Partenaires privés recherchés

Le rapport publié par le BAPE l’an dernier avait soulevé des doutes sur la rentabilité de la mine de Sept-Îles.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le rapport publié par le BAPE l’an dernier avait soulevé des doutes sur la rentabilité de la mine de Sept-Îles.

Les travaux de terrain en vue de la construction du complexe Mine Arnaud à Sept-Îles ont déjà débuté, mais le gouvernement Couillard n’a toujours pas trouvé de partenaire privé pour exploiter la future mine, a appris Le Devoir. Or, les investissements nécessaires pour développer ce projet phare de la relance du Plan Nord sont substantiels, puisqu’ils dépasseront les 850 millions de dollars.

En annonçant le feu vert au controversé projet Mine Arnaud, en mars dernier, le gouvernement du Québec a précisé qu’Investissement Québec injecterait un total de 120 millions de dollars de fonds publics dans le développement de la plus imposante mine à ciel ouvert en milieu habité de la province. Mine Arnaud est d’ailleurs officiellement une « filiale » de Ressources Québec, une branche de la société d’État.

Un projet de plus de 850 millions

Le projet nécessitera toutefois des investissements totaux évalués à 854 millions, en excluant la construction d’un quai pour le chargement du minerai. Québec a donc annoncé qu’une firme norvégienne du nom de Yara International injecterait elle aussi 120 millions. C’est aussi elle qui devrait acheter tout le minerai produit. Un prêt contracté auprès d’institutions financières devrait permettre d’aller chercher 400 millions supplémentaires.

Toujours selon les termes de l’annonce gouvernementale, l’exploitation de la mine pour les 30 prochaines années devait être confiée à un partenaire qui n’était pas encore trouvé en mars. Ce dernier devait s’engager à mettre 160 millions dans Mine Arnaud.

Le hic, c’est que la société d’État n’a toujours pas déniché de partenaire prêt à investir dans le projet. Cette information a été confirmée au Devoir par Investissement Québec. Le gouvernement s’est pourtant déjà engagé à le développer. Un peu plus de 25 millions de dollars de fonds publics ont aussi été investis dans le projet au cours des dernières années, en plus des coûts liés à l’évaluation environnementale menée par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

« Mine Arnaud va créer sa propre équipe pour exploiter la mine. Cette équipe sera soutenue par Yara [pour son expertise], Investissement Québec et un futur partenaire », a d’abord répondu la porte-parole d’Investissement Québec, Chantal Corbeil, par courriel.

Le Devoir a donc demandé des précisions sur l’avancement des démarches en vue de trouver une entreprise pour exploiter la future mine. « Nous avons des discussions sérieuses avec un troisième partenaire », a simplement indiqué Mme Corbeil dans cette seconde réponse écrite. « Pour l’exploitation de la mine, plusieurs solutions sont envisagées (partenaire exploitant ou Mine Arnaud constituera sa propre équipe) », a-t-elle ajouté.

Doutes sur la rentabilité

Au moment de l’annonce du feu vert, un flou persistait par ailleurs sur la teneur de l’entente avec Yara International. La porte-parole d’Investissement Québec a toutefois confirmé l’existence d’une « entente formelle » avec l’entreprise. « Nous avons donc une assurance que le minerai sera acheté par Yara », a souligné Chantal Corbeil.

Est-ce que le prix a déjà été fixé ou est-ce que le prix sera celui qui prévaut sur les marchés internationaux ? « Les modalités de l’entente sont confidentielles », a-t-elle répondu. Yara International, unique partenaire connu de la société d’État dans Mine Arnaud, a déjà été reconnue coupable de corruption en Libye, en Inde et en Russie.

Le rapport publié par le BAPE l’an dernier avait soulevé des doutes sur la rentabilité de la mine de Sept-Îles. Il faut dire que la Banque mondiale prévoit que les prix du phosphate (l’apatite qui sera extraite par Mine Arnaud est composée de phosphate) continueront de reculer au cours des prochaines années. Selon un rapport sur les matières premières publié par l’institution en avril 2015, les prix, qui avoisinent actuellement les 110 $ la tonne, risquent de poursuivre leur recul. Ils pourraient atteindre 90 $ la tonne en 2025. Or, selon Mine Arnaud, le seuil de rentabilité du projet se situerait à environ 120 $.

Par ailleurs, Mine Arnaud a entrepris cet été des « travaux de terrain » dans le secteur où doit être implantée la mine à ciel ouvert. Il s’agit de travaux d’arpentage en vue de la construction de la voie ferrée et de la route reliant la fosse aux installations de concentration. Des forages doivent suivre dans les zones prévues pour les sites d’accumulation des résidus. Des travaux de déboisement pour la route d’accès temporaire sont aussi prévus cet automne.

Au maximum de l’exploitation, la fosse de la mine située tout près de la baie de Sept-Îles atteindra une longueur de 3700 mètres et une largeur de 800 mètres. Une butte-écran de plus de 40 mètres de hauteur sera aussi construite du côté sud de la fosse.

Défi d’acceptabilité sociale

Même si le gouvernement Couillard juge que le projet peut aller de l’avant, il refuse depuis le mois de mars d’aller rencontrer les citoyens de Sept-Îles pour leur expliquer en quoi la future mine à ciel ouvert, jugée inacceptable par le BAPE, est devenue « un projet exemplaire de développement durable ».

Le BAPE avait en effet publié un rapport très sévère en février 2014. Le document relevait plusieurs lacunes touchant notamment les risques environnementaux, pour la santé publique et en matière de gestion des résidus miniers. Il constatait aussi « l’absence d’un consensus social et la polarisation de la population septilienne ».

En entrevue au Devoir la semaine dernière, le maire de la ville, Réjean Porlier, a d’ailleurs déploré le refus de Québec de venir répondre aux questions des citoyens, malgré les demandes répétées de la Ville. « Je m’explique mal que cet exercice de transparence, un élément clé de l’acceptabilité sociale, soit si compliqué à mettre en place, a-t-il résumé. Il est vrai que dans les discours des ministres qui ont fait l’annonce du décret, l’acceptabilité sociale semblait déjà acquise, mais dans la réalité et dans l’esprit de plusieurs, il reste des explications à venir. »

110 $
Prix sur le marché pour une tonne de phosphate (utilisé en agriculture comme engrais), selon la Banque mondiale. Le seuil de rentabilité du projet se situerait à environ 120 $ la tonne, aux dires de Mine Arnaud.
4 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 8 juillet 2015 02 h 32

    Une complicité de mauvaise aloi en vue...

    Le fait qu'une entreprise soit la propriété d'une filiale du gouvernement du Québec ne garantit aucunement qu'elle se comportera comme un bon citoyen corporatif, notamment en répondant franchement aux demandes sensées des autorités municipales. Le contraire pourrait même facilement se produire, l'insertion de cette entreprise dans le domaine public lui garantissant de puissants appuis politiques. Encore une fois, l'État ressort affaibli par ceux qui seraient supposés le renforcer.

  • Jacques Morissette - Abonné 8 juillet 2015 07 h 53

    Ce gouvernement, le parti Libéral, aime tellement bien paraître.

    Pour le gouvernement, belle façon de se rendre dépendant, pour se faire avaler par la suite tout rond par le secteur privé, à moindre coût pour ce dernier. À tel point que le dire, quand ça arrivera, pourrait devenir gênant, pour le gouvernement. Cependant, il ne faut pas trop s'inquiéter, qu'une transaction de perdant se fasse, avec le privé, par le gouvernement, autant que possible, ce dernier verra à ce que ça ne se sache pas.

  • Bernard Terreault - Abonné 8 juillet 2015 08 h 00

    Incapables d'apprendre de leurs erreurs

    On a déjà dépensé 25 millions de nos impôts dans un projet incertain. On n'aurait pas pu attendre que tous les partenaires et toutes les sources de financement soient assurés? On croyait que les libéraux seraient au moins logiques avec leur libéralisme économique et mettent fin à la coûteuse tradition des gouvernements québécois à engloutir notre argent dans des aventures perdantes (Renault, Hyundai, etc.). Il semble qu'il faudra ajouter à cette triste liste la cimenterie de Gaspé et la mine Arnaud. Si au moins on investisait dans des technologies nouvelles, risquées peut-être, mais ayant un potentiel de développement fulgurant. Ou si l'apatite contenait un métal rare en train d'émerger dans la fabrication opto-électronique. Mais non, les mines de phosphate, rien de plus abondant depuis des siècles. Qu'on laisse le risque aux capitalistes, c'est leur métier, ou au Fonds FTQ qui, d'après sa performance, semble pas mal plus fûté que les politiciens.

  • Marjolaine Desjardins - Inscrite 8 juillet 2015 14 h 56

    N'importe quoi!

    Voilà.