monde plus sobre en carbone ». Ce type d’action s’inscrit, selon lui, « dans le Plan d’action 2013-2020 sur les changements climatiques qui nous permet de lutter, ensemble, contre les changements climatiques afin d’assurer une qualité de vie à nos enfants ».

Au final, selon le MERN, les fonds publics accordés à Canadoil Forge devraient permettre de réduire ses émissions de 694,5 tonnes de GES par année. Cela équivaut à retirer 204 véhicules des routes de la province.

D’autres subventions ont été annoncées au cours des dernières semaines pour des projets d’« efficacité énergétique ». La dernière en date est une subvention de 2,2 millions de dollars offerte à Alcoa, troisième producteur d’aluminium de la planète, pour son usine de Deschambault.

Nous faisons affaire avec TransCanada depuis plus de 30 ans, et grâce à eux nous avons connu une croissance constante

28 commentaires
  • Gilles St-Pierre - Abonné 10 juillet 2015 01 h 28

    Autrement dit


    On va transporter leur pétrole sale avec des tuyaux propres, fait proprement mais avec l'argent de nos impôts; il nous manque qu'une poignée dans le dos pour qu'on nous prennent vraiment pour des valises. Ils peuvent bie salir autant qu'ils le veulent dans l'ouest mais nous, on fait des tuyaux proprement même si ça nous coûte $347,247.00 dans une usine qui ne nous appartient même pas.

    C'est incroyable comment les pétrolères et cie peuvent contrôler nos gouvernements et le PLQ avec Couillard est passé maître dans le domaine. Il n'y a vraiment rien à faire avec ça mais au moins en être conscients; si jamais il nous en venait l'idée on finirait peut-être d'arrêter de voter comme des imbéciles et à force de voter pour des gens qui ont de l'allure, les partis finiraient peut-être par nous offrir des candidats qui ont de l'allure aussi et non plus des pantins. C'est comme la saucisse Hygrade... plus les gens en mange, plus Hygrade en fait et plus Hygrade en fait plus ....

    En attendant, on a bien les gouvernements qu'on mérite, et les pétrolières et Toutant jubilent.

    • André Bastien - Abonné 10 juillet 2015 14 h 14

      Et pendant ce temps, on n'a pas d'argent pour investir dans nos entreprises québécoises qui développent la vrai alternative au pétrole:

      -- les véhicules électriques.

  • Daniel Bérubé - Abonné 10 juillet 2015 04 h 09

    Rien de surprenant...

    C'est dans leur politique... parler double language, ou comme ont dit: "des deux côté de la bouche en même temps en disant des choses complètement contradictoires"... seul les docteurs peuvent avoir ces connaissances, ayant grandes connaissances sur tout les muscles formant le visage et la bouche d'un humain. Mais... ça doit prendre aussi une langue fourchue, donc pouvant faire double fonction...

    Il faut s'attendre a le voir financer bientôt des projets de gaz de shiste, tout en criant haut et fort l'importance de préserver nos ressources d'eau potable...

    Mais, ayant sûrement aussi étudier en psychologie (de base), il sait aussi qu'à répéter sans cesse un mensonge, que les humains, dans leur nature, finiront par le croire, ou tout au moins à banaliser la chose et en tenir moins compte.

    Il est plus que décevant de constater la manipulation que certains êtres, dit humain, s'amusent a utiliser pour faire les pires bêtises envers l'humanité, et ce, pour de l'argent... eux, pour qui l'humain doit être au service de ces bouts de papiers auxquel des dits banquiers ou autres ont donné une valeur plus grande que la santé et la survie de l'humanité... et si au moins ont pouvait dire d'une chose qu'elle se fait dans l'ignorance, mais ce n'est ici pas le cas.

    De ses dires d'hier, se disant défendre le climat et le réchauffement planétaire, et demandant à Harper de donner l'exemple... sans doute est-il de ceux qui exige des autres ce qu'il n'exige pas à lui-même. Je ne croyais jamais que certains médecins (pas tous!) de par leur savoir pouvaient descendre aussi bas... ce qui fait en sorte qu'aujourd'hui, j'aurai beaucoup plus de respect envers un itinérant des rues de Montréal ou autres qu'envers une personne possédant un savoir lui permettant même guérir des malades... car comme dans le double language, ce guérisseur peut rendre malade. Plus que décevant...

    • Brigitte Poinsier - Abonnée 10 juillet 2015 08 h 32

      Je pense tout comme vous. Et vous l'avez vraiment bien exprimé.

    • Luc Falardeau - Abonné 10 juillet 2015 11 h 10

      Différentes teintes de gris.

      Il est inadmissible de qualifier d'éco-performant un projet gris foncé, parce qu'il représente une alternative moins noire qu'une autre ou simplement parce qu'il s'améliore du noir au gris fonçé.

      Pour être admissibles aux subventions, les projets devraient être gris-pâle et tendre vers le blanc, ou encore passer du gris foncé au gris pâle.

      Cas flagrant d'utilisation de la novlangue par le gouvernement...

  • Jean Santerre - Abonné 10 juillet 2015 06 h 12

    Fourberie

    Quelle usurpation!
    Énergie est ne doit pas voir le jour et cette entreprise doit fabriquer des éoliennes bon marché, des panneaux solaires, des bioréacteurs, des échangeurs thermiques ou n'importe quoi d'autre que des tuyaux servant à acheminer un poison qui nous tue.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 10 juillet 2015 06 h 20

    Pauvre pétrolières

    ... et les méchants citoyens qui les harcèlent... faut bien les aider un peu ... ces éternels incompris par la population.

  • Camil Bouchard - Abonné 10 juillet 2015 06 h 27

    De l'art du camouflage

    Attends un peu. Tu vises à réduire les GES et tu subventionnes une compagnie qui aide à augmenter le volume de pétrole tiré des sables bitumimeux. Pas grave dis-tu: la subvention est destinée à un autre usage au Québec qui, lui, devrait faire diminuer les GES localement. C'est comme si tu savais que le gars que tu subventionnes fait le traffic de la coke dans le monde alors qu'il investit dans la mode au Québec. C'est beau la mode et ça cache pas mal d'affaires moins belles.