La Chine s’engage dans les négociations climatiques

Le geste était fort attendu par la communauté internationale, en prévision du sommet de Paris sur le climat. La Chine a confirmé ce mardi son intention de plafonner ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, mais aussi de bonifier son recours aux énergies « non fossiles ». Reste à voir si le pays, qui décidera en bonne partie de l’avenir climatique de la planète, parviendra à réduire sa dépendance au charbon.

La Chine est le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre (GES) depuis près d’une décennie. Cette puissance économique, qui sert aussi d’usine pour une foule de produits consommés en occident, produit à elle seule 25 % de tous les GES d’origine humaine. C’est dire l’importance d’inclure ce pays dans l’accord ambitieux qui doit être signé avant la fin de l’année.

Dans un geste sans précédent, Pékin a donc confirmé mardi son intention d’« atteindre le pic de ses émissions de CO2 autour de 2030 tout en s’efforçant de l’atteindre au plus tôt ». La plus grande dictature de la planète s’est aussi engagée à réduire l’intensité de ses émissions de GES de 60 à 65 % d’ici 2030, par rapport à 2005.

Toujours dans le domaine énergétique, la Chine prévoit accroître le recours aux sources « non fossiles » au cours des prochaines années, de façon à porter la part totale du pays à 20 % d’ici 2030, par rapport à environ 10 % en 2013. Reste à voir si le recours accru à d’autres sources que le charbon (qui représente 70 % de la production énergétique du pays) se traduira par un virage, notamment, vers le nucléaire.

« La Chine déploie le maximum d’efforts pour lutter contre les changements climatiques » et « assume sa responsabilité pour participer en profondeur à la gouvernance mondiale et promouvoir le développement partagé de l’humanité », a déclaré le premier ministre chinois Li Keqiang, par voie de communiqué cité par le journal Le Monde.

Les experts se questionnent aussi sur la capacité des Chinois de se détacher progressivement de leur dépendance aux énergies fossiles, en premier lieu le charbon. Il semblerait, selon les plus récentes données publiées par l’économiste britannique Nicholas Stern, que la consommation globale de la Chine a connu une baisse l’an dernier, malgré une économie toujours en croissance. Il s’agit déjà en soi d’un changement de cap, puisque la consommation nationale connaissait auparavant une croissance annuelle soutenue.

Le geste de la Chine constitue en outre un virage politique significatif. Il faut se rappeler qu’au cours des dernières années, les négociations climatiques ont été constamment marquées par des affrontements entre les pays développés et ceux qui se disent toujours « en développement », dont la Chine. Ces derniers ont toujours plaidé pour un traitement différent dans le cadre des tractations aux Nations unies, jugeant qu’ils n’étaient pas historiquement responsables des bouleversements climatiques. Une façon de voir les choses que l’Occident rejetait fermement, les États-Unis et le Canada en tête.

Route ardue

Le dévoilement des engagements chinois survient à trois mois de la date limite, pour les 195 États qui participent aux négociations climatiques, pour la publication des engagements de tous. Jusqu’à présent, à peine une quarantaine de pays ont dévoilé leurs engagements. Certains gros émetteurs, comme l’Inde, le Brésil et l’Australie (pays producteur de charbon) manquent encore à l’appel.

Un rapport publié au début du mois de juin révélait d’ailleurs que les engagements de réduction des gaz à effet de serre pris jusqu’à présent par les États en prévision de la conférence de Paris ne permettraient en rien de freiner les bouleversements climatiques. En calculant les « contributions nationales » annoncées au cours des derniers mois, l’organisme scientifique Climate Action Tracker en est venu à la conclusion suivante: si elles sont respectées, les cibles déjà connues devraient repousser l’atteinte d’une hausse de 2 °C, par rapport à l’ère préindustrielle, d’à peine deux ans.
 
Le groupe indépendant estime ainsi que la planète atteindra le réchauffement maximal souhaité par la communauté internationale pour le présent siècle dès 2038. Sans les engagements pris par un total de 36 États depuis le début de l’année, la barre des 2 °C serait franchie en 2036.
 
C’est donc dire que l’humanité n’a fait pratiquement aucun gain, malgré des « contributions nationales » formulées par les États-Unis, l’Union européenne, la Russie et le Canada. Dans l’ensemble, le Climate Action Tracker juge que les engagements rendus publics sont tout simplement trop faibles, compte tenu de la crise climatique.

« L’action et l’ambition que nous avons vue jusqu’à présent sont loin d’être suffisantes et à moins que les choses s’accélèrent, les difficultés pour limiter le réchauffement à 2 °C seront extrêmes », a prévenu le fondateur de Climate Action Tracker, Bill Hare. Ce dernier a déjà œuvré au sien du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), qui estime qu’il reste moins de 15 ans pour opérer un virage énergétique majeur afin d’éviter la catastrophe climatique.

Si, par exemple, le monde suivait les traces du Canada de Stephen Harper, la planète encaisserait un réchauffement global de 3 °C à 4 °C d’ici 2100. Un tel scénario déclencherait des « changements cataclysmiques » pour l’ensemble de la vie sur Terre, selon la Banque mondiale. « Ce monde serait tellement différent de celui dans lequel nous vivons qu’il est difficile de le décrire », selon son président, Jim Yong-kim.

Dans ce monde profondément bouleversé par l’activité humaine, les experts prédisent de plus en plus de phénomènes climatiques extrêmes, un recul marqué des rendements agricoles, mais aussi la multiplication des conflits régionaux pour l’accès aux ressources essentielles à la vie, dont l’eau potable. Toute la biodiversité terrestre et marine subirait aussi les contrecoups des changements climatiques. 

Les menaces que représentent les bouleversements climatiques pour la santé humaine sont par ailleurs telles qu’elles sont de nature à contrecarrer les gains dans ce domaine obtenus au cours des dernières décennies, conclut une étude publiée la semaine dernière dans la revue scientifique médicale britannique The Lancet.
4 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 1 juillet 2015 05 h 34

    Lumière

    Malgré la brume, il semble enfin qu'ils aient vu la lumière ;)

    PL

  • Harvey Mead - Abonné 1 juillet 2015 08 h 19

    Dans son récent rapport Investing in a Time of Climate Change et couvert par Le Devoir, Mercer présente quatre scénarios pouvant guider les investisseurs. Trois des quatre se situent dans un contexte où le réchauffement planétaire dépasserait les deux degrés. Le rapport souligne que si la Chine réussissait à atteindre un pic dans ses émissions en 2030 - déjà identifié comme cible - le meilleur résultat que l'on pourrait espérer serait le premier des quatre scénarios catastrophiques. J'en parle dans le dernier article de mon blogue.

  • François Beaulé - Abonné 1 juillet 2015 12 h 54

    «Engagement» de la Chine insuffisant et flou

    La Chine propose de ne s'imposer aucun plafond précis sinon le niveau atteint, quel qu'il soit, en 2030. Et 80% de l'énergie qu'elle consommerait alors proviendrait des combustibles fossiles...

    De toute évidence, nous ne progressons pas vers un accord susceptible de limiter le réchauffement à 2°.

  • Guy Lafond - Inscrit 1 juillet 2015 14 h 56

    Changer de cap


    Nous n'avons plus le choix.

    Il nous faut réduire l'empreinte de l'humanité sur cette magnfique planète.

    "Tout peut changer", nous suggère Naomi Klein:

    Mettons tous l'épaule à la roue!