36 Prix Nobel comparent la menace climatique à la course au nucléaire

Un total de 36 Prix Nobel ont publié vendredi une déclaration qui insiste sur l’urgence d’agir contre les bouleversements climatiques. Ils vont même jusqu’à comparer cette crise environnementale historique à la menace qu’a déjà représentée pour l’humanité la course à l’arme nucléaire.

Les lauréats de la prestigieuse récompense rappellent ainsi que des lauréats du prix Nobel avaient, dans les années 1950, publié une déclaration sur les dangers inhérents à la technologie des armes nucléaires. Or, 60 ans plus tard, la menace d’anéantissement n’a pas disparu, soulignent-ils. Elle a simplement changé de forme.

« Jusqu’ici, nous sommes parvenus à éviter une guerre nucléaire, même si la menace demeure. Nous pensons que notre monde est aujourd’hui confronté à une autre menace d’une ampleur comparable », écrivent-ils dans leur déclaration, publiée sur le site du journal Le Monde.

« Bien qu’il subsiste une incertitude quant à l’étendue exacte du changement climatique, ajoutent-ils, les conclusions de la communauté scientifique contenues dans le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sont alarmantes, en particulier concernant le maintien de la prospérité humaine, en cas d’une augmentation de plus de 2 °C de la température moyenne mondiale. »

L’inaction internationale en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES) place actuellement la planète sur une trajectoire de réchauffement global de 3 °C à 4 °C d’ici 2100. Un tel scénario déclencherait des « changements cataclysmiques » pour l’ensemble de la vie sur Terre, selon la Banque mondiale. « Ce monde serait tellement différent de celui dans lequel nous vivons qu’il est difficile de le décrire », selon son président, Jim Yong-kim.

Éviter le pire

Dans ce monde profondément bouleversé par l’activité humaine, les experts prédisent de plus en plus de phénomènes climatiques extrêmes, un recul marqué des rendements agricoles, mais aussi la multiplication des conflits régionaux pour l’accès aux ressources essentielles à la vie, dont l’eau potable. Toute la biodiversité terrestre et marine subirait aussi les contrecoups des changements climatiques.

Les menaces que représentent les bouleversements climatiques pour la santé humaine sont par ailleurs telles qu’elles sont de nature à contrecarrer les gains dans ce domaine obtenus au cours des dernières décennies, conclut une étude publiée la semaine dernière dans la revue scientifique médicale britannique The Lancet.

Les 36 signataires de cette nouvelle déclaration dite « de Mainau » en faveur d’une mobilisation internationale pour le climat estiment toutefois qu’il est possible d’éviter le pire. Ils pressent donc les États à « prendre des mesures décisives afin de limiter les futures émissions mondiales » dans le cadre du sommet de Paris sur le climat.

« Cet effort exigera la coopération de toutes les nations, développées ou en développement, et il devra être poursuivi à l’avenir, en accord avec les évaluations scientifiques actualisées. L’inaction soumettra les générations futures de l’humanité à un risque inadmissible et inacceptable », insistent les Prix Nobel.

Les 195 États qui doivent négocier le futur accord sur le climat doivent faire connaître leurs engagements d’ici le 1er octobre. Jusqu’à présent, à peine une quarantaine de pays ont dévoilé leurs intentions. Certains gros émetteurs, comme l’Inde, le Brésil et l’Australie (pays producteur de charbon) manquent encore à l’appel.

Un rapport publié au début du mois de juin révélait d’ailleurs que les engagements de réduction des gaz à effet de serre pris jusqu’à présent par les États en prévision de la conférence de Paris ne permettraient en rien de freiner les bouleversements climatiques.